Critique – Les Amants Électriques

Des affaires de tromperie vues par Bill Plympton, ça donne Les Amants électriques, et forcément, ça va donner lieu à autre chose qu’une très convenue comédie romantique !

Jake et Ella se rencontrent dans un accident d’auto-tamponneuse et s’éprennent follement l’un de l’autre. Mais c’est sans compter le machiavélisme d’une garce qui sème le trouble chez les amoureux transis. Jusqu’où la jalousie la mènera-t-elle ? Entre envie de meurtres, tromperies en tout genre et un peu de magie, Jake et Ella sauront-ils surmonter leur rancœur ?

Le binôme amoureux évolue dans son quotidien au travers du graphisme caractéristique de Bill Plympton, c’est-à-dire dans une élasticité à la fois charnelle et burlesque. La sexualité est dans un premier temps évoquée dans des métaphores poétiques et sensuelles pour ensuite évoluer vers un acte mécanique lorsque que la revanche de Jake est à l’œuvre. Lors de la première fois entre Jake et Ella, l’électroménager et les autres objets de la cuisine s’animent comme un pied de nez aussi savoureux que graveleux à Disney.

Il est amusant de remarquer que dans cette histoire c’est l’homme, Jake, qui est l’objet de toutes les convoitises, ce qui donne lieu à des situations très drôles. En effet, les pièges tendus par les femmes qu’il croise lors de son travail à la station-service sont très imaginatifs et directs.

Jake est, par son character design, la représentation de l’homme dans sa virilité exacerbée. Il tient à la fois de Marlon Brando pour le port du débardeur blanc sur une musculature saillante et de Tom Hardy pour sa grande sensibilité. Le personnage est très innocent et crédule malgré sa droiture, ce qui le rend d’autant plus naïf lorsqu’il tombe dans le piège grossier destiné à l’écarter de sa femme.

Ella, de son côté est une héroïne romanesque, construite autour de lignes qui tendent vers une attitude aérienne. Elle est cérébrale et inspirée, ce qui rend sa réplique à l’affront de l’attitude volage de Jake d’autant plus froide et sans pitié. Elle va jusqu’au bout et est consciente des risques que la situation comporte. Le film traite de la jalousie dans le couple en révélant ce qu’il peut y avoir de plus sombre en chacun de nous, à l’image Des Idiots et des Anges, le précédent long métrage du réalisateur.

Les Amants Électriques est un film uniquement porté par sa musique, composée par Nicole Renaud, ce qui est une force car cette alliance universelle de la musique et de l’image suffit largement à impliquer le spectateur. La compositrice joue sur des variations d’instruments à cordes tels que le violon pour illustrer le tourment des sentiments dans lequel se trouve le couple. Les séquences amoureuses sont mises en musique par la récurrence de « Libiamo Ne’Lieti Calici » de Verdi, un air d’opéra entraînant et dynamique. Ce choix musical très classique permet au film de s’inscrire à la fois dans l’esprit romantique tout en n’hésitant pas à le subvertir à l’aide de mickeymousing !

J’ai particulièrement apprécié Les Amants Électriques, ce film a été pour moi une bulle d’air rafraîchissante dans une période de déceptions cinématographiques. Je me suis laissé absorber par la mise en image et la fluidité de l’histoire d’Ella et Jake. Je vous encourage donc à vous rendre dans le cinéma le plus proche (dès le 23 avril, via le distributeur ED Distribution) pour voir ce dernier né de Bill Plympton.

Et si vous ne connaissez pas son univers, donnez une chance à ce film : il est probable qu’il y ait une étincelle et qu’il vous entraîne dans un univers dont on ne revient qu’amoureux !



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