Réalisé avec une équipe et des moyens très limités, et adapté d’un obscur conte des frères Grimm, La jeune fille sans mains a été une vraie surprise. Le graphisme se marie parfaitement avec la forme du conte et la narration, qui m’a rappelé les contes sur cassettes que j’écoutais étant petite, nous emporte dès le début pour ne plus nous lâcher.

En des temps difficiles, un meunier vend sa fille au Diable. Protégée par sa pureté, elle lui échappe mais est privée de ses mains. Cheminant loin de sa famille, elle rencontre la déesse de l’eau, un doux jardinier et le prince en son château. Un long périple vers la lumière…

Les personnages, animaux et objets, sont tous dessinés avec de simples traits, légèrement mouvants, qui leurs confèrent parfois un aspect fantomatique. Les personnages sont également associés à une couleur, ce qui aide le spectateur à les identifier. La jeune fille, par exemple, est associée au bleu : ses traits le sont et elle peut en être auréolée, de manière plus ou moins marquée selon l’intensité des scènes. Ce style très économe, légèrement enfantin, doit en réalité être très complexe à réaliser. Il est difficile de rendre vivants et mobiles quelques traits, de donner cette notion de simplicité, de brut, qui souligne si bien la force, la beauté et la violence du conte.

Selon moi, il y a un moment en particulier qui cristallise cela, lorsque les scènes de guerre ne sont que silhouettes, traces ou vagues de rouge, toutes en lenteur et tellement captivantes. De même, la mort de la mère, sur laquelle se jettent des chiens dans un concert d’aboiements et de cris, est sublimée par la pureté du trait. Des instants clés comme la première nuit d’amour de la jeune fille ou son accouchement sont à la fois évoquées et sans équivoques. L’accouchement, plus particulièrement, est un moment intense, où la jeune fille est entourée d’aides, uniquement représentées par des mains autour de son corps nu.

Un moment qui transforme la bénédiction de ces serviteurs toujours là pour elle en une malédiction aussi handicapante que son absence de mains : on estime qu’elle n’est pas apte à s’occuper d’un nouveau-né et on le lui retire. La pauvre jeune fille est passée d’un maître à un autre, de son père à son prince, pour finalement n’être qu’une jolie chose seulement capable d’enfanter.

C’est finalement une menace de mort qui pèse sur elle et son fils qui la pousse à s’émanciper et à devenir sa propre personne, capable de s’occuper d’un foyer et d’élever un enfant seule, mains ou non. Doit-on y voir un message sur le pouvoir de la maternité ?

Le dénouement la montre femme, avec un enfant déjà grand pouvant s’assumer seul, et une volonté farouche de vivre selon ses choix. Elle accepte de donner une seconde chance au prince, mais à ses conditions, pour ne plus redevenir une possession parmi d’autres.

Une fin différente du conte, plus féministe, et plus fidèle à l’évolution du personnage. La jeune fille sans mains est un long-métrage très différent des adaptations de contes mainstream auquel le public est habitué, mais c’est une œuvre réussie qui peut également toucher les enfants, pour peu que les parents se laissent convaincre de les emmener le voir au cinéma.

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