edito-lundi

J’ai eu la semaine dernière l’occasion de voir Le Vent se lève, le dernier long métrage de Hayao Miyazaki. J’ai été touché par la détermination créatrice de son protagoniste sur fond de guerre et de mort omniprésente.

L’accueil critique est cependant partagé, aussi l’expression qui revient souvent dans les critiques opposées à son dernier film est le rapport à un « Bon Miyazaki », tel un AOC. On peut en effet se poser la question de ce que cela signifie, existerait-il une formule qui définirait le film idéal de Miyazaki-San ?

La réponse pourrait-elle se trouver dans le rapport et l’expérience qui est entretenu par chacun dans la réception des films du Maître ? A l’adolescence, mon premier contact avec son œuvre s’est fait par la découverte de Princesse Mononoké, qui m’a grandement marqué. J’ai par la suite continué à explorer son univers et mon favori s’est finalement révélé être Porco Rosso. J’ai été subjuguée par l’émotion et par la passion de l’aviation qui se dégage du film.

Le Vent se lève s’inscrit naturellement dans ce sillage et c’est pour cela qu’il m’a plu en reprenant avec plus de maturité ce rapport ambigu avec une mécanique qui entraîne la mort. Le vieux cinéaste nous parle également beaucoup de lui à travers cette histoire et il n’est guère difficile de voir la transparence de certaines scènes et dialogues, bien différents de ses thématiques habituelles.

En parallèle Nathan, comme une grande partie du public, semblerait avoir été plus particulièrement touché par Chihiro et Ponyo, ces derniers laissant une grande place au fantastique et à ses créatures, reléguant son côté plus sombre dans quelques évocations. Son désappointement face à cet ultime film est alors une réponse logique dû à cette attente particulière issue de ses précédentes expériences.

Il faut cependant ne pas perdre de vue que la filmographie de Miyazaki, qui a commencée avant Ghibli, compte pas moins de onze longs-métrages et dont la première partie, qui s’arrête avec Mononoké en 1997, regroupe des films plus fondateurs, plus significatifs de l’artiste.

Les films suivants, depuis Chihiro, qui a connu le succès que l’on sait, ont eu tendance à utiliser une recette bien équilibrée d’écologie/fantastique/humanisme/mécanique enrobée d’une esthétique à l’européenne. Ces films restants sont autant d’étapes sur la quête de la formule idéale pour le vieil homme, qui ne fait que piocher à l’envie dans ses œuvres précédentes. Sous l’impulsion de Toshio Suzuki, son producteur, il se cherche et cherche alors à se renouveler sans se lasser, ce qui rend l’exercice créatif encore plus périlleux.

Et c’est cet épuisement que l’on retrouve dans Le Vent se lève, l’épuisement d’un artiste, d’une formule composée de ses passions qui nous ont donné plus que prévu sur le temps imparti, un film testament, difficile et définitif, bien loin des tourbillonnantes noiraudes et des attentes d’un public qui ne s’attendait peut-être pas à une telle confession. Il reste à déterminer si le public en fera un succès.

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