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Alors que l’édition 2014 du festival international d’animation d’Annecy a défini la stop-motion comme sa thématique dominante, le film ayant reçu le prix du public l’année précédente reste actuellement invisible en France, alors même qu’un certain nombre d’autres productions ont été ou vont être distribuées sur notre sol.

Ce film, vous l’aurez deviné, est O Apóstolo (que Muriel a largement plébiscité dans le webzine d’Annecy 2013 en page 78). Disponible durant un temps limité en vidéo en Espagne mais impossible à acheter depuis la France, j’avais assumé en fin 2013 que c’est parce que le métrage avait probablement trouvé un distributeur pour le grand ou le petit écran.

Bien mal m’en a pris, puisqu’à l’heure actuelle, il est impossible de voir le film. Il est présent dans quelques festivals autour du monde, mais, il semble désormais perdu que le film puisse jouir d’une sortie quelconque en France. Pourquoi ?

Après quelques recherches, j’ai découvert que O Apóstolo (titré L’Apôtre en français selon AlloCiné) avait été sacrifié lors de sa sortie par son distributeur espagnol. On avait promis à Fernando Cortizo une combinaison de 80 écrans, mais ce sont les exploitants qui ont eu le dernier mot et entre le dernier James Bond, The Impossible de Juan Antonio Bayona et le film d’horreur Sinister, ce sont finalement 25 écrans qui ont diffusé le film, et ce dans des conditions souvent contraignantes (séances aléatoires, souvent en soirées).

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Les multiplexes ont snobé le film puisqu’il n’était présent ni à Séville, ni à San Sebastian, ni à Bilbao… le comble pour l’un des plus gros budgets de l’animation, puisque O Apóstolo a coûté la bagatelle de 5.2 millions d’euros pour une recette de seulement 37 000 euros sur son exploitation totale !

Ce désamour pour la stop-motion ne date pas d’hier, il suffit de regarder chez nous comment l’exploitation de l’excellent L’étrange Pouvoir de Norman a été bâclée par Universal France, avec une logique absurde qui touche d’autres genres de films : le film ne fonctionne pas ? Alors, ne faisons pas d’efforts de publicité pour le prochain, qui ne fonctionnera pas non plus et ainsi de suite… une méthode qui m’effraie au plus haut point pour le prochain Laïka, Les Boxtrolls.

Les distributeurs ne sont pas les seuls à blâmer puisque les exploitants sont ceux qui vont ultimement choisir les films que vous voyez dans vos salles, avec une logique de sûreté économique digne des supermarchés, excluant de fait certains genres estimés trop peu rentables, donc à quoi bon leur proposer quelque chose qu’ils refuseront ?

À l’autre bout cet ubuesque spectre, je vous invite à ouvrir le dernier numéro du magazine des multiplexes kinépolis, où la quasi-intégralité des films animés qui sortent en ce mois de février ont reçu le « label famille »… il ne faudrait surtout pas miser sur le mauvais cheval et froisser à court terme les gros distributeurs, donc autant donner des bons points à tout le monde !

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Tout ça pour vous dire que, au-delà du fait que la stop-motion semble inscrite sur une sorte de « mur des bannis » chez nos amis distributeurs et exploitants, c’est pour la même raison que pour l’animation traditionnelle : il y en a, elle n’est pas très visible et il est vital de la soutenir et de la plébisciter pour qu’elle continue à exister et possiblement revenir en force au lieu de se plaindre et de se lamenter en priant Disney de s’y remettre (et pour ça, il aurait fallu se bouger pour voir La Princesse et la Grenouille puis Winnie L’ourson. Vous y êtes allés ? Vraiment ?).

Il y donc un grand nombre de paramètres qui nous échappent en tant que public, mais il reste important de suivre vos aspirations. Allez donc voir le film qui vous ressemble et qui vous attire, d’autant plus en cette période où les films d’animation se bousculent en salles, car contrairement au cinéma live français, l’on ne fait pas sur notre sol des films d’animation juste pour faire des films à cause de l’automatisme pervers d’un système. On les fait parce que ceux qui les financent ont la conviction que leurs productions trouveront un public et auront une bonne vie.

Et cette bonne vie, c’est le contraire de l’oubli. En espérant que celui-ci n’avale pas O Apóstolo.

Source des informations sur O Apóstolo : ABC.es

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