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Pour la première fois depuis huit ans, Pixar ne sortira pas de long métrage. Après avoir été ignorés dans la catégorie animation pour les Oscars et ce également pour le format court, beaucoup s’interrogent sur l’avenir du géant de l’animation numérique.

Contrairement aux théories déclinistes très en vogue, Pixar n‘est pas devenu une usine à suite (DisneyToon existe pour cette raison) et le futur est plutôt rassurant en terme de créativité malgré la fermeture de l’antenne canadienne responsable de l’excellent moyen-métrage Partysaurus Rex et jusqu’à une soixantaine d’employés d’Emeryville poussés vers la sortie en raison du report de The Good Dinosaur en 2015.

Sur les quatre projets connus, seul l’un rentre dans la catégorie honnie (Le Monde de Dory), les autres étant aussi dissemblables que possible : Inside Out (Pete Docter et Ronnie Del Carmen) sur les émotions d’une adolescente, The Good Dinosaur (Peter Sohn et Bob Peterson) sur l’amitié entre ce dernier et un enfant sauvage et Dia de los Muertos (Lee Unkrich) sur la fête mexicaine du jour des morts.

Reste que le consensus public sur les dernières productions n’est pas très positif, ce qui pourrait être également dû à la position même de John Lasseter qui, en tant que Chief Creative Officer et couteau suisse de Disney (on l’a vu derrière le jeu Disney Infinity et il supervise également les films DisneyToon) est si sollicité que son talent pour encadrer les projets est forcément impacté, alors même que Pixar reste composé d’une grande partie de son « Brain trust ». A-t-il péché par excès de confiance envers ses collègues?

De nombreux choix qu’il a pris et qui peuvent ressembler à des coups de poker ont pourtant été payants, comme le succès de Rebelle ou celui encore plus grand du dernier Disney de Noël. En effet, La Reine des Neiges concentre autant l’assentiment du public que celui de la profession, ce qui montre que l’homme au millier de chemises bariolées reste un dirigeant avec une vision.

Il se pose également la question du renouvellement naturel des équipes au sein de Pixar, une problématique qui obsède ses fondateurs qui souhaitent qu’une nouvelle génération prenne le pas et propose leurs histoires pour créer de nouvelles œuvres… mais tout le monde n’est pas Lasseter, Stanton ou même Brad Bird ! Et c’est ainsi qu’en plus de tenter de former une succession, certains ont plutôt tendance à quitter le nid pour découvrir d’autres horizons, ce qui à terme pourrait se faire ressentir dans la production future*.

On est pourtant bien loin des difficultés qu’a rencontré le département animation de Disney après la mort de Walt, ou même celles, plus actuelles, auxquelles est confronté le studio Ghibli, bien fragilisé après les mauvais résultats du dernier film de Takahata et l’annonce de la retraite de son compère de toujours.

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Mais après une première série de films qui ont durement marqué le public, une transition est un phénomène tout à fait naturel et il est à parier que les projets de Pixar au-delà de 2016 voient de nouveaux réalisateurs émerger, comme Ronnie Del Carmen, actuellement co-réalisateur sur Inside Out, ainsi que les nombreuses personnes qui travaillent dans le « story department », la couveuse des idées.

Car Même si Pixar est un vivier impressionnant d’experts et de techniciens de l’animation, ceux-ci ne peuvent pas forcément garantir une créativité aussi débordante condensée dans un récit narratif, chose d’autant plus compliquée à réaliser à l’ombre des géants fondateurs !

Et à Monstres Academy de porter ces stigmates d’une telle difficulté transitionnelle en convoquant à la fois des figures d’un succès passé, mais portant également de nouvelles graines porteuses d’un futur éventuel et dont le talent reste à confirmer par de futures tâches, certainement fastidieuses, possiblement difficiles mais pétries d’un espoir : celui d’égaler les films des maîtres.

* On peut citer chez Pixar Jan Pikavia, William Joyce dans la première génération d’employés à être parti. Le phénomène touche également Disney puisque John Kahrs est désormais chez Paramount Animation et Glen Keane, parti il y a quatre ans, travaille chez Motorola.

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