Pour célébrer Halloween, l’onf nous a fait découvrir une nouvelle interprétation de la Baba Yaga avec le court-métrage « La mère des os » de Dale Hayward et Sylvie Trouvé.

Un jeune homme vaniteux et arrogant ose pénétrer dans la maison constituée d’os de Baba Yaga. La suite vous donnera des cauchemars.

Dale Hayward et Sylvie Trouvé, créateurs du studio See Creature, ont fait leur expérience au travers de la publicité chez Nike ou Disney et il ont aussi apporté leur touche au segment en stop motion sur le long-métrage Le Petit Prince.

Avec Sylvie Trouvé coréalisatrice de ce court-métrage, nous avons échangé autour de la question de l’adaptation du roman original, de la réécriture féministe de la Baba Yaga et de l’utilisation de l’imprimante 3D.

Le court métrage est adapté d’une nouvelle de Maura McHugh, est-ce que vous avez dû sacrifier des éléments de cette histoire pour le scénario ?

Sylvie Trouvé : Oui, on a changé toute l’histoire de Maura McHugh mais on a gardé le fait que ce soit elle qui devienne la mère de Dracula. Mais son caractère a changé, au départ, elle était plus méchante et moins une femme sage. Avec la scène de méditation du début, on a essayé de la rendre encore plus mère de cette maison construite en os. On voulait vraiment que ce soit la femme pleine de sagesse qui vit dans la forêt.

Dans son histoire, la Baba Yaga fait peur aux enfants mais elle est là aussi pour nous dire les vérités qu’on veut pas connaître, puis il y a cette histoire de Baba Yaga qu’on a beaucoup aimé où elle est une femme forte au milieu de tous ces Frankenstein et ces Dracula, il n’y a pas beaucoup de personnages qui sont à la fois vieux, forts et puissants qui gardent cette idée que la vieillesse ne nécessite pas forcément la faiblesse. En vieillissant, il y a de la sagesse qui se pose dans ses rides.

Dans cette continuité, on voit actuellement une relecture féministe des méchantes notamment chez Disney avec Maléfique ou Descendants, est-ce dans cette démarche que vous avez retravaillé la Baba Yaga ?

Sylvie Trouvé : Oui, tout à fait, on avait vraiment envie de bousculer le stéréotype de la femme qui recherche la beauté, maintenant c’est l’homme (Vlad) qui se questionne sur sa beauté et qui veut la garder. C’est la femme qui accepte la vieillesse et qui est tout à fait à l’aise avec ça. On voulait vraiment ramener cette idée de femme sage.

En miroir, Vlad est montré comme vaniteux et narcissique, ce qui subvertit les attentes du personnage.

S.T. : Les hommes sont préoccupés par leur beauté au moins la moitié du temps, vous inquiétez pas. Cela reflète bien notre vie d’aujourd’hui et c’est quelque chose qu’on a ajouté, on voulait montrer que l’homme a aussi cette faiblesse à vouloir être beau pour toujours.

La Baba Yaga représentée par Mike Mignola

Est-ce que le lien entre entre le mythe de Baba Yaga et Dracula était présent dès le départ ?

S.T. : C’était présent dans le roman de Maura McHugh, on a seulement changé la signification de l’eau de la vie et l’eau de la mort parce que dans son histoire c’était beaucoup trop complexe pour un court métrage. Je ne saurais même pas comment vous le résumer là maintenant.

La mort donne la mort, la vie donne la vie, c’est beaucoup mieux comme ça (rires). Je crois que Vlad lui apportait une rose…mais en huit minutes, il faut vraiment se concentrer sur les principaux points de la narration.

Au niveau de la photographie, on remarque différentes ambiances entre le côté bleu lumineux des crânes et les contrastes de noir et de blanc, plus expressionnistes. Comment avez travaillé ces ambiances ? Avez-vous utilisé des références picturales ?

S.T. : On s’est inspiré du travail de Mike Mignola car on voulait de vrais contrastes avec des noirs vraiment noirs, et les mains de Baba Yaga qui ressortent de l’obscurité. On s’est inspiré d’Ivan Bilibin, un artiste russe du 19ème et 20ème siècle et de la photographie des films de Denis Villeneuve (parmis lesquels on dénombre Bradford Young et Roger Deakins, nda).

Variation, peinture d’Ivan Bilibin

Comme on voulait quand même garder cela sombre, on a pu utiliser des petites LED à l’intérieur des crânes. La lumière a été une question importante car on voulait que la maison ait une voix, mais pas avec une bouche car ça aurait été trop drôle. Quand la maison parle ce sont les lumières qui donnent l’impression qu’elle a une voix.

Oui, la maison possède un côté steampunk en os, avez-vous utilisé ces mêmes références picturales ?

S.T. : D’habitude, la Baba Yaga voyage dans une maison avec des pâtes de poules, mais c’était compliqué à envisager d’en faire des aussi grandes. Pour nous, elle était immortelle, on voulait qu’elle choisisse  des pâtes de dinosaures, la bouche est composée de dents de requins et le coeur de la maison est fait d’os de baleines. On avait envie que ces références fassent plus de sens dans ses proportions et son esthétique.

Les personnages et les crânes sont réalisés à l’imprimante 3D ce qui a dû demander du temps pour les textures. Est-ce que c’était votre premier choix ou est-ce le fruit de plusieurs réflexions ?

S.T. : C’était notre premier choix, puisque l’ONF a demandé de l’innovation et cela faisait un moment que nous avions envie d’essayer le travail à l’imprimante 3D. On a fait beaucoup de recherches sur les matériaux plastiques avant de trouver celui qui est à 70% recyclé et 30% plastique. Celui-là possède un aspect poreux et accepte la peinture à l’eau pour donner un côté naturel. Il était important que les matériaux marchent en fonction de l’histoire.

Pour les os, on a utilisé du plastique transparent qui pourrait prendre facilement la lumière, on savait qu’on utiliserait la lumière avec ce matériel là. Pour les arbres, on a utilisé des silhouettes découpées à la machine selon des plans sur photoshop.

Après un projet en stop motion aussi ambitieux que celui, est-ce que vous avez d’autres projets, peut-être sur d’autres supports ?

S.T. : En ce moment, on travaille sur un autre projet mais on aimerait encore plus simplifier le processus, qu’on ait moins de visages à imprimer. Pour la mère des os, on a quand même imprimé 1500 visages, c’est intéressant, parce qu’en stop motion, tu n’as pas le choix d’imprimer une expression et tu ne peux la remplacer par des points pour les yeux ou un trait pour la bouche. On aimerait pouvoir imprimer l’expression complète, c’est d’ailleurs ça qui nous a excité de reproduire des expressions les plus réalistes possibles. On les a d’abord passées dans Maya puis on les a imprimés.

 

 

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