Après la projection de Capitaine Morten et la Reine des Araignées, j’ai eu l’occasion de rencontrer Kaspar Jancis et Andres Mand, son producteur à Nukufilm.

Andres Mand m’a confié qu’ils avaient assuré la promotion de Capitaine et la Reine des Araignées dans un bus de tournée en passant de ville en ville depuis l’Estonie jusqu’au festival de Zagreb. Kaspar Jancis et lui ont opté pour le même moyen de transport pour se rendre au festival d’animation d’Annecy : « Live stop motion like a rock star ! »

Une impression qui est resté lors de cette interview, où Marcel Jean lui-même est venu parler au réalisateur qui répondait à une de mes questions ! Nous avons pu aborder la question de l’auto-adaptation cinématographique du roman jeunesse original, la gestion créative de la coproduction européenne et enfin nous avons tiré un trait entre animation adulte et jeunesse par la démonstration d’une certaine honnêteté des images.

Les personnages sont très anguleux de visages et stylisés dans les costumes avec des couleurs vives. Comment avez-vous créé cet univers ?

K.J : Dans un premier temps avant le film, cette histoire était un livre illustré qui est sorti en 2011. Il y avait même un CD avec la musique pour en faire la promotion. Alors quand j’ai commencé à dessiner pour le film, beaucoup de personnages ont changé mais les personnages principaux rappellent le livre et possèdent quelques similarités. Faire des égratignures ou créer une patine a été un défi technique à cause des armatures mêmes des marionnettes. Ils se sont basés sur mon roman graphique, j’ai donc essayé d’adapter au maximum mon dessin au côté tridimensionnel requis pour le film.

Pouvez-vous confirmer ou infirmer une des mes intuitions, à savoir que le personnage d’Annabelle est inspiré par Pina Bausch ?

K.J : En fait non, il a été inspiré par ma mère qui était chorégraphe et qui a eu le même style de vie que le personnage. Je n’avais pas pensé à Pina Baush, mais j’avais envie qu’elle ait son petit truc, avec une silhouette masculine pour qu’elle ait l’air plus forte. Elle est forte, c’est certainement celle qui a été le plus recréée depuis le livre. Dans le livre, elle portait des lunettes et en animation, on a besoin de voir les yeux des personnages.

Donc, les modifications des personnages ont dictés des changements dans le scénario ?

K.J: Pas vraiment dans l’histoire même mais dans le character design, parce que nous n’avions pas un gros budget, certaines choses ne pouvaient être montrées au niveau des armatures, par exemple. On a eu besoin de créer des bottes spéciales aux personnages pour qu’ils puissent tenir debout sur le bateau.

C’était une première expérience pour nous avec la technique de moulage et de sculpture en silicone dans un long-métrage, cela donnait un côté expérimental à l’ensemble de la production. On a utilisé plein de nouveaux matériaux que nous n’avions pas encore l’habitude d’utiliser sur ce projet.

En plus, l’animation jeunesse n’était pas ma tasse de thé, vu ce que j’avais fait avant. Je me considère plus comme un réalisateur de cinéma qu’un réalisateur de films d’animation, l’animation est devenue ma manière de penser les choses graphiquement mais ce n’est pas le but définitif quand je raconte une histoire. Un jour, je m’imagine bien réaliser un film en live…

L’animation n’est pas une fin en soi ?

K.J : Oui, un peu comme Tim Burton ou Wes Anderson. Créer de grands personnages pour de grandes histoires pour les deux médiums. Pour moi, la cinématographie est la plus importante dans les films. L’histoire passe avant le médium, ensuite on s’intéresse à la création des personnages et au style graphique.

Vous avez travaillé avec Telegael, Grid animation et Nukufilm, comment avez-vous géré la création entre ces trois studios ?

K.J : Ce n’était pas un procédé facile, j’aurais préféré avoir un seul lieu de création. Si la situation devait se reproduire, j’y réfléchirais à deux fois avant de le refaire. J’aurais préféré un seul studio mais ce n’était pas possible à cause des financements européens. Vous ne pouvez pas apporter assez d’argent au budget avec un seul pays, surtout en Estonie.

Heureusement, on avait une histoire qui permettait de diviser le travail entre les intervenants, une partie fantastique pour l’Irlande qui a été créée avec des fonds verts, une partie réaliste pour l’Estonie en combinaison avec la Belgique pour les CGI. Cela a été compliqué d’associer ces différentes façon de travailler.

J’ai essayé d’apprendre de chacun durant le processus, en Irlande on avait Henry Nicholson, le directeur de l’animation qui s’occupait de tout et qui avait de l’expérience sur Chuck Steel, plus dans la veine des films d’horreurs. J’étais content d’avoir différentes approches sur la technique de stop-motion. Entre les animatiques et les storyboards, on a développé une communication très forte.


Ce qui m’a plu dans le film ce sont les tournants inattendus, je ne sais pas si sont de l’adaptation stricte du livre original, la narration a toujours subverti mes attentes…


K.J : Le livre original était plus dans la lignée de Lewis Carroll avec beaucoup de blagues sur la langues et des jeux de mots, et un univers plus ouvert. Quand on a travaillé le script, on opté pour une histoire plus linéaire entre les insectes et Morten. Par exemple, tout ce qui tourne autour de la cafétéria Butterfly n’existait pas. Le livre était plus poétique et le procédé d’écriture vraiment très long, beaucoup de gens ont été impliqués dedans. Par exemple, je suis allé à Los Angeles pour rencontrer le scénariste Mike Horelick qui m’a fait avancer grâce à son point de vue sur les différents versions du script.

 

En animation adulte, on a l’habitude de montrer plus les choses, une sorte de vérité. Est-ce que vous avez utilisé cette franchise dans Capitaine Morten qui vise plus le jeune public ?

K.J : Je n’ai jamais pensé Morten comme uniquement pour les enfants, il y a des éléments dans son script qui le rend aussi simple qu’universel. L’histoire est pour moi une allégorie politique alors que les enfants vont la percevoir comme une aventure. J’ai essayé de garder cette allégorie présente pour que les parents apprécient aussi le film.

Les enfants ne saisissent pas forcément cet aspect politique mais ils en comprennent quand même une partie !  D’ailleurs en terme d’adaptation, je serais curieux de savoir comment rend la traduction des dialogues en français sachant qu’en anglais, on a déjà dû apporter beaucoup pour la synchronisation labiale. Le titre anglais original était d’ailleurs “Captain Morten and the ship of fools”, je me demande ce que ça donne en français ? J’aimerais aussi entendre le film en japonais par exemple.

On pourrait traduire le titre anglais par “Captain Morten et le bateau des idiots” mais en France, on a le titre “Captain Morten et la Reine des Araignées” ce qui n’implique pas de confrontation contrairement à l’utilisation du “versus”. On retrouve cette idée que Morten doit grandir…

K.J : Oui, c’est un petit garçon qui apprend à devenir capitaine…

Merci pour cette interview !

K.J : Merci, mais pourquoi donc ? (rires)

Tous mes remerciements à Emmanuelle Verniquet de Games of com.

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