J’ai rencontré Chris Wedge lors du festival d’Annecy où l’artiste était venu animer un Work in Progress d’Epic. J’ai pu donc m’entretenir avec lui sur le film, qui sort désormais en vidéo, l’occasion de revenir sur la production tumultueuse du film, sa narration et ce titre choisi, si particulier. Si vous me lisez depuis quelque temps, vous vous doutez que je ne lui ai pas posé les habituelles questions.

Bonjour Chris. Avant tout, je dois vous annoncer que je suis un grand fan de Robots, une figurine de Fender trône sur une de mes étagères.

Chris Wedge (rires) : Merci, c’est gentil ! On ne m’en parle pas très souvent de ce film.

Ce qui est bien dommage. Alors nous allons parler d’Epic, pour changer…

Chris Wedge : Vous l’avez vu ?

Bien sûr. Il est sorti en France le mois dernier, et la question qui me brûle les lèvres est la suivante : mais que s’est-il passé avec ce titre ?

Chris Wedge : Ah ! (rires) Eh bien, l’histoire est basée sur un roman de William Joyce, Les Hommes feuilles et en cours de route, les personnes de la publicité ont décidé de changer ce titre, qui devait aussi être celui de cette adaptation, en Epic.

C’est fâcheux. Je dois vous avouer que l’œuvre de William Joyce n’est pas très connue en France, mais ce titre original était bien plus attractif.

Chris Wedge : Oui ! Je dois avouer, je n’aime pas ce titre, Epic. Nous avons dû composer avec ça. C’est du concept de publicitaire, ils ont décidé d’une ligne directrice pour le film, et voilà !

Pour vous dire la difficulté d’appréhender le concept d’une telle idée dans les pays non anglophones, le titre a reçu un sous-titre pour son exploitation cinéma : la bataille du royaume secret.

Chris Wedge (soupire) : Ce n’est guère mieux.

On se retrouve en plus avec un concept casse gueule, puisque qu’aujourd’hui, pour le public, la principale définition de l’épique, c’est quelque chose de franchement spectaculaire, qui fait plus penser à une attraction ou à du spectaculaire sans limites. Non pas que votre film ne possède pas de telles scènes, mais si il y a quelque chose d’épique dans Epic, c’est bien son histoire au sens premier : un groupe de personnages qui s’embarquent dans une quête qui va changer l’ordre du monde, mais c’est une définition qui n’est plus majoritaire dans l’esprit du public.

Chris Wedge : En effet. Je n’avais pas pensé à ça.

Oui, cette polysémie joue clairement contre le film alors que l’accent durant la promotion a été principalement mis sur l’action non-stop, ce que le film ne tend pas à être.

Chris Wedge : Tout à fait. Il y a un nombre conséquent de personnages dans le film. Chacun peut s’identifier à l’un d’eux.

Absolument ! Je sais que votre préféré est Bomba (le père de Mary Kate). Qu’est-ce qui vous plait chez lui ?

Chris Wedge : Il est complètement à la ramasse ! C’est le seul personnage qui soit aussi maladroit. Il tranche complètement avec le reste du casting. Il est dégingandé, un peu rêveur, le seul à croire en ce qu’il est en train de faire. Il me ressemble, c’est le personnage le plus cartoonesque du film.

De l’autre côté de l’éventail, nous avons Ronin. Ce personnage est sensationnel !

Chris Wedge (rires) : C’est la figure même du héros. Il a été très difficile à conceptualiser afin qu’il ait sa propre histoire sans éclipser le jeune loup, Nod. Son animation est tout en finesse : il ne sourit jamais complètement, il cache ses émotions au maximum, il est tout en contrôle, en retenue. Il est à la fois un héros, mais aussi un père de substitution et il a ses propres deuils à surmonter tout en se devant de rester digne de son rang en tant que protecteur.

Le film est d’ailleurs extrêmement frontal quant à la question du deuil et quasiment chaque personnage principal possède le sien : Bomba et Mary-Kate face au deuil de la femme/mère, Ronin face à la mort de la Reine, tout en portant le poids de celle du père de Nod. Même le méchant perd son fils dans l’affrontement.

Chris Wedge : Oui, il était nécessaire pour nous d’avoir des personnages qui soient impliqués émotionnellement dans l’action, dans ce bagage commun les tragédies qu’ils vivent ou qu’ils ont vécues agissent en miroir et permettent au public d’avoir de l’empathie pour eux.

Heureusement, il y a un couple de sidekicks doublé par Aziz Ansari et Chris O’Dowd. Comment s’est passée la collaboration ? Il y a parfois des répliques imaginées et improvisées sur le moment par les doubleurs qui finissent par faire leur chemin sur l’écran…

Chris Wedge : Oui, c’est vrai. Dans notre cas, la production fut si longue et complexe qu’il n’y a pas eu beaucoup de marge de manœuvre pour inclure beaucoup de leurs délires dans l’histoire. Pourtant ce n’est pas faute qu’il y en ait eu ! Je dirai que seulement dix à quinze pour cent de ce qui a été proposé a fait son chemin dans le film, essentiellement parce que le doublage fut fait très en aval de la production.

Si l’on fait une suite au film, le processus sera bien plus flexible pour intégrer leurs différents délires dans la narration.

J’imagine. Avec tant de personnages, n’a-t-il pas été difficile de gérer le début même du scénario. Le public doit tout de même faire face à près de trente minutes d’introduction avant le début même des événements.

Chris Wedge : En effet, la mise en place a demandé beaucoup de précision, mais ce n’est pas ce qui fut le plus difficile, loin de là. Trouver le début et la fin est assez facile, par contre mener le deuxième acte pour que les péripéties soient concluantes nous a demandé beaucoup de travail. On en a sué sur ce morceau-là, on est souvent allé se coucher insatisfaits et un peu déprimés, car il fallait absolument que tout s’enchaine sans hoquets. Ce que l’on a fini par accoucher m’a semblé efficace.

Je sais déjà que Blue Sky a des projets en cours, mais qu’en est-il des vôtres ? Aura-t-on droit à un autre long-métrage de votre part ?

Chris Wedge : Peut-être. Ce film a été un défi, sa production difficile, du coup je vais bien me reposer et nous verrons bien. J’ai des histoires, des idées, mais vous savez le temps que ça peut prendre avant d’aboutir à quelque chose…

Oui, ça peut relever du chemin de croix. Merci pour votre disponibilité Chris et je l’espère, à bientôt pour un prochain film d’animation.

Chris Wedge : Merci à vous !

Entretien réalisé en juin 2013 durant le festival du film d’animation d’Annecy.

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