Le Roi et L'oiseau

Aujourd’hui, je vous parle d’un film d’animation français culte. Le Roi et L’Oiseau, film de Paul Grimault (et Jacques Prévert). Oui, j’ai bien dit français, oui, il commence à se faire vieux, et oui je dis bien CULTE. Il est l’un des premiers que j’ai vu et usé dans mon magnétoscope !

Le roi Charles Cinq-et-Trois-font-Huit-et-Huit-font-Seize règne en tyran sur le royaume de Takicardie. Le monarque est amoureux d’une bergère qui orne un tableau de sa chambre royale, mais elle est déjà éprise d’un petit ramoneur. Pour lui échapper, les deux amoureux s’enfuient et se réfugient dans une tour en haut du palais où un oiseau, enjoué et bavard, a installé son nid…

Le Roi et L'oiseau
Le Roi et son auto-portrait

Ce conte poétique et politique est librement inspiré du conte original d’Hans Christian Andersen « La Bergère et le Ramoneur » qui raconte l’histoire de deux figures de porcelaine (le ramoneur et la bergère) amoureuses l’une de l’autre, et d’un vieux chinois de porcelaine également, revendiquant le droit de faire épouser la bergère à un autre. L’histoire du film reprend la thématique du mariage forcé et de l’œuvre d’art prenant vie (Pygmalion, Galatée, nous vous aimons). Mais le Roi lui-même n’est pas l’amoureux principal, c’est son auto-portrait qui, après avoir pris sa place, se lance dans une chasse à l’homme pour récupérer la bergère. L’histoire d’amour est un prétexte pour rencontrer le royaume de Takicardie, dirigé par un dictateur narcissique, où les pauvres ne voient jamais la lumière du jour, et où la haute société vit dans des palais plus haut que n’importe quel ascenseur volant….

I – Une Réalisation semée d’embûches

En effet, le film connaît une construction démembrée dans le temps et l’espace.

L’accordéoniste aveugle apaise les lions, qui par la tristesse des paroles en oublient leur faim…

De 1946 à 1952, Grimault et Prévert n’ont plus d’argent, suite à la fin de la guerre, pour poursuivre leur projet de conte pour adultes avec la « Société des Films Paul Grimault ». Lorsque le film est présenté en 1952, les deux amis ne soutiennent pas la projection. En 1977, Jacques Prévert décède, laissant le scénario et les dialogues comme seul héritage au film. En 1980, le film est à nouveau présenté, après un passage aux États-Unis pour Paul Grimault afin de finaliser la réalisation, par la production d’Antenne 2. C’est Pierre Prévert, le frère du poète, qui fera le choix des voix et sera présenté comme collaborateur artistique. On trouve le compositeur Wojciech Kilar à la barre de la bande originale (qui s’écoute toute seule, un vrai voyage onirique…) Il s’agit du 1er long métrage d’animation mis en chantier en France. Il est aussi le premier à recevoir le Prix Louis Delluc en tant que film d’animation. En 2001 et 2003, le film est remastérisé pour sa sortie DVD. Il est aujourd’hui distribué par la société Studio Canal dans sa version restaurée de 2013.

II – Poétique et Politique

Le Roi et L'oiseau

Le film porte la volonté de ses réalisateurs : proposer de la poésie et de l’animation pour adulte. Le milieu de l’art, ses carcans et ses libertés sont représentés dans la chambre secrète du roi, après des couloirs tortueux et des accès labyrinthiques. Les œuvres parlantes reflétant les idées de leurs époques, de l’antique classicisme à l’ingénu pastoral. Mais le dictateur corrompt tout, même l’art qui devient outil de propagande idolâtre.

Le mythe de Narcisse fait son apparition régulièrement, comme un refrain (le portrait tuant son émissaire, sortant des eaux…).Et à travers le Ramoneur qui, contraint de produire pour son roi, détruit et démystifie le visage du pouvoir, le rendant ridicule, il le réduit aux rires et aux moqueries. La caricature et les émotions brisent la Takicardie…

Le Roi et L'oiseau

Peu de musique dans les hauteurs de la bourgeoisie, seulement le sifflement des machines futuristes et la voix du haut-parleur monocorde/monotone comptant le temps qui s’écoule… Peu de musique oui, sauf dans les bas-fonds des prisons des fous et des pauvres. L’oiseau contestataire (Jean Martin !) chante à tue-tête à la fenêtre du Roi pour lui rappeler, chaque nuit, que la liberté ne se rend pas. Elle se rebelle même. La fosse aux lions où sont jetés les récalcitrants, les rebuts, devient un lieu de célébration de la misère.

L’amour libère les affamés, rouvre les portes, et anime même l’arme de destruction du royaume. Un Géant de Fer, le robot qui n’ayant plus de raison de combattre (notons la position repliée, penseur rodinien), se réveille des années plus tard, sur les débris du royaume, au cri d’un oiseau en cage. De ses mains articulées et gigantesques il ouvre la petite porte, laissant l’oisillon s’envoler, avant d’abattre son poing sur la cage. Conclusion puissante et définitive qui finit de vous convaincre de l’engagement de l’œuvre.

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