Pas moins d’une semaine ne se passe sans que Disney ne publie une nouvelle bande-annonce d’un de leurs futurs longs métrages de fin d’année ou de 2019, et avec chaque nouveauté un petit lot de polémique dont nous allons vous parler ici.

Le Roi Lion

Avec la diffusion de la première bande-annonce du Roi Lion version 2019 est revenue la polémique de ce que Disney présente comme un remake live action du classique de 1994. Si vous êtes normalement constitué et que vous avez vu cette bande-annonce, vous savez tout comme moi à quel point cette déclaration est galvaudée (ce qui n’a pas empêché un grand nombre de sites de transmettre la déclaration sans même la contester) à un point où même Première, le site où vous êtes forcés de lire une manchette de 60 mots en 5 pages, a abordé le problème en convoquant le spécialiste des effets spéciaux Pascal Pinteau.

On retiendra de cette initiative fort louable que le film est un remake complètement animé en images de synthèse photoréalistes (cqfd) et que Disney France a le culot de soutenir cette affirmation initiale de dire du film qu’il relève du live car Jon Favreau est allé tourner des images en Afrique ayant servi de référence pour créer des décors ! Une sacrée dérobade qui revient à dire que Vaiana (comme tous les films d’animation réalisés avant lui chez Disney) est un film live vu les quantités d’images de références que les équipes d’artistes ont ramenées du îles du Pacifique… Soyons sérieux.

Ce que vous ne trouverez pas chez Première, ni chez Disney par ailleurs : la compagnie derrière les images de cette nouvelle version du Roi Lion est MPC, la même ayant œuvré sur Le Livre de la Jungle version 2016 et ayant poussé ici plus loin le défi, d’autant plus que le film n’utilise pas la technique de la performance capture pour ses personnages.

Également, et c’est un problème qui gronde depuis le début de l’initiative par Disney de remaker ses classiques, le problème des droits et royalties s’appliquant sur ces nouveaux films au détriment des anciens. Il faut savoir qu’aux USA les artistes qui ont écrit, réalisé, animé et conceptualisé les films originaux ne seront pas rémunérés sur ces réinterprétations en raison de leur statut : tout appartient au studio.

Une grande différence avec les équipes aux commandes des remakes qui, grâce à leurs syndicats mieux armés, pourront prétendre à des émoluments d’une autre mesure, là où celles et ceux à l’origine de ces classiques ne toucheront pas un radis.

Cet état de fait a été évoqué par l’artiste Shannon Tindle (Kubo et l’armure magique) sur twitter.

Mais il y a une autre grosse différence… les réalisateurs et scénaristes de la version animée originale (comme tout autre film d’animation) ne sont pas reconnus ou représentés par la DGA (syndicat américain des réalisateurs, ndr). – Shannon Tindle

Au-delà de la polémique esthétique que provoque ce remake, ce sont des enjeux financiers importants pour les artistes qui ont en ce moment lieu aux USA, où la question de se syndiquer dans le milieu de l’animation est de plus en plus forte, surtout après le scandale de l’entente illicite sur les salaires de 2013, réglée en class action l’année dernière.

Le retour de Mary Poppins

Si vous n’avez pas trop entendu parler de MPC, on tombe ici dans une version similaire mais encore plus malhonnête : alors même que Disney fait grande réclame des passages animés de son nouveau film Mary Poppins, il n’est nul part fait mention de l’entreprise qui a été embauchée pour créer l’animation de ces séquences, car souvenez-vous : Disney n’a plus de département d’animation 2D depuis 2013.

C’est donc vers le Duncan Studio (fondé par le vétéran Ken Duncan) que la production du film s’est tournée pour une collaboration qui a duré deux ans, mais la partie plus tardive concernant la promotion du film a fait grimacer certains artistes comme Chris Sauve, qui a écrit sur sa page Facebook (traduit ci-dessous) :

« Duncan Studio a fait TOUTE l’animation 2D dans Le retour de Mary Poppins. Je le sais car j’en ai fait une bonne partie. Ken Duncan a rassemblé une grande équipe d’artistes talentueux depuis l’animation rough jusqu’au clean-up, depuis les effets, l’encrage et la peinture, les décors, jusqu’au compositing et aux artistes finaux qui ont bossé à mort pour faire que ces séquences soient aussi merveilleuses que possible. Une équipe de management de la production a passé de longues heures pour que tout se passe pour le mieux. Il y a beaucoup de désinformation de la part de Disney envers les médias. je n’en suis pas surpris. Disney ne veut pas avoir à répondre à la question embarrassante du pourquoi ils n’ont pas pu animer leur propre film. A la place, on a des histoires débiles de petit vieux de 90 ans sortis de leur retraite, ou des crédits insinuant que c’est l’œuvre des studios d’animation Disney, ou bien Pixar. Ce n’est pas vrai. Donc bravo aux personnes ayant durement travaillé au Duncan Studio pour créer ces magnifiques séquences d’animation 2D pour ce film. Cet effort est déjà reconnu vu les éloges que reçoivent déjà les séquences 2D. Nous, qui faisons partie de cette industrie, nous devons faire de notre mieux pour rendre à César ce qui lui revient de droit. »

L’équipe du Duncan Studio ayant travaillé sur Le retour de Mary Poppins.

Avec ces deux dernières mésaventures, vous constatez l’importance de toujours voir au-delà des éléments de langage volontairement simplistes que fournissent les département publicitaires de la souris, assez pressés visiblement de faire oublier que derrière cette marque tentaculaire se retrouvent des artistes dont il faut parler, car comme vous le prouve cet article venant d’ABC, ils ne vous en parleront pas.    

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