classiques Disney

Après avoir cherché et déniché les quelques suites de classiques Disney qui pouvaient être dignes d’être visionnées, je me suis attelé à une tâche bien plus ardue, à savoir les pires suites que la firme de Burbank ait pu produire.

J’ai été surpris, dans mes recherches et mes visionnages, de découvrir qu’à l’époque où le management était en plein doute et que les différents studios satellites présents de par le monde fermaient les uns après les autres, une pratique bien particulière avait eu lieu pour rentabiliser certaines séries télévisées commandées à des studios extérieurs mais finalement annulées.

La stratégie en question était simple : de faire, à partir des épisodes déjà terminés un assemblage plus ou moins heureux qui a donné naissance à des films à sketches, dont la qualité narrative des différents segments est très variable, tous ayant en commun une technique peu élaborée vu leur provenance.

On peut ranger dans cette catégorie les très passables King Kronk, Les Énigmes de l’Atlantide, Tarzan et Jane, Cendrillon 2 : Une vie de princesse ou encore Le Monde magique de la Belle et la Bête. Vous remarquerez d’ailleurs que certains d’entre eux ne cachent pas leur forme d’anthologie derrière un numéro, un signe d’honnêteté ?

Quant aux autres, les « vraies » suites dont nous allons parler, n’ont pas forcément cette excuse. Créées de A à Z pour exploiter la renommée et l’aura des originaux, on peut facilement les accuser de l’avoir amoindrie en les noyant sous une belle couche de médiocrité.

A tout seigneur, tout honneur :

Lilo et Stitch 2 : Hawaï, nous avons un problème !

Écrit et réalisé par Michael LaBash et Anthony Leondis, précédemment artistes et scénaristes sur le peu populaire La Ferme se Rebelle, ce deuxième épisode sert de champs d’expérimentation et d’exploration narrative bancale entre le film original et la série télévisée en faisant office de pilote.

En sa qualité de suite Hawaï, nous avons un problème jouit d’un casting de voix quasi identique au précédent mais d’une technique bien amoindrie dignes des moyens d’équipes de la télévision, qui se sont certainement fait les dents sur ce métrage.

Et cela se ressent à l’image dès les premières minutes : bien que le character design soit respecté, l’animation est bien inférieure et les traits plus grossiers, sans nuance et sans volume. Les couleurs, dont la palette est issue de l’original, restent identiques au niveau des décors.

Hélas, ceux-ci sont bien moins mis en valeur, le cadre étant bien plus serré et sur des champs contre-champs sur les personnages, ce qui trahit le format de destination du métrage.

En terme d’histoire, la mythologie même de la créature est mise de côté pour les épisodes de la série et on a affaire ici à une simple histoire relationnelle entre les personnages principaux avec en plus gros enjeux la possibilité que Stitch, en ne pouvant pas restreindre son niveau de méchanceté, devienne complètement mauvais et tente de détruire la Terre.

Le film progresse paresseusement sur cette thématique et ce jusqu’au feu d’artifice final mais il est difficile de s’attacher aux personnages de la même manière que lors de leur découverte dans le film précédent. C’est d’autant plus flagrant lorsqu’on sait que la série télé qui lui succède (et déjà annoncée à l’époque) annihile un peu plus les enjeux.

La déception ressentie à la vision de Lilo et Stitch 2 : Hawaï, nous avons un problème! est donc proportionnelle à la surprise vécue lors de la découverte de l’original, hélas. On peut compter sur Disney pour tirer sur la corde puisqu’en plus de ce film, sont sortis Stitch ! Le film, qui sert de vrai début à la série animée et un autre métrage, Leroy et Stitch, que l’on peut plus considérer comme un épisode spécial que comme une vraie suite.

Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le secret de Quasimodo

Vous étiez mitigé lors de la sortie du Bossu de Notre-Dame ? Vous vous souvenez des passes d’armes qu’il y eût dans la presse à propos du côté honteux de l’adaptation des écrits de Victor Hugo, des modifications dans l’histoire qui furent brandies comme autant de retournements que l’écrivain pourrait faire dans sa tombe ?

Fort heureusement que ça n’arrive pas littéralement, car on aurait à l’heure trouvé une source d’énergie infinie en branchant notre bon vieux Victor sur une dynamo, croyez-moi, vu l’aberration que constitue ce Bossu de Notre-Dame 2 : Le Secret de Quasimodo.

Simple scénario de continuation, cette suite est alimentée dans son intrigue d’un jeu de l’amour et du hasard se déroulant, on le devine, durant la Saint Valentin, puisque le fameux secret de Quasimodo est de trouver chaussure à son pied. Il croit un temps avoir rencontré l’élue de son cœur, Madeleine, mais il se joue en coulisses un complot pour voler une cloche de la cathédrale, sertie de pierres précieuses.

Cela ne va guère plus lion, avec un happy-end à la clé et, bien-sûr, un bossu qui trouve l’amour. On retrouve en toile de fond le couple Phébus/ Esméralda, assorti de leur enfant, Zéphyr. La galerie de personnages secondaires reprend également du service, avec une part plus grande accordée aux gargouilles, trop envahissantes et destinées à étouffer toute tentative de dramatisation de l’action.

Quant au méchant, nous sommes bien loin du très torturé Frollo et son manque de relief ne fait que rehausser la faiblesse du scénario. La partie technique joue à l’unisson puisque tout est d’un plat dramatique. Si certains trouvaient que l’animation dans les classiques avait perdu en qualité n’ont pas jeté un œil sur le peu de travail alloué à cette suite.

En creusant un peu la question, on retrouve d’ailleurs non pas les studios australiens qui ont produit un bien meilleur résultat sous le même label DisneyToon mais une production tripartite entre le Canada, le Japon et les Etats-Unis patronnée par Bradley Raymond, déjà à l’œuvre sur d’autres suites Disney peu glorieuses.

Jusqu’ici, Le Bossu de Notre-Dame 2 a été le maître étalon de la mauvaise qualité, mais c’était sans compter sur …

Pocahontas 2 : Un monde nouveau

Et nous sommes là en présence d’un cas très particulier de ratage, puisque le scénario de Pocahontas 2 possède une source beaucoup plus intéressante que celle du Bossu, la vraie princesse ayant effectivement quitté sa terre natale pour accompagner son mari, John Rolfe, pour découvrir l’Angleterre.

Mais rien n’est simple dans le monde des séquelles Disney, puisque cette fois-ci, Radcliffe (eh oui, on ne change pas un mauvais méchant) réussit son complot contre John Smith et, croit-on, le tue. Après un tour de passe-passe, un nouvel émissaire est envoyé chez les indiens pour négocier une paix, vu que la couronne, induite en erreur, cherche à essuyer l’affront subi que la tribu Powhatan n’a  pas.

Pocahontas embarque donc en compagnie de l’émissaire pour l’Angleterre, après un remake rapide du premier opus où tout se déroule à l’envers, puisque les deux jeunes gens se détestent. C’est une fois arrivé en Albion que les sentiments de la princesse change puisque John devient le seul référent de notre héroïne qui doit s’adapter aux mœurs européennes.

Après quelques péripéties, gags  et chansons sans autre intérêt que de gonfler la durée du métrage, Pocahontas, John Smith et John font face à Radcliffe qui échouera à nouveau à se venger de notre trio et à importer la guerre au-delà de l’Atlantique.

Soulignons tout de même que John Smith, ici réduit aux utilités narratives, se voit évincé dans le cœur de Pocahontas par le jeune émissaire à l’amour vache, par souci de vérité historique (sic) peut-être ?

Outre une trame narrative qui fait très « bon sauvage » avec notre Princesse à qui on essaye d’apprendre les bonnes manières, j’ai trouvé la présence des animaux encore plus envahissante que d’habitude, déjà que les suites ont tendance à les mettre constamment en avant, on frôle ici l’indigestion vu la supposée gravité du récit.

Mais, rassurons-nous, on trouve bien pire côté esthétique et technique. On retrouve les mêmes tares que dans le Bossu de Notre-Dame 2 avec un petit supplément qui fait toute la différence, puisque par souci pratique, il semble qu’un grand nombre de séquences soient issues d’un rotoscopage bien laid, facilité par le design des personnages.

C’est tout bonnement insupportable lorsqu’on voit le peu de soin apporté à l’animation en elle-même et le manque de finition général. Ce Pocahontas 2 est aussi inintéressant que moche, ce qui en fait un des meilleurs prétendants au titre de pire suite jamais réalisée pour un classique.

Rox et Rouky 2

J’ai avec Rox et Rouky un passé plein d’émotions, puisque ce doit être le premier classique Disney que j’ai vu en salles à l’époque, c’est dire si j’ai lancé Rox et Rouky 2 avec une certaine appréhension. Et le peu que j’ai à exprimer et que ce n’est pas bon. Mais pas du tout.

Nous avons déjà parlé de l’intérêt limité de placer une suite au milieu d’un classique en exploitant une ellipse. Bambi 2 a fort bien passé cette épreuve, La Belle et la Bête 2 s’en sort moins bien mais qu’importe, les faits sont là : On ne s’inquiète pas pour des protagonistes dont on sait qu’ils vont arriver à la fin du film sans avoir réellement changé.

Mais c’est ce que fait Rox et Rouky 2, en se plaçant entre… On ne sait pas vraiment, durant leur jeunesse. Le scénario exploite le filon bien usé de la célébrité contre l’amitié en donnant à Rouky une opportunité de « chanter » dans un groupe de chiens hurleurs et là, soyons clair : il ne se passe absolument rien du film. On est dans un enchaînement purement mécanique de chansons et de péripéties inutiles.

Quand on connait le film original, la tragédie qui est sous-tendue entre les deux personnages, c’est une vraie souffrance de devoir regarder cette soupe infecte qui ruine le souvenir et la vision fataliste de la vie qui y est évoquée.

Le pire étant qu’en termes techniques, le métrage s’en sort assez honorablement. La musique est typée country, les personnages sont assez finement dessinés et animés, les nouveaux s’ajoutant aux anciens sans faire tache, un certain soin a été apporté au film par les australiens de DisneyToon… mais ce n’est pas Rox et Rouky. Pas du tout.

J’ai donc, juste après le début du générique de fin, sorti le disque de mon lecteur et lancé le film. Par la fenêtre, tout en songeant au film qui m’attendait ensuite, le très évocateur…

Le Retour de Jafar

Et nous tenons là le film par lequel tout a commencé. Première suite éditée uniquement pour le marché de la vidéo, Le Retour de Jafar est sorti en 1994 et sert autant de suite que d’introduction à la série animée, tout en ayant les mêmes moyens techniques que cette dernière.

Suite prévisible et fainéante, ce second épisode voit le passage du perroquet Iago du côté des héros, certainement parce que les trois sidekicks que sont le génie, le tapis et Abu ne devaient pas suffire, et l’introduction du méchant de seconde zone Abis Mal, futur régulier de la série animée.

On retrouve en gestation les graines des pires suites Disney dans cette première tentative, entre les chansons inutiles, la mise en avant des sidekicks trop bavards ainsi qu’une faiblesse dans la narration qui permet de faire baisser les standards. Tout ça pour conduire le spectateur à voir la série animée, quitte à provoquer des aménagements avec la fin du film original. On peut citer le cas du génie, ici toujours prisonnier de sa lampe et possédant une masse de pouvoirs magiques bien pratiques pour résoudre toutes les péripéties.

Mais, comme écrit précédemment, la technique est très en-deçà du classique : le character design est inconstant (le génie et le tapis en pâtissent grandement, sans parler de Jafar, Andreas Déjà a de quoi perdre ses cheveux), l’animation souvent digne d’un épisode de Scooby-Doo et les décors semblent avoir été fait à la va-vite.

Les chansons sont quant à elles toutes des reformulations allongées des sentiments des protagonistes et ne contribuent en aucun cas à l’avancée de la narration. Le climax est expédié en cinq minutes alors même que Jafar possède des pouvoirs et un potentiel de nuisances bien plus grands, le scénario lui donne à peine plus de cervelle qu’à Abis Mal.

En définitif, on tient avec ce Retour de Jafar le mode d’emploi d’une suite Disney faite avec peu de frais et d’ambitions. Rappelons en passant que Disney était à ce moment-là en pleine renaissance suite au succès du Roi Lion et bien assuré dans ses projets futurs et absolument dans une voie vers le plus de rentabilité possible.

Je ne sais pas si ils se sont un instant posé la question du ternissement de l’aura des œuvres originales en appliquant une telle politique d’exploitation intensive de suites au format vidéo.

C’est d’autant plus dommage lorsque l’on voit comment Pixar a démontré que les suites pouvaient enrichir le propos et de permettre de consolider l’histoire de départ de fort belle manière, comme ce fut le cas avec les Toy Story.

On se retrouve dans les commentaires pour discuter de tout ça, car chacun a sa pire suite de classique Disney en tête à présent !

7 Comments

  1. Haha, pas mal 😀

    ps : « trouvé une source d’énergie infinie en branche notre bon vieux Victor sur une dynamo »

    tu lis l’odieux connard ? (vi, j’ai déjà fait la remarque sur twitter ^^x)

  2. Chtounet, en première ligne sur Disney ! 😀
    Donc oui je connais Odieux Connard et j’ai déjà lu de ses critiques de films, très drôle ! Et donc non, l’image est venue d’elle même, donc si il l’a déjà utilisée, c’est parfaitement fortuit 🙂

    Nbu
  3. C’est dommage de faire un avis aussi catégorique sur la chose. Il est vrai qu’il y a des ratés et cela j’en suis bien d’accord.
    Mais prenons par exemple Pocahontas 2, j’ai beaucoup aimé ce côté « bourgeois » du film : voir la vieille Angleterre de George (II ou I je ne sais plus). Les chansons sont vraiment chouettes comme « Bienvenue à Londres ». Un enfant ne verra jamais l’Angleterre du 16e comme il le voit ici, du moins pas avec les motivations des historiens et de leur accord avec les technologies modernes d’architecture.
    Donc oui, il y a des pires suites, je suis tout à fait d’accord. Mais je trouve plus déplorable les suites de la Belle et la Bête que celle de Pocahontas par exemple.

    Lili B.
    1. Je comprend ton point de vue, d’ailleurs je nuance le fond historique, qui pouvait parfaitement se prêter à une suite à l’original, mais je déplore l’exécution, d’une pauvreté affligeante dans chaque domaine, soit par maladresse en dédramatisant à coup de gags et de chansons, soit par nécessité de faire à l’économie en proposant une technique vraiment à la rue indigne de Pocahontas, c’est ce qui m’a le plus chagriné.

      Nbu
  4. C est normal aussi
    On ne met pas les meme moyens pour un film qui sort directement en dvd ou vhs
    Qu au cinéma
    On utilise des moyens bas de Gamme pour faire entrer un peu d argent dans les caisses
    Si ça a marché pour pixar c est normal les toys story sont allez directement au cinéma

    Benoit
    1. La stratégie n’était pas la même à l’époque de ces suites. Disney voulait traire la vache qu’étaient les classiques (tout comme l’entreprise les traient à nouveau avec la vague de remakes en live aujourd’hui), en surfant sur l’énorme marché de la vidéo qui était un terrain à conquérir pour les actionnaires, le tout avec des budgets dérisoires afin de maximiser l’investissement.
      Chez Pixar (qui n’appartenait pas à Disney à l’époque de Toy Story 2), le choix fut fait de concevoir des suites de niveau supérieur, comme pour un nouveau film original. Le pari était risqué mais a fonctionné, car même derrière des suites décevantes, il est toujours resté une ambition artistique chez eux.

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