Millennium Actress est un film réalisé en 2001 par Satoshi Kon (Paprika, Tokyo Godfathers…), un réalisateur japonais très apprécié pour ses productions animées. J’avais pour ma part beaucoup aimé Tokyo Godfathers, mais ce film là est très différent, plus proche de ce que je sais de l’art de Satoshi Kon, qui aimait brouiller les pistes entre réel, fiction, rêve et imaginaire.

[message]Le réalisateur de documentaires Genya Tachibana interview la vieille actrice Chiyoko Fujiwara. Ensemble, tous deux se plongent dans le passé de la comédienne.[/message]

Un film étrange donc, où une actrice disparue de la scène médiatique et artistique depuis des années décide d’accorder une interview à un journaliste et son cameraman. Se mélangent alors les souvenirs de sa vie de jeune fille et les souvenirs de sa vie d’actrice. La frontière est si mince qu’on ne sait jamais vraiment ce qui fait partie de sa filmographie, ce qui n’en fait pas partie, ce qui est elle en personnage de film qui poursuit sa propre vie etc. On est vite perdu, mais ce n’est pas tellement dérangeant, puisque ça nous permet de nous promener à différentes époques du Japon avec Chiyoko, jeune fille en quête d’amour.

Chiyoko et la clé "de la chose la plus importante qui soit"
Chiyoko et la clé « de la chose la plus importante qui soit »

Car le fil rouge de toute son histoire, celui qu’elle revit à travers ses rôles dans ses souvenirs, est la poursuite d’un amour fugace et vite perdu. Encore étudiante, Chiyoko avait rencontré un homme en fuite, et l’avait aidé à échapper à la police. Elle tombe amoureuse de lui alors même qu’il disparaît dans la nature pour ne pas être arrêté. Dans sa fuite il a laissé une clef qu’il portait autour du cou, « la clé de la chose la plus importante qui soit » et Chiyoko n’aura de cesse de tenter de le retrouver et de lui rendre sa clé.

C’est pour ça qu’elle est devenue actrice, pour partir là où elle penser le trouver, pour faire le haut de l’affiche avec l’espoir qu’il la reconnaisse et revienne vers elle… Elle court, elle court, mais ne le retrouve jamais. Le cycle éternel se répète encore et encore, à la poursuite d’un souvenir qu’elle n’attend jamais, un souvenir qui s’efface avec le temps, mais qu’elle poursuit encore et encore. Et quand elle croit avoir tourné la page, la clé le rappelle à elle. Si bien qu’elle fini par se détester elle-même, de ne pouvoir oublier un homme qu’elle a à peine connu, un fantôme, qui la ronge et l’empêche de vivre pleinement sa vie.

Toujours à la poursuite de l'amour
Toujours à la poursuite de l’amour

Le fin mot de l’histoire, c’est le journaliste qui l’apportera. Lui qui intervient encore et encore dans l’histoire de Chiyoko pour la sauver à chaque fois, lui qu’elle a réellement connu quelques années auparavant, lui qui sait ce qui est arrivé à l’homme à la clé. C’est en écoutant Chiyoko raconter sa vie qu’il se rend compte qu’elle a jamais été heureuse, à la poursuite d’un fantôme, le fantôme d’un homme mort depuis longtemps.

La fin de Millenium Actress est touchante, et décevante si on espérant un semblant de happy end. Comment une Chiyoko vieille aurait-elle pu faire face à un homme qui l’a connu dans ses jeunes années ? Comment alors même qu’elle ne se souvient plus de son visage ? La clé sera là une dernière fois pour lui rappeler, avant que la mort ne l’entraîne une nouvelle fois à la poursuite de son amour-fantôme…

Un regard sur le passé
Un regard sur le passé

Une très jolie animation, pour une histoire d’amour banale racontée d’une manière bien originale. Les métaphores répétées de la poursuite éternelle pourront en laisser beaucoup de marbre, surtout s’ils cherchent à définir de manière carrée ce qui est de son passé de femme ou ce qui est de son passé d’actrice. Un film a prendre comme il vient, qui apporte les clés de sa compréhension au fur et à mesure, et qui doit surement être meilleur au deuxième visionnage, quand on peut pleinement prendre conscience de ce qui se passe.

Attention cependant, la construction de Millennium Actress et sa philosophie n’en font pas un film pour tous les publics. Moi la première, je n’ai pas été transportée, même si j’ai suivi sans m’ennuyer cette histoire : tout de suite emportée par le tourbillon de ses souvenirs, j’ai décroché un peu plus à chaque fois que sa quête recommençait, sans jamais aboutir. Je comprends cependant pourquoi d’autres l’aimeront bien davantage, ou le trouverons trop brouillon.

Les 1001 visages de Chiyoko
Les 1001 visages de Chiyoko

3 Comments

  1. Le seul film que je n’ai pas vu de ce réalisateur parti trop tôt (ça fera bientôt trois ans). A croire qu’il aura fallu sa mort pour reconnaître son immense talent. Dans mon souvenir, je crois qu’il est sur Dailymotion. Pour le reste, un de ses mangas vient de sortir en France, Opus.

  2. Ah ben mon film préféré de Satoshi Kon! ça fait plaisir de le voir critiquer, malgré l’appréciation en demi-teinte ^^
    Je le trouve moins difficile à comprendre que Perfect Blue ou Paprika… Le mélange réalité/fiction perturbe moins que celui de réalité/folie ou réalité/rêve…

    3 ans déjà… T_T

    Nainkult

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