Comme chaque année, l’académie des oscars nous dévoile les liste des films d’animation nominés, divisés entre longs et courts-métrages !

Mais avant tout une mise au point : Sachez qu’outre le côté très centré sur Etats-Unis de cette cérémonie, la liste des nominations est déterminée par les votants faisant partie des corps de métiers de l’animation et qu’au final, lors du vote qui détermine l’oeuvre lauréate, ce sont l’ensemble des votants de l’Académie qui décident.

Traduisez donc cette dernière phrase par le fait que ceux qui ont le moins d’intérêt dans le médium, qui ne se donnent souvent même pas le temps ni l’envie de regarder les films nominés, vont souvent donner leur voix en demandant à leurs enfants/neveux ou nièces/voisin ce qu’ils ont vu et pensé de ce qu’ils ont vu en salles…

Ce qui explique souvent pourquoi les lauréats sont souvent le film en 3D d’un gros studio, et pourquoi l’évidence prime toujours, en accord avec le ressenti général du public. Mais bon !

Muriel s’est donc joint à moi pour commenter la liste suivante :

Les long-métrages d’animation nominés


Anomalisa, de Charlie Kaufman & Duke Johnson

 

Précédé d’une aura prestigieuse et des prix engrangés en festivals, Anomalisa a été au départ financé via Kickstarter et est vite devenu le nouveau porte étendard de « l’animation pour adulte » en prenant la forme d’un drame introspectif écrit par nul autre que Charlie Kaufman. Ses personnages prennent ici la forme de marionnettes qui semblent assez troublantes par l’humanité qu’elles dégagent (ce qui me fait penser au court-métrage Grace Under Water d’Anthony Lawrence). Nous n’avons pas encore vu le film, qui sort en salles le 3 février 2016.

Nicolas

Le garçon et le monde, d’Alê Abreu

 

Lauréat du Cristal du long-métrage à Annecy en 2014, le film d’Alê Abreu, mérite largement sa place dans ce cercle très fermé des nominés aux Oscars. Il dépeint dans une animation traditionnelle réussie l’aventure d’un petit garçon à la recherche de son père. Ce dernier va devoir faire face à la modernité et la dangerosité du monde qui l’entoure et pour cela Alê Abreu a su jouer sur le contraste entre une imagerie tribale colorée et la grisaille quotidienne. Par son aspect muet, Le Garçon et le monde brille par son efficacité narrative, même si on est conscient que ses chances sont minces, on aimerait le voir s’emparer de la figurine dorée. Vous pouvez en retrouver ma critique dans ces colonnes.

Muriel

Vice Versa, de Pete Docter

 

Nous parlions d’évidence… mais ce serait médire que de ne pas considérer le film de Pete Docter comme un prétendant sérieux à la statuette vu le succès critique et public dont il a été gratifié, réconciliant même les habituels esprits chagrins de Pixar avec les fans de longue date. Oui, le film est bien, beau et sensible dans sa manière d’approcher l’intériorité émotionnelle de la jeune Riley. Les techniciens de l’animation ont pris un grand plaisir à animer ces personnages ectoplasmiques qui rappellent les cartoons dégingandés des origines. Pour aller plus avant, lisez la critique de Coralie.

Nicolas

Shaun le Mouton, de Richard Starzak

 

S’il y a un film qui nous a fait nousrouler sur le sol de rire en 2015, c’est bien Shaun le Mouton ! Adapté de la série télévisée, elle-même issue d’un court-métrage de Wallace & Gromit, Shaun le mouton a passé avec brio le cap du long-métrage en capturant avec brio ce qui fait le charme d’un personnage silencieux comme Gromit. Les personnages ne parlent pas et les humains annonent un langage incompréhensible qui évacuent les dialogues, laissant place à une réalisation béton et à toute l’expertise d’Aardman dès que l’on touche à la plasticine.

Sans producteur américain pour le brider (comme ce fut le cas avec les films précédents), le studio anglais est prêt à conquérir le monde…mais ce n’est pas gagné pour le territoire des états-unis, le distributeur indépendant Metropolitan Filmexport n’ayant pas été très efficace pour imposer notre héros laineux dans les cinémas outre-atlantique…

Nicolas

Souvenirs de Marnie, de Hiromasa Yonebayashi

 

Le dernier long-métrage en date des studios Ghibli fut assez égratigné à sa sortie, considéré comme trop faible après les ultimes (?) œuvres de ses aînés, mais c’est complètement faux. Je suis ravi que les artistes américains qui votent pour la liste des nominations aient donné sa chance, aussi symbolique soit-elle, au film d’Hiromasa Yonebayashi, qui est bien construit, sensible et qui prouve à nouveau que le studio sait produire autre chose que les œuvres des deux maîtres. Distribué par GKids aux USA, le film aura été vu par la minorité qui peut suivre et voir les sorties courageuses de ce distributeur indépendant.

Nicolas

Les courts-métrages d’animation nominés


Bear Story, de Gabriel Osorio

 

Produit par la studio Punkrobot, cette métaphore de l’exil sous l’ère Pinochet a fait son chemin en festival depuis sa sélection hors compétition à Annecy en 2014, alignant les récompenses. Le film reprend la même technique narrative utilisée par Jorge R. Guttierez dans La Légende de Manolo, à savoir de raconter son histoire via des marionnettes de bois, sur un pan très douloureux de l’histoire chilienne. Osorio a su exploiter la force du CGI pour donner une texture et une vibrance à ses personnages de bois au lieu de se concentrer sur l’ultra réalisme de l’ours qui les conçoit. Il reste à espérer que ce court-métrage saura toucher les votants.

Nicolas

Prologue, de Richard Williams

 

Un court-métrage que nous avons loupé à Annecy l’année dernière, l’équipe étant à la séance de La Montagne Magique d’Anca Damian (oui, il faut souvent faire des choix…). Le court-métrage Prologue possède un titre qui ne ment pas puisqu’il est sensé être la première partie d’un possible long-métrage adapté librement de la pièce de théâtre comique et pacifiste d’Aristophane, Lysistrata, où l’héroïne éponyme convainc les femmes grecques de mener une grève du sexe afin de pousser leurs hommes à cesser la guerre.

Première nomination pour un court-métrage de Williams aux oscars depuis 43 ans, Prologue va-t-il retenir l’intérêt du peu de votants qui vont regarder les court-métrages d’animation dans leur ensemble ? Rien n’est moins sûr. Gageons que les BAFTAs et les Annie lui rendront justice.

Nicolas

Sanjay et sa Super Equipe, de Sanjay Patel

 

Complètement à l’opposé de Prologue, il aura été difficile de passer à côté de ce Sanjay et sa Super Equipe, notamment grâce à la promotion intense de Disney à son égard, faisant même de ce court un produit d’appel pour voir le délaissé Voyage d’Arlo en salles. Un soutien de la maison mère amplement mérité, puisque Sanjay Patel a su mélanger grâce à une mise en scène dynamique les ingrédients de la culture super-héroïque aux déités indiennes et le résultat s’avère gourmand. Il est difficile de rester indifférent à ce court !

Avec de sérieux challengers dans sa catégorie, Sanjay et sa Super Equipe est sur le papier loin d’avoir remporté le combat d’avance, et ce malgré l’évidence Disney-Pixar qui plane dans l’air, renforcée par la visibilité due à sa qualité d’avant-programme.

Muriel

We Can’t Live without Cosmos, de Konstantin Bronzit

Surprise : le court-métrage le plus « Plymptonien » de la sélection n’est pas de Bill Plympton ! Le mouvement intelligent du trait nous rappelle aux courts du maître de l’animation. We can’t live without Cosmos dénote surtout par le pouvoir d’évocation autour de cette belle histoire d’astronautes en préparation pour une mission. On est surpris par la simplicité poétique dégagée et dès lors que les étoiles se métamorphosent en neige, le temps est suspendu et on se laisse porter en ne voyant pas le temps passé.

Fort de son Cristal du court-métrage au dernier festival d’Annecy, le court de Konstantin Bronzit possède les atouts nécessaires pour susciter la curiosité du jury des Oscars car n’oublions pas la jolie surprise de Mr Hublot en 2014.

Muriel

World of Tomorrow, de Don Hertzfeldt

 

Après son anthologie It’s Such a Beautiful Day, Don Hertzfeldt nous est revenu avec une oeuvre de science-fiction sacrément barrée, mettant en scène une petite fille visitée par l’un de ses clones du futur, qui lui donne à voir un tour de ce qui attend l’humanité, entre omniprésence du virtuel, récupération de mémoire dans des cubes et voyage dans le temps au rabais qui vous précipite dans l’infini spatial, l’épopée qu’on nous offre est aussi drôle que déprimante, ce qui doit faire de World of Tomorrow l’oeuvre la moins accessible de la sélection, et dont le graphisme risque d’en rebuter beaucoup quand on sait le goût des votants pour la 3D ultra léchée.

Nicolas

Ce qu’on en pense


Au vu de la diversité du palmarès des long-métrages, j’aimerais que Le Garçon et le Monde l’emporte pour enfin montrer la qualité de l’animation latino-américaine de façon plus officielle, même si elle se fait une bonne place dans les différents festivals de films d’animation. Souvenirs de Marnie suscite lui aussi mon intérêt car Yonebayashi, par sa démarche artistique mêlant fantastique et adolescence, a tenté de sortir Ghibli du chemin tracé par Miyazaki. Une tentative rafraîchissante toujours bienvenue !

Quant aux courts métrages, les challengers possèdent tous un potentiel remarquable tant sur le fond que sur la forme. Cela va donc se jouer sur la popularité… ou sur le hasard du chapitrage de la galette fournie aux votants. Si ça ne tenait qu’à moi, je reprendrais bien une part de Cosmos.

Muriel

Comme je le disais en ouverture de l’article, difficile de s’enthousiasmer pour les oscars lorsqu’on voit la méthode de vote employée. Je ne peux toutefois que féliciter les artistes et tout-es celles et ceux qui ont ont voté pour la liste de nomination, qui a la qualité de refléter assez fidèlement les sorties du monde de l’animation sans privilégier les gros studios des US. Je regrette tout de même que le studio Blue Sky n’ait pas au moins décroché une nomination pour leur Snoopy et les Peanuts vu le travail fourni pour tordre la 3D a leurs besoin et respecter un graphisme si spécifique, mais bon, on ne refait pas le match !

Quant aux résultats, vous les imaginez aussi bien que moi : Pixar a de grande chances de venir chercher les statuettes pour des œuvres qui ne les auront certainement pas volées, mais bon. Ce sont aussi celles qui ont bénéficié du plus de visibilité, d’où cette incertitude. Je vous encourage vivement à regarder du côté des Annie awards pour avoir un reflet vraiment fidèle  de ce que les artistes US tiennent en respect pour cette année passée !

Nicolas

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