garçon bête

Alors que le dernier né de Mamoru Hosoda fait la tournée des festivals depuis le Tiff, San Sebastian et plus proche de nous Anim’est (le festival roumain international d’animation et non pas l’excellente convention française du même nom) et Kinotayo, il récolte sur son chemin des critiques dithyrambiques, ce qui nous amène depuis les annonces du Work in Progress à nous poser la question suivante : Gaumont possède les droits du film et ne semble pas encore décidé à communiquer dessus avec le public, quand cela arrivera-t-il ?

Le 23 septembre, après un été de valses d’hésitations qui a aussi vu une date de sortie reculée au 13 janvier 2016, le titre a enfin une contrepartie française, The Boy and the Beast devenant Le Garçon et la Bête. Après une question posée aux intéressés (Yohann Comte est le directeur adjoint des ventes internationales) sur Twitter, voici ce qu’il en ressort :

La stratégie est-elle si tardive que ça ? Oui et non, Gaumont préférant éviter la tornade de films d’animation de ce mois d’octobre (pas moins de sept longs-métrages vont arriver dans les salles !), qui écraserait le début de la promotion du film vu le nombre de concurrents qui se battront pour l’attention du public.

Il est intéressant qu’à l’inverse d’Eurozoom, qui n’hésite pas à communiquer en amont sur les films qu’ils vont distribuer, Gaumont a fait le choix de ne pas mettre en avant les différentes affiches et autres matériels promotionnels venant du Japon en dehors d’événements ciblés (Work in Progress au festival d’Annecy, un panel à la Japan Expo…), laissant aux amateurs le soin de transmettre les informations.

Une manière de faire qui prend son sens si l’on considère que Gaumont va mettre en avant ses propres créations promotionnelles, mais qui donne l’impression d’un vide du côté des profanes, qui n’ont entendu parler du film que par les canaux des fans, via des bandes-annonces en versions originales sous-titrées.

La situation du nouvel opus d’Hosoda est d’autant plus complexe que la stratégie d’Eurozoom, qui avait distribué le gros succès que fut Les enfants loups –  Ame & Yuki, table sur la conquête perpétuelle de plus de salles et d’exploitants chaque semaine, là où Gaumont semble s’être déjà assuré le soutien d’exploitants en plus de son propre réseau (on parle de 300 salles).

Mais, et c’est un gros « mais », il ne faut pas oublier que l’exploitation des enfants loups, qui a principalement eu lieu dans le circuit art & essai, fut bien plus longue en raison de son succès et de la stratégie évoquée, en plus d’une nomination au festival Télérama, qui lui a permis de toucher un public traditionnellement encore plus sélectif.

Il sera donc intéressant de voir par quelles méthodes Gaumont arrivera à toucher le public potentiel d’Hosoda (ceux qui sont venu pour Les enfants Loups, donc), en dehors des connaisseurs et des fans de japanime (qui ont parfaitement su montrer qu’ils pouvaient « bourrer » les salles, comme l’a montré la brève mais événementielle exploitation de Dragon Ball Z – Resurrection of F), au sein d’un circuit d’exploitation cinématographique plus traditionnel, privilégiant les entrées immédiates et ne laissant à quasiment plus aucun film le soin de s’installer sur la durée.

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Summer Wars fut un échec dans les salles françaises. Constatez tout de même la symétrie entre les images promotionnelles japonaises de ce derniers et celles de The Boy and Beast.

Enfin, n’oublions pas que tout ça reste une industrie : si le studio Chizu s’est tourné vers Gaumont c’est qu’il se doutait du potentiel de son réalisateur à faire des entrées, demandant du coup plus de moyens. Moyens que possède Gaumont, mais aura-t-il ce qu’il faut pour soutenir Le Garçon et la Bête si ce dernier demande plus de temps pour s’installer au box-office ? Le pari est d’autant plus risqué qu’avant le grand succès d’Hosoda dans les salles françaises, Eurozoom s’était cassé les dents sur l’exploitation de Summer Wars (qui est selon moi un bien meilleur film que Les enfants loups – Ame & Yuki), ce qui ne les a pas empêché de persister.

Une dernière chose, et pas des moindres, que l’on peut constater : Yohann Comte ne se défausse pas de l’idée de « remplacer Ghibli et Miyazaki » comme le laisserait penser la date de sortie de mi-janvier, qui fut auparavant celle des films du réalisateur et de la firme chez nous, et le possible succès de Le Garçon et la Bête cristalliserait l’idée chez le public de présenter le réalisateur comme « le nouveau Miyazaki » (un abus de langage hélas déjà dégainé par de nombreux journalistes).

Le vieux maître de l’animation, avec tout le respect qui lui est dû, faisait office d’arbre qui cache la forêt en matière d’exploitation cinématographique française de la japanime, laissant de nombreuses œuvres et de nombreux réalisateurs dans une ombre qui fut longtemps très pratique pour justifier la frilosité des distributeurs nationaux. Hosoda sera-t-il ce « nouvel arbre » ?

Le Garçon et la Bête sort en salles le 13 janvier 2016.

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