Critique – Bilal, la naissance d’une légende

Critique – Bilal, la naissance d’une légende

Premier long-métrage en animation 3D des Émirats Arabes Unis, Bilal a beaucoup à prouver, et Barajoun Entertainment en est conscient. Inspiré par les cinématiques de jeu vidéo, le studio s’empare de l’histoire du premier muezzin… une version que vous ne lirez dans aucun livre !

Il y a mille ans, un garçon rêvant de devenir un grand guerrier est enlevé avec sa sœur et emmené dans des terres très loin de chez eux. jetés dans un monde où l’avarice et l’injustice règnent en maître, Bilal trouve le courage d’élever la voix et de changer les choses. Inspiré de vrais événements, cette histoire est celle d’un vrai héros qui marquera l’histoire.

Adapté assez librement de la vie du premier muezzin, Bilal ibn Rabah, le film de Khurram H. Alavi et Ayman Jamal est à la fois un premier film d’animation pour Dubaï et aussi une revendication forte de leur volonté créative, en maintenant un fort désir de raconter leur histoire avec des standards élevés en terme de visuel.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Bilal m’a nourri de très belles images, un défi d’autant plus complexe à relever après quelques jours de festival et lors d’une séance en début de soirée, qui peut favoriser une somnolence due à la fatigue.

Toutefois, on a affaire ici à un film très solide et direct, qui ménage ses moments dramatiques et son action. Ce qui permet de se laisser porter très facilement car Bilal reste en tout temps très accessible, même pour le profane de culture musulmane.

Mais contrairement à de nombreux contemporains, l’équipe derrière Bilal a décidé de frapper fort en évoquant non pas l’animation en elle-même mais cette brutale efficacité qui habite les scènes cinématiques de jeux vidéo, souvent considérées comme des bêtes de mise en scène mais dépourvues d’émotions en raison de cette même puissance démonstrative.

Et s’il y a un domaine où l’on ne peut prendre en défaut le film, c’est dans cette évocation émotionnelle, car on peut constater un effort manifeste sur les yeux et les regards alors même que la licence artistique est assez réaliste. Autrement dit le choix assumé fut celui de la difficulté, tant il est facile d’aller patauger dans la vallée étrange et, en tant que public, de ne jamais se remettre d’un tel détail s’il est pris à la légère au moment de la production.

La parade est simple mais efficace : les yeux sont sensiblement plus grands que ceux d’un vrai être humain mais sans abus de stylisation, pour une empathie maximum, alors que le regard est attiré par d’autres fourmillements de détails, comme les grains de peau, les étoffes des vêtements, les textures des environnements…

Autant d’attentions qui font la différence et qui donnent lieu à des séquences tantôt spectaculaires, tantôt intimistes  et toutes réussies dans leurs intentions de souligner la quête de liberté et de foi de Bilal, tandis que les autres personnages ne bénéficient hélas pas du même traitement. Même si le fils du méphitique Umayya (vocalisé par Ian McShane, terrifiant),  Safwan est un brin moins unidimensionnel que son paternel.

De même, les amis du héros restent à l’état de grandes figures de la défense de la liberté, et ce malgré les superbes séquences de batailles qui les mettent en valeur. L’une d’elles en particulier implique une confrontation du plus bel effet entre cavaleries adverses, mais à part quelques moments iconiques, ces mêmes personnages ne sont pas plus creusés.

Du coup, le film perd un peu en intensité dans son dernier quart, en parallèle de la montée en puissance de ses actions guerrières. Ce qui explique que les ultimes instants se recentrent sur le point de vue de Bilal, afin de clôturer une histoire assez dense en événements significatifs, et il faut en cela tirer son chapeau à Patricia Heneine, la monteuse du métrage.

Outre ces menus défauts, Bilal reste une très impressionnante entrée en matière pour Barajoun Entertainment, qui a selon moi les moyens de laisser une marque dans le paysage de divertissement d’animation. Il reste à voir comment l’équipe de Dubaï transformera l’essai.

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d’animations. Adore fureter sur l’internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.


Dernières publications

  • Critique – L’anniversaire de Tommy

    Critique – L’anniversaire de Tommy

    Adapté de l’œuvre jeunesse de Rotraut Suzanne Berner, L’anniversaire de Tommy, réalisé par Michael Ekbladh (Molly Monster), arrive en salles dès le 8 juin distribué par Gebeka Films : Tommy, un jeune lapin, vit paisiblement avec sa famille dans une jolie maison, entouré de nombreux amis. Mais la naissance de sa petite sœur bouscule les […]

  • « Suzume no tojimari » de Makoto Shinkai sortira en France début 2023

    « Suzume no tojimari » de Makoto Shinkai sortira en France début 2023

    A l’occasion du Festival de Cannes, Crunchyroll a annoncé aujourd’hui avoir acquis auprès de TOHO les droits mondiaux de distribution et de marketing (hors Asie) du prochain film de Makoto Shinkai, Suzume no Tojimari. De l’autre côté de la porte, il y avait le temps dans son intégralité… Suzume no Tojimari est une histoire de […]

  • Annecy 2022 – La liste commentée des longs-métrages en compétition

    Annecy 2022 – La liste commentée des longs-métrages en compétition

    Révélée ce lundi dernier, la sélection officielle des longs métrages en compétition du Festival international du film d’animation d’Annecy 2022. Comme chaque année, nous vous commentons cette liste attendue et pleine de projet que nous suivions depuis quelques années maintenant. Annecy 2022 sera-t-elle l’année des confirmations ? « J’aimerais rappeler l’état d’esprit dans lequel nous avons […]