The Knight and the Princess, ou Le Chevalier et la Princesse en français, le tout premier film d’animation égyptien produit par une société saoudienne, Alsahar Animation, était cette année présenté dans la sélection Contrechamps au festival d’Annecy. Réalisé et écrit par Bashir El Deek et Ibrahim Mousa, la production a duré plus de vingt ans et marque un tournant historique pour le cinéma égyptien qui possédait déjà une belle tradition animée, avec ses premiers court-métrages d’animation dans les années 30 comme la série Mish-Mish Effendi réalisée par les frères Frenkel ou plus récemment la très populaire série télévisée Bakkar

Pour ce tout premier long-métrage d’animation, c’est tout naturellement que Bashir El Deek et Ibrahim Mousa se sont tournés vers la tradition et l’histoire du monde musulman. Le film nous propose donc de suivre les aventures de Mohammed Bin Al Qasim, personnage historique et commandant arabe qui s’est illustré en conquérant le Sind (l’actuel Pakistan) en 711 à l’âge de dix-sept ans. On nous prévient cependant dès le début du film que le scénario s’est écarté de l’histoire d’origine et que la fin a été romancée et modifiée.

Un jeune guerrier est résolument déterminé à sauver des femmes et des enfants qui ont été enlevés par des pirates. Cela le conduit à tomber amoureux d’une princesse et à devoir affronter un tyran brutal ainsi que son perfide sorcier.

 

Autant le dire tout de suite, même si le film a quelques qualités, il déçoit plus qu’il n’enthousiasme. Le titre en lui-même est trompeur. S’il met l’accent sur la romance, le film est en réalité concentré sur la quête guerrière de Mohammed et laisse au second plan le personnage de la princesse, Lola Benny, qui n’est là que pour attendre le retour de son bien-aimé. Il faut dire que le choix de centrer l’intrigue sur des faits réels complique les choses. On sent bien que le film essaye de toucher à tout et de satisfaire à la fois le public jeune et le public adulte, mais la thématique guerrière ne s’y prête pas. On se retrouve face à un mélange des genres où le spectateur se perd et finit par s’ennuyer. 

Dès le départ, on nous explique que les femmes et les enfants de la région sont capturés et violentés par des pirates. Mohammed Bin Al Qasim, un jeune homme qui, avouons-le, semble sortir de nulle part, décide de sauver ces femmes et ces enfants dans une quête de justice. Malheureusement, on ne connaît ni ses motivations, ni ses origines, si bien que s’attacher au personnage et à sa quête est bien difficile. Il en est de même pour tous les autres personnages qui manquent cruellement de charisme, sans doute parce qu’ils n’ont pas été approfondis et qu’ils n’aident pas à la compréhension de l’univers et de l’histoire. On nous les présente en quelques mots, un nom et une fonction, et ça s’arrête là. La princesse n’est par exemple rien de plus que la princesse. On ne sait pas quels sont ses intérêts, ses désirs et même sa place dans l’histoire. Elle se contente de tomber très amoureuse de Mohammed en un clin d’oeil et nous n’aurons rien de plus à attendre et à espérer de son personnage. De la même façon, les grands méchants de l’histoire se contentent d’être les grands méchants, avec des regards menaçants et des rires féroces. 

La structure du film et les personnages restent donc très classiques. Pire, le film manque d’identité propre. On sent malheureusement trop l’influence de l’animation occidentale sur ce premier film d’animation égyptien. Les personnages comiques de Shamhoresh et Bakhtou, deux démons censés empêcher Mohammed de remplir sa mission, semblent être des pâles copies de Peine et Panique du film Hercules sorti en 1997, tout en y ajoutant un peu du Génie d’Aladdin de 1992 avec son humour et ses anachronismes. Le character design du père de la princesse est également calqué sur le modèle du père de Jasmine dans Aladdin. La musique et le casting vocal viennent malgré tout contrebalancer cette tendance. Même si les chansons restent mineures, elles sont plutôt agréables à écouter et ouvrent sur des séquences plutôt réussies, comme la chanson partagée par Mohammed et Lola ou la chanson d’introduction du personnage d’Abou Riyah.

Le rythme du film est aussi très soutenu avec beaucoup d’ellipses, si bien qu’on ne sait parfois plus vraiment où on en est. Le scénario essaie de tout explorer, aussi bien la romance que les événements tragiques, mais finit par se perdre dans un trop plein d’informations et ne parvient pas à tout aborder correctement, si bien qu’il ne développe au final pas grand chose. La fin traîne en longueur avec non pas une, mais deux batailles, dont la réalisation est plutôt réussie. Enfin, côté esthétique, le manque d’harmonie dans l’image, avec un mélange flagrant de personnages 2D (comme Mohammed, ses compagnons ou Lola) et de personnages 3D (comme le sorcier ou Abou Riyah) n’est pas des plus agréables. L’animation en elle-même est elle aussi assez moyenne, avec beaucoup de mouvements saccadés. 

S’il faut saluer l’effort de toute l’équipe qui aura mis plus de vingt ans à produire ce long-métrage, et noter l’importance historique du film pour le cinéma égyptien, The Knight and the Princess n’offre malgré tout pas un spectacle mémorable. Il fera sans doute passer un bon moment aux plus jeunes, mais ne convaincra pas les adultes. Espérons que ce premier essai à la réalisation de longs-métrages ouvrira sur des projets plus innovants et plus originaux, et qui sauront mettre davantage en avant l’identité de l’animation égyptienne.

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