C’est un métrage que l’on croirait échappé de la catégorie off limit, à la durée trop étendue pour s’y astreindre, mais tenant pourtant en une heure et des poussières. Un rêve solaire est au bout du compte à l’image de son concepteur, Patrick Bokanoswki : lunaire, vaporeux et toujours dans l’expérimentation.

Voyage dans l’imaginaire racontant une lutte entre l’ombre et la lumière. Les images du film, métamorphosées, évoquent le parcours d’une vie, comme des pages arrachées à un journal intime.

Et il ne fallait pas moins d’opiniâtreté de la part du public pour tenir toute la durée de la projection, qui a vue pas moins d’une trentaine de personnes s’évader par la porte de sortie à mesure que les variations optiques défilaient à l’écran, plus ou moins pertinentes selon les cas de figure.

Certains moments de Un rêve solaire m’ont paru comme sortis d’un réveil brutal, lorsque ma vue n’est pas encore habituée à la lumière du matin et que des images mentales sont encore enchâssées dans mon cerveaux. Une impression qui peut être source de malaise dès lors que l’image, trop lumineuse et la musique, trop atonale, agissent de concert pour susciter une réaction.

Si on laisse de côté les moments les plus lumineux (prenez garde, amis photosensibles et/ou épileptiques) qui m’ont fait détourner le regard, certains passages du film étaient très intéressants. Non pas dans ce qu’on détectait mais de ce que l’on pouvait imaginer dans les images, une chose très personnelle faisant appel à l’expérience de chacun, et pas forcément aisée à formuler dans cette critique.

À mon tour d’expérimenter un peu d’ailleurs en vous écrivant que ces passages, plus sombres et mélodieux, dans leur texture et leur montage, rendaient assez bien cet onirisme désiré par Bokanoswki, comme un souvenir mal imprimé, une sorte de mélange d’impression crépusculaire assez plaisant qui dépasse l’appréhension intellectuelle pour aller vers quelque chose de plus sensitif.

Mais au-delà de ces périodes de franche découverte intérieure le manque de narration, souhaité par le réalisateur, peut être troublant pour le public lambda, et ne permet pas de contenir les différentes expérimentations dans un fil conducteur spécifique, que ce soit dans le fond ou la forme.

Et c’est tout le piège du domaine de l’expérimental lorsqu’on s’attaque à des oeuvres plus longue : sans réel début, comment terminer, sinon attendre que ces expérimentations s’achèvent, tant bien que mal ?

Même si le but d’Un rêve solaire est de viser une forme de synthèse des derniers travaux plus courts de Patrick Bokanoswki, c’est un condensé de radicalités formelles et de jeux optiques, de pellicule grattée évoquant McLaren et de prises de vues réelles qui possèdent en fin de compte une petite zone de contact, finalement assez périphérique, avec le domaine de l’animation.

C’est pourquoi il est difficile de recommander Un rêve solaire, qui s’adresse bien plus à un public éduqué à ce type de format expérimental qu’à celui nourri d’œuvres plus mainstream. Difficile également de dire que j’ai aimé ce que j’ai vu.

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