De nombreux projets de long métrages ont été présentés lors du Cartoon Movie 2026 ayant eu lieu à Bordeaux au début du mois de Mars : voici les projets qui m’ont intéressé lors des différents pitchs. Veuillez noter que leur degré d’avancement ne sont pas tous les mêmes et que les images dans cet article peuvent ne pas être représentatives du long métrage final (si celui-ci vient à arriver sur les écrans).

Kindred Spirits
Un enfant réfugié irlandais seul à New York en 1847. Un fils Choctaw loin de la chaleur de sa famille. Lorsque leurs chemins se croisent, Mara et Tushka vont vivre des aventures épiques et des rencontres magiques, sous le regard attentif du frère de Mara, Dan, qui ne peut accepter son propre passage dans le royaume des esprits. Ensemble, ils partent à la recherche d’une famille et d’un endroit où ils se sentiront chez eux. Explorant le lien historique entre les nations irlandaise et choctaw, Kindred Spirits est un film sur la grâce, la compassion et l’humanité.
Avec l’association entre Cartoon Saloon et Folivari, Tomm Moore nous plonge dans son nouveau projet de long métrage qui mêle la solidarité entre amérindiens et irlandais sur fond de boxe sur le sol américain (cri d’aigle obligatoire). Au scénario, on retrouve Will Collins (l’excellent épisode de Star Wars : Visions qu’est La caverne des hurlements), habitué de Cartoon Saloon, et la scénariste Shelley Davis qui apporte son expertise autochtone. Les visuels donnent un aperçu de la nature automnale mais aussi des motifs patchworks représentatifs de culture amérindienne. On peut toutefois déplorer que le duo composée de Mara et Tushka avancent autour de la mort de Dan, le frère de Mara. Peut-être que les studios ne font pas assez confiance à leurs protagonistes ? Je reste tout de même curieuse de ce projet prévu pour juillet 2029.

The Heart of the Djembe
Imani, huit ans, est une petite fille pleine d’entrain qui vit avec sa grand-mère dans le village d’Alkeboulane. Son plus grand rêve ? Jouer du djembé, comme son défunt père et son frère, qui perpétue son héritage. Mais à Alkeboulane, les femmes n’ont pas le droit de toucher cet instrument, sous peine d’attirer une puissante malédiction. Lorsqu’une sécheresse implacable s’abat sur le village, Imani se lance dans un périlleux voyage au cœur de la nature sauvage : elle doit trouver Denga, le dieu de l’abondance, et découvrir la vérité cachée dans la forêt. Imani parviendra-t-elle à sauver son village et à briser l’ancienne malédiction du djembé ? Une histoire palpitante mêlant musique, magie et courage, où le rythme d’une jeune fille pourrait changer le destin de son monde.
Excellente surprise de cette édition du Cartoon Movie, The Heart of Djembe, réalisé par Mathieu Vavril, arrive à créer une quête initiatique pertinente et construite autour de son héroïne Imani. Le film arrive à mélanger enjeux locaux avec les périls subis par le village et les mythes volontairement oubliés et mystérieux concernant les dangers de la pratique du Djembé. Les studios Cottonwood Media, Booya Studio et Umedia tiennent une pépite qui, pour un budget de 4 millions d’euros, pourrait voir le jour en 2029.

Once upon a Egg
Dans le film en stop motion Once upon an Egg, nous suivons deux pigeons de ville gris tout à fait ordinaires, Molly et Mick, qui ont eu la chance de faire leur nid au sommet d’un stand de frites au cœur d’Amsterdam. Un jour, tout bascule lorsqu’une équipe de nettoyage emporte leur nid — et avec lui, leur seul œuf. Le cœur brisé, ils se mirent en route à la recherche d’un nouveau foyer et d’un nouveau sens à leur vie. Tout en prenant soin l’un de l’autre, ils comprennent que ce n’est qu’en s’adaptant à une ville en pleine mutation qu’ils pourront se construire une nouvelle vie — et fonder une famille — qui leur soit propre.
Réalisé par Nina Gantz, Once upon a egg est une histoire émouvante et drôle mettant à l’honneur cet oiseau considéré comme moche qu’est le pigeon. Molly et Mick sont l’incarnation de la daronnie à l’ancienne, mais ils vont devoir s’occuper d’un bébé perruche qui leur tombe entre les ailes. La réalisatrice a mis en avant l’utilisation de matériaux de récupération pour créer des silhouettes de pigeons, comme par exemple l’utilisation de gants pour leur silhouette. Initialement, je n’avais pas prévu de voir ce pitch mais c’était une agréable surprise que je me devais de vous partager. La coproduction entre Kleperfilm, A private view et Hausboot prévoit un budget de 9 millions d’euros, ce qui est assez cohérent pour de la stop motion, mais pas d’année de sortie éventuelle.

Igi
À l’époque préhistorique, au sein d’une tribu de chasseurs-cueilleurs primitifs quadrupèdes, vit Igi, un jeune garçon qui devient finalement le premier à se tenir debout dans une société d’individus voûtés. « Personne ne se tient debout comme ça », déclare le nouveau chef, replaçant de force Igi dans la posture attendue. Igi est désormais confronté à un choix crucial : se conformer et réprimer ses capacités exceptionnelles, se fondre dans la masse, ou explorer plus profondément ses dons et risquer l’exil du seul foyer sûr qu’il connaisse.
Porté par le studio géorgien 20 Steps Animation et le sudio grec Heretic, adapté de l’œuvre éponyme de Jemal Karchkhadze, Igi est réalisé par Natia Nikolashvili. Le projet nous place dans une réflexion philosophique autour de la question de libre arbitre dans une société préhistorique cruelle. L’esthétique présentée ici se rapproche de la Planète des Singes avec une dimension plus sombre et plus intense vu le réalisme induit dans l’esthétique de ces personnages proto-humains. Les scènes laissent volontairement le spectateur dans un état introspectif bienvenu. Avec son budget de 1,6 millions d’euros, il serait attendu pour le printemps 2027.

Cosmo Princess
Quelque part dans l’infini cosmos, un astronaute perdu et une princesse cosmique se rencontrent. Son espoir : rentrer chez lui. Le sien : échapper à son destin qui est de devenir une étoile. Fascinée par ses récits sur la « Terre », elle l’aide à retrouver son chemin, espérant trouver elle-même refuge. Ce pacte improbable les lance dans une odyssée périlleuse à travers le cosmos, une quête qui pourrait bouleverser à jamais leur destin… et celui de l’univers tout entier.
Produit par Sacrebleu et réalisé par Quentin Rigaux, Cosmo Princess est une ode flamboyante à l’esthétique et aux références des animes des années 80-90 (Goldorak, Mazinger Z, Cobra, Dragon Ball ont été cités par Ron Dyens et le réalisateur durant le pitch). La bande annonce envoie du lourd en couleurs, et cela fait du bien de retrouver de la science-fiction fantaisiste avec cet optimisme visuel. Mon seul bémol vient de la construction du personnage de la princesse du titre, qui se révèle hélas à la fois cliché et un fusible narratif pour le destin du héros. Avec son budget de 8 millions d’euros, Cosmo Princess pourrait sortir sur les écrans en 2029.

Lollipop Tattoo
Lollipop Tattoo (le nom doux d’une cicatrice de mastectomie) explore l’odyssée surréaliste de la créatrice face au cancer du sein. Deux fois. Son avatar, Eva, se glisse dans ses souvenirs de jeunesse, entre attractions balnéaires et soleil, qui se transforment en quelque chose de sombre et de corporel alors qu’elle jongle entre vie familiale et maladie. Rosebud, son mari, lutte pour soutenir Eva émotionnellement et elle compte sur sa meilleure amie Crystal, tandis que les besoins et les humeurs de leur fils Angelo changent. La mère d’Eva aux États-Unis, Shortie, submergée par le chagrin pour son fils Dean décédé, ne parvient pas à faire face. Dix ans plus tard, Eva s’en sort, touchée à la fois mentalement et physiquement, mais toujours debout.
Réalisé par Lisa Marie Russo, Lollipop Tattoo aborde la masectomie et le deuil de façon décalé et coloré. On y découvre une galerie de personnages touchants qui soutiennent Eva comme ils le peuvent. Panoramine, Puffin Pictures et Fly Film ont choisi Violette Delvoye (Les liaisons foireuses) pour la direction artistique de ce projet en concept, donc en tout début de production. Avec son budget prévisionnel de 4 millions d’euros, ce long métrage ambitieux serait attendu pour 2029.

Sander’s Midsummer
Sander (14 ans) cache ses blessures derrière une routine stricte et une apparence irréprochable. Contraint de fêter le solstice d’été dans la maison de campagne chaotique de sa grand-mère, ses pires cauchemars deviennent réalité. Il est transporté dans un monde fantastique fleuri où tout ce que Sander déteste est présent : une nature sauvage, des créatures impulsives et un manque total de discipline. Lorsqu’il rencontre la charmante reine solaire, Sander trouve une âme sœur dans sa quête d’ordre. Mais la reine solaire prépare un rituel macabre pour le solstice d’été, et Sander doit affronter sa plus grande peur : révéler ses imperfections et sa vulnérabilité. Sander’s Midsummer est une histoire d’acceptation de soi et de reconnexion avec la nature, avec nous-mêmes et avec ceux qui nous aiment.
Sander’s Midsummer, réalisé par Hanne Berkaak, nous dépeint la vie d’un ado coincé dans la rigueur et les préceptes masculinistes qui va se retrouver projeté dans un univers représentant tout ce qu’il déteste, un projet en concept on ne peut plus ancré dans notre époque. La présentation des studios norvégiens et allemand Mikfrofilm, Den site skiling et Knudsen Pictures a eu le mérite d’être fun et efficace mais n’a pas donné de budget précis pour ce projet en concept.