Critique – Lamya’s Poem
Critique – Lamya’s Poem

Critique – Lamya’s Poem

Il y a tout juste un an, nous découvrions avec émerveillement le Work in progress de Lamya’s Poem au Festival d’Annecy, le nouveau film d’Alex Kronemer produit par sa société Unity Productions Foundation en association avec PIP Animation. Cette année, présenté dans la sélection officielle de l’édition 2021 du festival, nous avons eu la chance de le voir terminé et prêt à conquérir le cœur des fans d’animation et de belles histoires. Avant de passer à ma critique, qui, je vous l’assure, est très enthousiaste, je vous propose un petit rappel des enjeux du film.

Une jeune réfugiée syrienne nommée Lamya fuit la violence de la Syrie. Alors qu’elle se dirige vers l’Europe, elle est aidée dans son voyage par un livre de poèmes. Elle trouve un passage magique la conduisant vers le grand poète du 13e siècle, Rûmî. Elle l’aide à écrire le poème qui, 800 ans plus tard, lui sauvera la vie.

Autant le dire tout de suite, le film m’a marquée dès son ouverture. On nous plonge directement dans une atmosphère tout à fait particulière, où la poésie prend toute sa place. Mélangeant un style peint/dessiné des images à une musique envoûtante, nous nous sentons déjà transportés dans un autre monde, où les lucioles vont nous guider tout au long du chemin. Pourtant, le film ancre bien son propos dans la réalité, celle de la guerre. Et c’est peut-être là que réside toute la force et la beauté de Lamya’s Poem, dans sa capacité à mêler le fantastique et le réel, sans entrer dans l’onirisme pur et sans présenter une vérité crue, mais en jouant avec la poésie des mots et des émotions de ces personnages attachants, qu’ils soient principaux ou secondaires. 

Lamya's Poem

Je me suis véritablement sentie impliquée dans les aventures de Lamya, mais j’avais aussi envie d’en apprendre plus sur le personnage du professeur par exemple, ou celui du petit garçon espiègle que Lamya croise dans Alep et qu’elle retrouvera un peu plus tard. Les personnages sont donc bien caractérisés et jouent tous un rôle dans la construction du personnage et de l’identité de Lamya. Elle grandit et prend en maturité au fil de ses rencontres, et sa capacité à gérer les événements force le respect. Rûmi, de son côté, est peut-être plus en retrait par rapport à Lamya, mais son histoire, construite parallèlement à celle de la jeune fille, permet de mettre en lumière l’intemporalité des épreuves et des souffrances d’une enfance abîmée par la guerre et ses conséquences. L’incapacité du jeune homme, du moins au début, de choisir entre la plume et l’épée nous permet de suivre le cheminement mental et l’évolution du personnage historique pour mieux servir le propos sur la haine de l’autre, l’esprit de revanche et finalement le chemin vers l’acceptation et la réconciliation.

Cette oscillation entre l’époque de Rûmi et et celle de Lamya est particulièrement réussie. Les deux personnages affrontent les mêmes questionnements, les mêmes doutes et les mêmes démons. “Le monde des rêves” est quant à lui davantage ouvert à interprétation. J’y vois personnellement l’imaginaire de Lamya qui se construit au fur et à mesure de sa lecture du livre du poète, dont elle se sent tellement proche par les mots qu’elle finit par le rencontrer dans ce monde à la fois enfantin et sombre. Quelle que soit l’interprétation, le film parvient à mêler ces trois univers ensemble pour ne créer qu’un tout. Les démons que Lamya voit, avec ces yeux rouges menaçants, sont des serpents démoniaques dans le monde onirique mais aussi les hommes armés qui circulent dans Alep dans le monde réel. Si le film ne montre pas la violence de la guerre directement dans la réalité de Lamya, il la suggère, à travers les sons et les couleurs, pour mieux la symboliser dans l’univers onirique de la jeune fille où vont résider ses multiples traumatismes dont elle tente de se défaire grâce aux mots posés par Rûmi. 

Plus encore, Lamya’s Poem se veut être la voix d’une jeune migrante, dont on suit toute la progression, du bombardement de son quartier à son évacuation vers une zone où sa mère doit négocier avec un passeur, son voyage dangereux et chaotique vers un autre pays qui ne veut pas forcément d’elle et son espoir d’un avenir meilleur. Le film laisse également des points de suspension quant au sort de ses personnages: que deviendront-ils ? On ne le sait pas, et on reste là, à se demander quelle sera la suite de leur voyage. Tout comme Rûmi et Lamya, le spectateur ne peut que garder espoir que les choses finiront par s’arranger. 

Le film parvient donc, avec brio, à faire résonner son message à travers le spectateur qui vit au rythme des aventures de Lamya et des mots de Rûmi. J’ai eu l’impression, moi aussi, à travers le film, de lire le livre du poète. La balance entre onirisme et réel est particulièrement réussie, le ton est juste et ne tend pas vers une surdramatisation pour laisser place à l’espoir et à la poésie. L’ambiance sonore et visuelle nous transporte aussi vers une autre culture, d’autres lieux et d’autres époques, tout en nous ramenant subtilement vers notre actualité et nos frontières. Je ne peux que vous conseiller de découvrir Lamya’s Poem, un film fort et engagé, qui s’appuie sur toute une équipe de chercheurs et universitaires, un élément sans aucun doute déterminant dans la réussite de ce film et de son propos.

Un commentaire

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