Alex Kronemer nous propose cette année à Annecy le Work in Progress de son nouveau long-métrage, Lamya’s Poem, ou le Poème de Lamya en français. Produit par sa propre société, Unity Productions Foundation en association avec PIP Animation, un studio d’animation canadien primé à plusieurs reprises et ayant travaillé sur des succès internationaux comme Cat in the Hat ou Tom & Jerry, le film nous emmène en Syrie où une petite fille lutte pour sa survie, dans une histoire mêlant aventure et fantastique.

Une jeune réfugiée syrienne nommée Lamya fuit la violence de la Syrie. Alors qu’elle se dirige vers l’Europe, elle est aidée dans son voyage par un livre de poèmes. Elle trouve un passage magique la conduisant vers le grand poète du 13e siècle, Rûmî. Elle l’aide à écrire le poème qui, 800 ans plus tard, lui sauvera la vie.

Rien d’étonnant venant de Kronemer, qui s’est toujours intéressé au monde islamique, à la diversité des religions et au partage entre les cultures, comme dans l’excellent Bilal, la Naissance d’une Légende sorti en 2015 dont il était le co-scénariste. Ici, le réalisateur met en avant, aux côtés de Lamya, le poète Rûmî, qui avait par ailleurs déjà été cité dans le film d’animation Parvana, une enfance en Afghanistan réalisé par Nora Twomey en 2017 et aussi dans Window Horses de Ann Mary Fleming en 2016 . L’écrivain Sari Ali Hikmet présente Rûmî comme « le poète soufi inégalé de l’amour universel qui transcende les différences et réconcilie l’homme avec l’humain, qui appartient à l’école de la religion de l’amour » et dont les « thèmes intemporels sont d’une grande actualité. » Je vous propose donc de revenir sur les quelques informations que nous avons pu obtenir lors de ce Work in Progress.

Lamya's Poem

Kronemer nous explique tout d’abord que son objectif était de bâtir une histoire universelle autour de l’amour, la paix et l’harmonie, et de montrer comment, au travers de l’histoire de Lamya, il était possible de maintenir une forme de paix intérieure face à des épreuves personnelles et de garder espoir même quand tout semble perdu. Le producteur délégué, Jawaad Abdul Rahman, précise que le film est construit autour de deux histoires entrelacées. D’un côté, la lutte d’une jeune fille qui fuit un pays en guerre et ses atrocités, et de l’autre, le combat d’un jeune garçon huit siècles auparavant qui lui aussi était un réfugié. Lamya et Rûmî traversent le temps et l’espace et s’entraident dans un monde onirique partagé.

Nous avons droit à quelques concept art, qui montrent notamment des vues d’Alep en proie à la destruction, ainsi qu’un aperçu du Monde des Rêves et des Cauchemars. Celui-ci semble être une sorte de monde parallèle, où les personnages évoluent dans les mêmes lieux que dans la réalité. On peut notamment voir, dans ce monde onirique, Alep détruite, entourée par des ombres noires qui semblent s’étendre dans les rues.

Le « méchant » du film est ici symbolique. Il s’agit d’un serpent qui incarne le mal et qui se matérialise dans le Monde des Rêves où il se déchaîne sur la ville. Il symbolise les menaces physiques et les menaces psychologiques auxquelles Lamya est confrontée tout au long de son voyage. Kronemer explique que, comme tous les réfugiés, Lamya perd beaucoup de choses face à ce monstre: sa maison, son école, mais aussi sa mère, de qui elle est séparée très tôt dans son voyage. Dans ce film, Lamya et le jeune Rûmî doivent surmonter les dangers qu’ils rencontrent en tant que réfugiés. Ils doivent battre les monstres dans le Monde des Rêves mais aussi écrire le poème qui sauvera la vie de Lamya huit cents ans plus tard.

Le directeur de production, Glenn Brown, nous présente ensuite le casting de Lamya’s Poem, composé d’acteurs expérimentes mais aussi de véritables réfugiés syriens qui ont prêté leur voix à quelques personnages. Dans la version originale, le jeune Rûmî est interprété par Mena Massoud, que l’on a pu voir récemment dans la version live d’Aladdin en 2019. Il nous présente son personnage: un jeune homme qui grandit dans un pays en guerre et qui doit trouver un équilibre entre ce qu’il se passe dans son monde et la personne qu’il souhaite devenir. Sa poésie et sa propre fuite de la violence et de la guerre constituent une grande partie de l’histoire. Millie Davis interprète le personnage de Lamya, qui a grandi en Syrie avec sa mère et qui doit, de la même manière que Rûmî, trouver sa place dans un monde en guerre. Enfin, le père de Rûmî est interprété par Faran Tahir, et semble avoir une grande importance sur l’évolution de son fils.

Lamya's Poem

Le long-métrage s’est également doté d’une équipe de spécialistes et d’universitaires, comme Homarya Ziad, chercheuse en études islamiques à l’université de Johns Hopkins, qui officie en tant que consultante script, ou Omid Safi, auteur et traducteur de la poésie de Rûmî. L’équipe est également composée de syriens natifs, comme le producteur Sam Kadi, cinéaste américano-syrien.

Même si l’on sait encore relativement peu de choses sur le fonctionnement du Monde des Rêves et sur la façon dont le poème peut sauver Lamya, le scénario pique déjà ma curiosité. Il sera intéressant de voir comment le film réussit à mettre en place ce voyage temporel. Le style 2D se prête également parfaitement au sujet. Les couleurs et les lumières oscillent entre le sombre et le lumineux, symboles d’un monde en guerre mais où l’espoir vit encore. De plus, même si Lamya’s Poem est produit aux Etats-Unis et au Canada, la présence d’experts promet une certaine justesse dans le ton et dans le contenu, qui est plus que souhaitable pour ce genre de sujet. Le film, qui cherche actuellement des distributeurs, est encore en production mais l’animation devrait être achevée d’ici octobre 2020.

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