Ayant brisé plusieurs records dans son pays d’origine, le nouveau long-métrage d’animation danois du binôme composé de Thorbjørn Christoffersen et du rappeur/humoriste Anders Matthesen se retrouve en sélection officielle de cette édition du Festival international du film d’animation d’Annecy. Dernier film en 3D de la désormais trentenaire A. Films, le moins que l’on puisse dire de Mon Ninja et moi est que certains de ses aspects prennent par surprise !

Le jeune Alex reçoit en cadeau une poupée ninja de la part de son oncle de retour d’un voyage en Thaïlande. Rapidement, il découvre que le jouet est vivant et qu’il parle ! Ce petit ninja à carreaux lui vient en aide pour résoudre ses ennuis à l’école, mais il n’est pas là par hasard : il est venu pour prendre sa revanche et il compte sur Alex, qui va devoir l’aider, bien malgré lui.

Du chemin a été parcouru chez A. Films depuis Niko le Petit Renne, leur première production 3D, et le studio alterne des succès (Léo et les extraterrestres avec La fabrique d’images) avec des films plus dépouillés (Amir et Mina : les aventures du tapis volant) dont l’esthétique semble constituer une alternative aux grosses machines américaines. A ce titre, Mon Ninja et moi se situe dans la tranche haute avec un rendu et des effets cartoon très propres pour appuyer le pitch que vous venez de lire.

Et l’entame ne déçoit pas ! Ce n’est pas dans tous les films que l’on débarque dans un sweat shop thaïlandais où des enfants ouvriers sont maltraités et abusés quotidiennement. Après avoir transformé l’écharpe de l’entrepreneur en visite en une tenue pour une des poupées ninjas fabriquées là, un enfants paye l’erreur de sa vie, attirant un esprit vengeur qui va posséder la fameuse poupée pour le venger coûte que coûte.

Ternet Ninja

Cette poupée, opposé polaire du mythique Chucky, détourne les codes de l’horreur pour ceux de la justice sociale et entraîne dans son sillage le jeune Alex, collégien timide mal à l’aise dans sa famille recomposée dont les membres sont bien sûr tous caricaturaux à souhait, aidés en cela par la spécialité d’Anders Matthesen, connu pour ses différentes parodies du peuple danois.

Le scénario n’y va pas avec le dos de la cuillère dans l’exploration de cette galerie, depuis l’environnement scolaire aux antagonistes, chaque personnage est plutôt gratiné et même nos héros ne sont pas épargnés : Alex est pendant assez longtemps un couard qui ne voit que dans son nouvel ami un moyen d’arriver à ses fins, tandis que la poupée ne recule devant rien pour régler son compte au méchant, mais rien ne dépasse la fin du deuxième acte, où pendant un bon quart d’heure, notre ninja se retourne contre le jeune homme, ruinant tout ce qu’ils ont accompli et le faisant envoyer dans un asile de fou.

C’est dans ce type de fulgurances que l’on constate à quel point l’animation européenne sort des canons habituels du spectacle familial : Mon Ninja et moi, en bon représentant du médium, soulève bien plus de thématiques et le fait de manière encore plus directe, en usant parfois de la parodie comme arme principale, à l’occasion de séquences que je ne vous révélerai pas. En accord avec ces thématiques, la musique surprend parfois avec des morceaux de rap bien rythmés au sein de séquences mais ce serait également divulgâcher d’excellente surprises.

Ternet Ninja

Techniquement très satisfaisant, l’animation du film est fluide et expressive, et utilise sa mise en scène pour palier aux difficultés habituelles liées à ce type de projet. Les décors, diversifiées et plutôt léchés, sont souvent appuyés par un bon usage de la lumière afin de compléter l’ambiance de certaines séquences plus intenses ou comiques, selon le ton employé dans le métrage. Un atout supplémentaire pour Mon Ninja et moi, dont une partie de l’humour sera forcément perdue lors du passage dans d’autres langages que le danois, d’autant plus que le comédien et artiste Anders Matthesen n’est pas connu en dehors des frontières de son pays, où le film a cartonné au box-office, dépassant des records nationaux vieux de plus de 30 ans !

C’est dire l’importance culturelle de l’artiste et de la précision de sa vision quant à la violence des rapports entre les personnages et la manière dont est distribué la justice au sein de Mon Ninja et moi : entre Karaté Kid et les film de vengeance, le grand écart est impressionnant mais en laissera certainement les adeptes d’un spectacle plus traditionnel sur le carreau. Rien ne vous préparera à ce ninja !

 

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