Annecy 2026 – Entrevue « Ultra-Forte » avec Catherine Lepage

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Après Le mal du siècle, sorti en 2019, la réalisatrice québecoise Catherine Lepage revient à l’animation avec Ultra Forte, court métrage diffusé en compétition officielle du Festival international du film d’animation d’Annecy.

Ultra Forte nous propose une plongée dans la psyché d’une jeune femme en construction, partagée entre les modèles masculins proposés par la société mais aussi muée par ses propres désirs. Son esthétique encrée et colorée soutient des touches d’humour qui rendent le parcours de Catherine proche de son public. Avec ce style graphique, on ressent l’expérience d’artiste de bande dessinée de sa créatrice. Ce court se révèle juste et plein de tendresse envers son personnage. Il se peut que vous ayez une envie de crème glacée en sortant de votre séance dans l’un des différents cinéma d’Annecy.

Cinéaste d’animation, autrice de romans graphiques et illustratrice basée à Montréal, Catherine Lepage est reconnue pour sa signature visuelle affirmée et l’autodérision avec laquelle elle aborde des thèmes sensibles, comme la santé mentale, les pressions sociales et l’affirmation de soi. Son premier court métrage, Le mal du siècle (2019), a été présenté dans plus de 50 festivals, en plus de récolter 7 prix et le sceau Vimeo Staff Pick. Ultra forte est le deuxième film qu’elle signe à l’ONF.

Bonjour, en préparant l’interview, j’ai pu voir Le mal du siècle, et il y a ce motif de la crème glacée qui revient dans Ultra Forte. Est-ce que c’est un élément volontaire de votre part ?

Catherine Lepage : C’est vrai, je me suis aussi fait la réflexion aussi avec ce retour de la crème glacée. Il y a ce rapport à la nourriture que j’apprécie beaucoup mais je ne sais pas pourquoi la crème glacée m’inspire autant.

Vous êtes issu du monde de la bande dessinée, vous aviez déjà réalisé un court métrage avec Le mal du siècle. Comment s’est passé pour vous le retour à l’animation ? 

Catherine Lepage : Pour Ultra Forte, cela a pris du temps pour que je trouve la bonne histoire à pitcher à l’ONF. Pour cette création, il s’agit de l’adaptation de deux bandes dessinées : Bouées : Dérives identitaires, amours imaginaires & détours capillaires et Voler au-dessus des trous (tout deux édités en 2020 chez La Pastèque). J’étais motivée pour apporter quelque chose de plus qui va au delà de l’adaptation classique. L’animation est le parfait médium pour ce type d’expérimentations.  

Dans Ultra Forte, le personnage traverse beaucoup de crushs émotionnels et de figures importantes pour elle ? Comment avez-vous travaillé cela ?

Catherine Lepage : C’est inspiré de mon vécu et quand j’étais plus jeune, j’ai eu beaucoup de crushs amoureux, je ne me voyais pas évoluer sans figure masculine qui inspire la sécurité. J’ai été beaucoup inspiré par le livre Réinventer l’amour de Mona Chollet (Éditions La découverte, 2021) qui exprime bien le paradoxe d’être à la fois indépendante et féministe mais dans un couple hétérosexuel classique. On est de la même génération avec l’autrice, et elle aborde des thématiques qui m’ont vraiment touchée. 

Ce qui est marrant, c’est que j’ai découvert son livre après avoir écrit le script de mon court métrage. 

L’univers musical est très présent dans le court métrage, avec la présence de Régine d’Arcade Fire et aussi Bruce Dickinson d’Iron Maiden ?

Catherine Lepage : Je connais Régine depuis très longtemps et elle possède une personnalité très joyeuse, ce qui crée un contraste avec Bruce Dickinson. J’ai eu une grande période heavy métal que j’avais envie d’explorer ici. 

Il y a aussi une présence très forte de la couleur et de l’esthétique métal avec les éclairs en parallèle de ces musiques marquantes et emblématiques. Comment avez-vous élaboré cette esthétique ?

Catherine Lepage : Je suis une personne qui ne se voit pas vivre sans couleur, les couleurs me rendent joyeuse. Pour l’anecdote, Bruce Dickinson est passé à l’ONF pendant l’élaboration du court métrage, et pendant que je dessinais son personnage au crayon de plomb, il m’a dit qu’il aimait ce rendu. Je lui ai dit : « Non, Bruce, ça ne va pas rester comme ça ». Il est vrai que l’esthétique métal est très noire et blanche avec seulement de petites touches de couleur.