Ce film est né d’une rencontre. Celle du scénario de Zabou Breitman et du pinceau d’Eléa Gobbé-Mévellec. Deux femmes réunies autour d’un même objectif : adapter en film d’animation le roman Les Hirondelles de Kaboul de l’écrivain Yasmina Khadra qui prend place à la fin des années 90, sous l’occupation des talibans en Afghanistan. Un projet de film qui a mis plus de 7 ans à se développer.

N’ayant pas eu l’occasion de lire le roman, je ne suis pas en mesure de vous parler du film en tant qu’adaptation mais plutôt en tant qu’objet cinématographique inédit. L’œuvre finale nous donne à voir un film aussi délicat que cru, dans la violence et les émotions des personnages : le visage de l’absurdité du destin des habitants de Kaboul, dont la vie est désormais contrôlée par les talibans. Les femmes, recluses et forcées de se cacher sous un tchadri, n’ont plus de droits mais des devoirs, et tout est prétexte à remontrance et exécution. Seuls les enfants semblent échapper (pour combien de temps encore ?) à la dictature, et trouvent matière à s’amuser dans la ville grandement détruite.

La vie insouciante d’avant semble alors bien loin, définitivement abolie. Ce qui n’empêche pas Mohsen et Zunaira de s’aimer aussi fort qu’il est encore possible d’aimer en ces temps de guerre, et de mener discrètement leurs activités de dessinatrice et de professeur. C’est l’histoire d’un amour au destin tragique, dans ce désert de cruautés que devient la ville de Kaboul.

À la manière des premiers longs-métrages de Walt Disney, Zabou Breitman souhaitait baser toute l’essence de l’animation sur le jeu réel des acteurs choisis pour interpréter les voix des personnages. Zita Hanrot et Swann Arlaud, ainsi que tous leurs collègues, se sont donc retrouvés sur scène pour jouer en costume les dialogues écrits à leur intention. L’importance de la vraisemblance, de la vérité du moment présent dans le jeu du comédien, c’est ce qu’a choisi de préserver la réalisatrice. En témoignent l’extrême honnêteté et crédibilité colorant le film de ces petits instants qui font de l’art du comédien un espace d’improvisation, d’hésitation, de crédibilité. Ce qui donne à l’œuvre ce caractère brut et proche du réel. C’en est troublant.

Tout autant troublante, la sincérité de l’animation qui se montre ici en tant qu’œuvre d’art à part entière, dont le champ des possibles est infini pour peindre et donner vie à la ville assiégée qui se perd dans l’horizon des montagnes, et les émotions palpables des personnages dont les yeux et les gestes ne mentent jamais. Tout est à sa place et se suffit, de l’aquarelle à la note de musique qui l’accompagne.

On ne va pas se mentir, c’est un film difficile à expérimenter. Qu’il soit animé n’y change pas grand chose, même si ce medium a le mérite d’apporter une certaine « distance », selon les mots de Zabou Breitman. L’animation n’a jamais trop souffert que lorsqu’elle a été considérée comme un cinéma lénifiant, occultant, imperméabilisant… Son essence est dans l’intention, le parti pris des studios et/ou réalisateurs qui s’en emparent. Elle permet de rendre compte avec poésie et sensibilité, au sein même d’un film dont le sujet est pourtant si tendu, des émotions, du temps qui passe, de l’évolution des personnages. Dans son unicité, sa singularité, une animation à l’image des Hirondelles de Kaboul détient une puissance d’expression incommensurable.

C’est pourquoi ce film allie tout à la fois la grâce inhérente à la poésie de l’animation, et la brutalité des événements relatés ; une combinaison bouleversante qui ne cherche jamais à duper mais au contraire place avec autant de simplicité que de force le spectateur face aux sensations qu’il provoque.

Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec ont dessiné un hommage à la volonté et la résistance de ces êtres humains, embarqués malgré eux dans des conflits qui perdent leur sens. Un monde fou où les femmes sont nobles et tentent, malgré tout, de rester libres.

Cette pépite du cinéma d’animation indépendant vous attend en salles dès le 4 septembre. Le film de la rentrée à ne surtout pas rater !

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