Au pays de l’aurore boréale, réalisé par Caroline Attia et produit par Folimage a remporté le Prix des écoles au dernier festival du film court de Brest. J’ai eu l’occasion d’échanger avec la réalisatrice autour de son cheminement créatif :

Colin, depuis la mort de ses parents, habite chez Karl, son grand-père. Quand Karl part chasser le narval, Colin se retrouve passager clandestin de sa maison-traîneau. Il devra surmonter ses peurs et apprendre les secrets du Grand Nord.

La relation entre Colin et son grand père Karl ne s’annonce pas des plus simple depuis la mort de ses parents. Ils vont devoir apprendre à se connaître au travers de la quête inattendue du narval. La mise en scène du voyage permet de faire passer un maximum d’émotions dans très peu de dialogues et l’appareil photo de Colin, d’abord objet de divertissement, va prendre plus de signification au sein de cette relation. Malgré la dureté du sujet, on profite des grands espaces teintés d’une douceur peinte évoquant l’esthétique des films Cartoon Saloon pour accompagner Colin et Karl au bout du périple. Avec son ambiance épurée, Au pays de l’aurore boréale se révèle d’une grande force que l’on espère qu’il atteindra un large public.

Caroline Attia – Autoportrait

La relation entre Karl et Colin est au centre de cette aventure, comment as-tu abordé la thématique de la transmission dans ce court métrage ?

Oui, c’est sur la transmission, c’était vraiment le cœur de ce que j’avais envie de raconter. Je trouve qu’il y a plein de peuples qui vivent avec des traditions qui sont en train de disparaître à cause la mondialisation et c’est triste.

L’idée est que ce grand-père transmette son savoir, sa tradition à son petit fils. Je me suis en fait pas mal inspirée d’un de mes grands pères décédé il y a quelques années. C’était un peu un film pour lui, même si ce n’est pas tout à fait la même chose. Il était très attaché à ses traditions, à son histoire qu’il voulait vraiment transmettre donc j’avais cette envie d’en parler, de comment on vit aujourd’hui cette transmission.

Le deuxième thème important est le deuil. Celui du père pour Colin et du fils pour Karl. Comment grâce à leur voyage ils vont chacun le résoudre et se rapprocher Colin, ce petit garçon vient d’un autre milieu, d’un autre monde et débarque comme ça chez son grand-père, dans le grand Nord et il n’est pas habitué. Il n’a pas forcément envie de s’y intéresser au début mais finalement il est assez vite intrigué par le narval. Je voulais vraiment qu’il y ait entre les deux personnages une espèce de barrière qui disparaît petit à petit pour devenir une vraie relation naissante. Finalement ils se connaissent pas tant que ça au début. C’est dans l’aventure qu’ils réussissent à communiquer.

J’ai pu voir qu’aux décors tu as travaillé avec Haruna Kishi (Miru Miru), comment avez-vous élaboré l’esthétique de ces grands espaces ?

J’avais déjà pas mal travaillé le type de décor que je voulais faire en amont de la production. Puis Haruna m’a vraiment aidé dès qu’on a fallu rentrer dans le dur de la production. Je voulais quelque chose qui soit assez épuré quand on arrive sur la glace mais finalement pas si blanc que ça.Quand j’ai commencé à réfléchir au film, pas mal de coupes dans le récit sont apparues et elles faisaient sens. Le fait que ce soit coloré confère finalement à la glace des aspects qui peuvent être un peu plus
effrayant : par exemple dans les scènes de nuit. Au contraire quand on est dans l’aventure et la découverte, les couleurs reflètent la joie de Colin de découvrir cet univers et son émerveillement. Les couleurs soulignent donc ça mais on reste sur des tons froids pour évoquer cet univers glacé qui vient se réchauffer de temps en temps de lumière dorée. A l’inverse au début, dans toutes les scènes intérieures les décors soient un peu plus fournis et les couleurs, un peu plus chaudes.

Les textures de bois sont très présentes dans les décors du magasin du village. J’avais envie qu’on ressente cette espèce de bazar. Olga est un personnage qui a pas mal évolué au cours des différentes versions du scénario.Au début, femme devait être plus présente mais comme le film est un court métrage de 15 minutes, on ne pouvait pas tout raconter et j’ai du épurer la narration pour me recentrer sur l’essentiel. Olga reste le lien affectif entre Karl et Colin. Chez elle c’était vraiment le bazar, je voulais que ça joue, que ça fourmille d’objet, qu’il y en ait partout vu que c’est le seul magasin du village.

Tu viens d’évoquer la longueur initiale de l’histoire, y a-t-il eu de nombreuses versions d’Au pays de l’aurore boréale ? Comment le scénario a évolué vers la version que l’on voir à l’écran ? Peux-tu nous en dire plus sur le processus d’écriture ? 

Quand on a commencé à travailler, on s’est rendu compte que le scénario était beaucoup plus long que la durée qu’on avait prévu pour le film. Épurer sans appauvrir le scénario a permis de se recentrer sur l’action et le message du film. Cela n’a pas été fait avec frustration, c’était au service de l’histoire. Je voulais dire
trop de choses différentes et il fallait que le message du film soi audible pour le spectateur.

Cette histoire en fait c’est quelque chose que j’ai commencé à écrire il y a un certain nombre d’années et la trame n’avait pas grand chose à voir avec la version finale du film : Colin ne partait pas la recherche du narval mais il partait accompagner son grand père pour trouver les aurores boréales : là où les âmes des anciens reposent pour accompagner Karl vers sa mort. En fait, cela posait posait problème parce que c’était un petit garçon qui venait de perdre ses parents et qui finalement allait vers un deuxième deuil et se retrouvait complètement seul, donc c’était très dur.

Comme je n’arrivais pas à résoudre ce dilemme, j’ai laissé reposer le scénario. Je l’ai repris quelques années plus tard, en 2017, après un atelier d’écriture qui m’a donné des pistes pour réorienté l’histoire. Après, les choses ont été beaucoup plus fluides et j’ai réussi à écrire une version qui était différente et recentrée sur le message dont je voulais parler au début, c’est à dire la transmission des traditions et évidemment le deuil.

J’ai donc écris une nouvelle montre du film que j’ai proposé à Folimage et ils rapidement dit oui. Avec cette nouvelle version, on a pu retravailler le scénario sur lequel il rester un gros travail à faire. La production du film a commencer à l’été 2018 et s’est terminé à l’été 2019, ça s’est passé de façon très fluide à partir du
moment où le script a été réécrit.

Il est vrai que les gens n’en tiendront pas compte entre ce qu’ils voient à l’écran et cette première idée. Il y a beaucoup d’évolutions et ça peut prendre du temps. Il y a eu du travail d’écriture et de création avant cet aboutissement. Quand on discute avec les gens le côté scénario est perçu comme quelque chose de facile, tout le monde a un avis et une vision différente du film. J’ai beaucoup moins de retours sur la partie graphique : les gens accrochent ou n’accrochent pas.

En plus, il faut trouver le producteur avec qui on a envie de faire le film, de pousser le film. J’ai vraiment eu beaucoup de chance avec Folimage. On avait envie de faire le même film, pour le même public. C’était vraiment cool ! J’ai eu de très bons retours, un suivi du travail avec Corinne Destombes et des échanges
très fluides. ça s’est super bien passé à ce niveau.

J’ai été aidé au story-board par Pablo Cortes qui est un étudiant à l’Atelier de Sèvres. C’est quelqu’un que je connaissais à qui j’avais donné des cours, je savais qu’il était doué et le fait d’avoir une personne extérieure au moment des storyboards m’a beaucoup aidé. C’est important d’avoir des regards extérieurs et de s’entourer de gens dont on a confiance en leur regard : à la fois non complaisant mais aussi bienveillant.

Les idées ont souvent besoin de temps pour mûrir et c’est un luxe de bien pouvoir laisser respirer une idée et d’y revenir avec un œil complètement frais quelques mois ou quelques années plus tard. J’ai d’ailleurs un carnet dans lequel je note plein d’idées, des envies, des débuts d’histoires , j’y reviens parfois quelques
années plus tard pour démarrer un nouveau projet.

La musique possède quelque chose d’atmosphérique qui respecte un certain équilibre avec l’image, comment as-tu travaillé avec Christophe Héral et avec les différentes équipes sur cette partie du processus ?

La musique est composée par Christophe Héral, je suis super contente du travail qu’il a fait. On avait des idées de directions dans lesquelles je voulais aller, je souhaitais aller vers quelque chose d’un peu contemporain, d’épuré. Après je lui ai laissé les rennes et on a décidé ensemble où la musique pourrait convenir. Il a travaillé de son côté avec les indications que je lui avais donné et a bien compris ce que je voulais. C’était important que la musique accompagne, même dans les moments où il y a moins de dialogue. Le son et la musique ont un rôle important, je voulais aller vers quelque chose de réaliste pour le son et au moment des
cauchemars, où plus on avance dans l’histoire plus ça devient fantastique.

J’ai travaillé avec studio Hiventy à Paris, on a fait une séance de bruitages, c’était la première à laquelle j’ai assisté, c’était génial ! C’était vraiment c’est fou de voir comment avec de la maïzena, ils reproduisent les pas dans la neige.On a travaillé avec une monteuse son avec qui on a pris le temps de voir à quel moment
le son n’empiète pas sur la musique. Il faut arriver à trouver un équilibre afin que l’on comprenne tous les dialogues et qu’on soit dans une belle ambiance.
J’avais déjà travaillé avec des comédiens mais sur différents projets où je n’avais pas de directeur de plateau. Le comédien pour Colin était plus jeune, donc je devais lui donner plus d’indications, mais c’était rien car sur l’animatique, j’avais fait toutes les voix. J’avais du coup des idées de ton, de jeu que je voulais pour les séquences. C’est quelque chose que j’aimerais approfondir en formation, j’aimerais vraiment me former à la direction d’acteurs.

As-tu suivi la même démarche avec les acteurs qui interprètent les personnages ?

Les deux voix les plus importantes étaient celles de Karl et Colin. Pour Colin, l’aspect pratique était qu’il soit interprété par le fils du directeur de plateau (Vito Buckhardt) qui a ainsi pu travailler avec son père, ce qui a facilité les séances. Le jeune acteur avait déjà l’habitude car il avait déjà fait des voix mais jamais sur un rôle aussi conséquent.
Ces séances lui ont demandé un certain travail qui a été réparti sur plusieurs jours, les séances n’étaient pas trop grosses du coup. J’avais déjà travaillé sur Casimilo à la découverte du Nouveau Monde avec des enfants, c’est mieux que les voix d’adultes qui interprètent des enfants. Après je comprends qu’il faille aller vite et ça peut être contraignant de travailler par demi journée, à certains moments, certains jours. On ne peut pas faire de séances de plus d’un certain nombre d’heures parce qu’à la fin, on n’arrive plus à obtenir ce qu’on veut des jeunes acteurs. Cela devient difficile pour eux, ils perdent leur concentration quand il y a pas mal de dialogues.

On a quelque chose de plus naturel, en plus Vito se rapprochait de l’âge de Colin, je trouvais qu’il avait un très beau timbre qui correspondait à ce que j’avais en tête.

Caroline Attia réalisera le segment Le déménagement du Père Noël dans l’anthologie Le Noël des animaux, co-produit par Les Valseurs et Little KMBO avec une sortie prévus pour Noêl 2020. Vous pourrez retrouver la réalisatrice pour un making off dédié au court Au pays de l’aurore boréale le vendredi 13 décembre à 17h30 au forum des images. Suivez ce lien pour réserver vos places.

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