On avait quitté les studio Aardman en pleine expansion, entre la continuation de la série Shaun le Mouton, la production d’un deuxième long-métrage mettant en scène ce personnage et l’installation plus ferme de leur branche américaine, Aardman Nathan Love… et, bien sûr, l’incontournable Nick Park. Le papa de Wallace & Gromit, titulaire de quatre Oscar, revient ici à la préhistoire, un sujet qui lui est cher et qu’il avait dû laisser derrière lui lors de la rupture du partenariat entre Aardman et DreamWorks Animation ce qui, du côté de Glendale, avait donné à l’époque un autre long-métrage : Les Croods.

Préhistoire, quand les dinosaures et les mammouths parcouraient encore la terre. L’histoire d’un homme des cavernes courageux, Doug, et de son meilleur ami Crochon, qui s’unissent pour sauver leur tribu d’un puissant ennemi.

C’est donc un match retour que nous offre Nick Park, secondé par une équipe technique rompue à l’exercice, puisque nombreux sont les transfuges de Shaun le mouton, le film : depuis Will Becher et Merlin Crossingham jusqu’au scénariste Mark Burton, ainsi qu’un casting vocal original à toute épreuve : Eddie Redmayne, Maisie Williams et surtout, une incroyable performance de la part de Tom Hiddleston en Lord Noz, dont l’accent français rend chacune de ses répliques hilarantes. Un grand nombre de talents pour une histoire au postulat assez simple, et dont les développements ne sont pas aussi nombreux que ce que l’on aurait pu souhaiter.

Il y a fort longtemps, du côté de Manchester…

Car c’est bien cette sensation qui domine après être sortie de la salle de cinéma : ce qui devait être un retour aux affaires pour Park n’est en réalité qu’une œuvrette ma foi assez sympathique, n’arrivant toutefois pas à égaler la production précédente, Shaun le Mouton restant le roi de ce pré carré. Et ce n’est pas faute d’y avoir mis les formes : la première demi-heure du film, très drôle, laisse ensuite place à une enfilade de scénettes tantôt tordantes, tantôt trop classiques, qui donne l’impression sévère que Nick Park aurait pu se satisfaire d’une série de courts-métrages (format dans lequel il excelle) sur le sujet, l’aventure proposée manquant de cette note curieuse et mordante qui caractérise les productions Aardman.

Et l’on retrouve ces faiblesses de traitement dans le héros, Dug, ce grand naïf assez transparent qui disparait de l’écran dès que Crochon, Noz ou Mona font irruption dans l’action, et ce sont ces mêmes personnages qui font tout le poil à gratter du film : on peut compter sur cette sublime et très drôle séquence où Crochon se retrouve à masser Noze, ou une scène de chasse au canard qui dérape exactement comme on aurait voulu que ce soit plus le cas durant le film, pour nous donner un instant ce qu’aurait pu être le Cro Man parfait, moins classique, moins bavard, moins superficiel dans le traitement des sentiments qui le traversent et un plus rythmé dans le déroulement de son action.

À qui la victoire ?

Peut-être que le scénario du film aurait du repartir en réécriture afin d’être musclé dans son second acte, ici un peu pantouflard et ne développant pas forcément les bons personnages (je n’en reviens pas que Crochon, le Gromit de ce film, ait été laissé sur la touche lors d’autant de moments), bien que je saisisse toute la difficulté de mélanger la version la plus débile possible d’Un million d’années avant Jésus-Christ avec A nous la victoire, et il est au final assez dommage que film ne déraille pas un peu plus de ce postulat, laissant de côté un grand nombre de pistes beaucoup plus excitantes que ce vers quoi le film tend au final, malgré un match final très, très bien chorégraphié.

Cro Man s’écroule donc sous le poids des attentes peut-être trop importantes que j’ai pu mettre dans l’association entre Aaardman et Nick Park, ce qui fait que le film, malgré sa maitrise technique évidente, rejoint les œuvres les plus faibles produites par le studio, comme Souris City, bien en deçà des autres longs comme Les Pirates ! Bon à rien, mauvais en tout, qui gardait pour lui un rythme exemplaire et un sens acéré du gag. Il est par ailleurs assez parlant que Nick Park ait ici officié seul au poste de réalisateur, là ou ce siège est habituellement partagé par deux personnes… peut-être la production aurait-elle gagnée à placer un binôme ?

Au final, et sans faire la fine bouche, ce Cro Man peut faire office de bon point d’entrée pour les jeunes qui ne connaissent pas encore Nick Park ou les studios Aardman (ce qui voudrait hélas dire qu’ils ont loupé les excellentes ressorties des courts-métrages Wallace et Gromit par Folimage), et ce sont les plus aguerris qui risquent de sortir du film avec un certain désarroi, car lorsqu’on est habitué à manger de la grande cuisine anglaise, un simple pudding ne suffit plus !

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