Après une longue attente et des péripéties dignes des précédentes aventures de Po pour DreamWorks Animation, voici enfin venir Kung Fu Panda 3 sur les écrans, avec ce même doute qui plane : est-on en face d’un film qui tire plus du côté d’un Madagascar 3 ou d’un Shrek le Troisième ?

Le père de Po, longtemps porté disparu, réapparaît soudainement. Enfin réunis, père et fils vont voyager jusqu’au paradis secret du peuple panda. Ils y feront la connaissance de certains de leurs semblables, tous plus déjantés les uns que les autres. Lorsque le maléfique Kaï décide de s’attaquer aux plus grands maîtres de kung-fu à travers toute la Chine, Po va devoir réussir l’impossible : transformer tout un village de pandas maladroits et rigolards en experts des arts martiaux.

La route fut longue depuis la fin du précédent épisode où l’on découvrait le père de Po (Brian Cranston), alerté par une force inconnue, que son fils était vivant. Li vient chercher son fils et le trouve en plein dilemme : ce dernier, devenu maître, s’est vu attribuer les entraînements de ses collègues, les cinq cyclones. Coincé entre ses responsabilités et ses deux pères, Po doit affronter Kai (J.K. Simmons), un ennemi surnaturel surgi du passé et voleur de force vitale. Il ne reste à Po qu’un village de Panda, non entraîné, pour faire face à cette menace…

Côté technique, l’équipe du film a un peu changé, Jennifer Yuh Nelson ayant requis auprès de la production la présence d’Alessandro Carloni afin de terminer le film plus rapidement. le très talentueux Max Boas a pris les rêne de la direction artistique, Hans Zimmer se retrouve de son côté seul à la musique, et le reste de l’équipe répond présent, pour notre plus grand bonheur : Nicolas Marlet au character design, Raymond Zibach au production design, le binôme Jonathan Aibel et Glenn Berger à la barre du scénario, ainsi que l’aide précieuse et significative d’Oriental DreamWorks pour cette première production Américano-chinoise.

Esthétiquement, Kung Fu Panda 3 bénéficie des innovations techniques notamment vues sur Dragons 2, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le film met ses tripes à l’écran ! Véritable orgie de couleurs, ce nouvel épisode tranche avec son prédécesseur, plus versé dans la dominante de rouge. Ici, le vert est maître du film, entre celui plus naturel du village panda et le jade menaçant et magique de Kai, antagoniste spectral qui cumule la force physique et la cruauté des méchants précédents.

Côté mise en scène, Jennifer Yuh enfonce encore fois le clou avec des séquences d’actions et de combats très impressionnantes, qui évoquent à nouveau Jackie Chan mais aussi Zu, les guerriers de la montagne magique tout en ne négligeant pas le cœur émotionnel du métrage, voyant ici Po s’intégrer à une communauté de pandas et la confrontation passagère entre Li et son père adoptif, Mr Ping.

Si la première demi-heure du film peut inquiéter, surtout en raison du cliffhanger qui tient le public depuis 2011, l’arrivée de Kai et son avancée inéluctable tend le reste de la narration comme il faut, instillant le danger et les enjeux nécessaires pour Po dont le statut de guerrier dragon est délicat à manipuler, surtout après Kung Fu Panda 2, qui mettait le paquet à ce niveau. C’est donc un rééquilibrage de la gravité de la narration qui s’opère ici, faisant de ce Kung Fu Panda 3 un compagnon parfait après l’intense épisode précédent.

Avec tant de personnages, ce sont les cinq cyclones qui pâtissent du développement, un privilège plus concentré sur Po et ses nouveaux compagnons et encore une fois Shifu fait plus de la luxueuse figuration tandis que Tigresse récupère un arc assez touchant en lien avec son manque de patience avec les membres de la fratrie de Po, tandis que les maîtres Grue et Mante se voient gratifiés d’une séquence néanmoins hilarante en compagnie d’autres maîtres de kung fu, dont un poulet !

Concernant la musique, j’avais de gros doutes quant à la prestation de Hans Zimmer, dont la collaboration avec John Powell sur les deux précédents était très bénéfique, mais le compositeur allemand spécialiste des BRAAAM a su se diversifier et faire venir sur ses partitions le pianiste Lang Lang, notamment au sein de quelques séquences très émotionnelles. Le thème de Kai se détache du reste du film par un motif efficace mais pas si original pour le musicien, ici très aidé par la mise en scène et un storyboard béton qui nous rappelle que les artistes de la maison Katzenberg savent y faire lorsqu’on leur laisse toute latitude pour faire le travail.

Enfin, comme pour le film précédent, une scène en 2D illustre une séquence pivot de l’intrigue, dont je ne vous révélerai rien, la surprise étant toujours un élément déterminant. On peut donc toujours gloser sur la composition de la fameuse formule DreamWorks Animation, mais celle-ci fonctionne si bien sur les films Kung Fu Panda qu’il serait dommage de bouder son plaisir, et dont le scope et la mise en scène sont de retour, un élément qui manquait aux productions du studio depuis… Dragons 2.

Et c’est bien ça qu’il manque aux derniers films : la vision, le point de vues de vrais réalisateurs et réalisatrices tels que Jennifer Yuh, Dean De Blois ou Peter Ramsey, ou le binôme Chris Sanders/Kirk de Micco, qui sont les garants de la qualité cinématographique des œuvres et quelque chose qui, même avec le talent de tous les artistes du monde, personne n’a pas trouver dans En Route !, M. Peabody et Sherman : Les Voyages dans le temps ou encore Les Pingouins de Madagascar. Et ce n’est pas la récente bande-annonce de Trolls qui va me rassurer.

Kung Fu Panda 3 ressemble à un pot pourri des deux premiers épisodes en ce qu’il synthétise les qualités des films de 2008 et 2011 pour en tirer le maximum d’efficacité, entre émotion et action. Est-ce que le film est follement original dans sa structure et ses thématiques ? En regard des dernières productions DreamWorks Animation, non, car on reste sur les fondamentaux habituels, mais la générosité et la foi placées dans le film par ses concepteurs en font un film qui impressionne. Avec les récentes déconvenues du studio, espérons que toute l’ambition affichée ici n’appartienne pas déjà au passé.

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