Bien loin de la fièvre du Festival international du film d’animation d’Annecy, il est toujours intéressant de rattraper les longs métrages qui nous ont échappé. C’est le cas d’Okko et les fantômes, qui ne rentrait d’aucune dans un planning déjà bien chargé. Quelques mois après le buzz annécien, quel bilan peut-on tirer de cette première réalisation de Kitarô Kôsaka ?

Seki Oriko, dite Okko, est une petite fille formidable et pleine de vie. Sa grand-mère qui tient l’auberge familiale la destine à prendre le relai. Entre l’école et son travail à l’auberge aux cotés de sa mamie, la jeune Okko apprend à grandir, aidée par d’étranges rencontres de fantômes et autres créatures mystérieuses !

Moins d’un an après Mary et la fleur de la sorcière du Studio Ponoc, c’est au tour d’un autre avatar de l’ère post-Ghibli qui vient hanter les salles de cinéma, confirmant la vitalité d’un secteur pourtant perpétuellement au bord de la saturation. Loin d’être un inconnu, Kitarô Kôsaka fourbit ici ses armes en tant que réalisateur de long métrage, lui qui était auparavant cantonné aux postes clés de directeur de l’animation, coresponsable ou animateur clé sur de nombreux films prestigieux tels que Pompoko ou  Si tu tends l’oreille.

On pourrait donc le penser armé pour tenir la production et la narration d’Okko et les fantômes, dont les thématiques font partie des lieux communs de la japanime, avec en tête le deuil, la recherche d’un but personnel et professionnel et toutes ces petites histoires dans la grande qui donnent corps à l’univers autour du personnage principal. Hélas, le récit ne décolle jamais réellement à cause d’enchaînements chaotiques dans le déroulé de la narration, depuis l’accident fondateur jusqu’aux différentes apparitions des fantômes.

Supposés instrumentaux dans l’évolution d’Okko, notre trio d’esprits aussi frappeurs que frappés souffrent des mêmes problèmes déjà cités : leurs raisons, bien que très compréhensibles, donnent la sérieuse impression que l’intrigue a été compactée et que les événements s’enchaînent bien vite. Pour preuve, la décision d’Okko de devenir apprentie aubergiste pour soulager sa grand-mère, aussi drôle soit-elle, découle de l’impulsion du fantôme Uribo qui la harcèle a ce sujet et permet de repousser et de mettre en scène une séquence à cœur ouvert à la fin du métrage dans le cadre même de l’auberge.

La majorité des idées du film se retrouvent ainsi prises en tenaille entre un rythme assez curieux et des exécutions parfois trop lentes, parfois trop rapides. Peut-être est-ce dû à une certaine fidélité au matériel de départ, les livres best sellers d’Hiroko Reijo, Wakaokami wa Shogakusei! ? Toujours est-il que les problèmes sont bien présents sur la durée et malgré un certain nombre de séquences très agréables et admirablement mises en scène, Okko et les fantômes laisse une impression d’inachevé.

Malgré cet aspect un peu gratuit de liaison au surnaturel qui aurait presque pu être atténué un peu plus au profit de l’évolution d’Okko en tant que jeune fille qui appréhende cette nouvelle vie dans la campagne du sud du Japon, certains autres personnages sont bien mieux servis, comme la camarade de classe d’Okko, Matsuki qui a perdu sa grande sœur à un très jeune âge, et dont le peu d’exploration fait pourtant merveille.

De manière intéressante, l’esthétique du métrage souffre du même genre de problème puisque Kosaka, tout d’abord parti sur un graphisme plus classique, a décidé de modifier les traits des enfants pour qu’ils correspondent au style des illustrations originales d’Asami, un geste assez malheureux selon moi, car si les visages kawaii ne déragent pas lorsque les enfants sont entre eux, les interactions avec les adultes révèlent le style originellement choisi et créent un fossé de style qui peut rebuter.

C’est d’autant plus dommage que le travail sur les décors est de toute beauté, orchestré par Yoichi Watanabe, autre vétéran de l’aventure Ghibli (de Ponyo au mésestimé Marnie), l’ambiance du film est formidable et donne envie de visiter ces lieux qui évoquent une ruralité touristique unique.

Difficile de se détacher de l’ombre des grands maîtres, et Okko prouve a son tour les difficultés qui attendent une parties des techniciens et artistes ayant travaillé au studio et sur lesquels une marque a été laissée. S’en détacher prendra certainement un ou plusieurs films et Kitarô Kôsaka, tout comme Hiromasa Yonebayashi avec Mary et la fleur de sorcière, signe un exercice complexe à mi-chemin entre fidélité et tentative d’émancipation, avant le prochain essai, qui devrait signer le lancement sans filet.

Il ne reste plus qu’à patienter…

 

 

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