Les Incognitos (Spies in Disguise) est le nouveau projet porté par le studio Blue Sky après Ferdinand. Troy Quane, co-réalisateur aux côtés de Nick Bruno, et Mickaël Knapp, production designer, ont assuré une présentation amusante, à l’image d’un briefing de mission issu d’un film d’espionnage. Le contenu et les jeux de mots des deux larrons ont réussi à convaincre l’ensemble de la salle, moi comprise. Les Incognitos est le premier film du studio de l’Âge de glace qui me donne vraiment envie, mais aussi une adaptation libre du court métrage Pigeon: Impossible publié avec grand succès en 2009.

« Les Incognitos » nous embarque dans le monde trépidant de l’espionnage. Alors qu’une mission tourne mal, Lance Sterling, le plus stylé des espions, et son acolyte Walter, un geek spécialiste des gadgets, vont être forcés de s’unir. Si ce duo excentrique ne parvient pas à s’entraider, le monde est en danger !

Inspyration

Troy Quane et Mickaël Knapp ont prévenu dès le début : “si vous n’aimez pas les jeux de mots, ça va être une très longue présentation”. L’humour semble en effet être la pierre angulaire du long-métrage, qui sera à la fois une parodie de film d’espionnage, mais aussi une buddy comedy aux personnages hauts en couleurs, que l’on suivra dans des péripéties à travers le monde.

Au delà des classiques cinématographiques, ils se sont inspirés de la visite du musée de l’espionnage à Washington DC. Les anecdotes racontées par le curateur et les gadgets fous présentés les ont vraiment enthousiasmés. Ils ont notamment retenu la caméra portative pour pigeon, le pistolet-étui-à-cigarettes et… Le transmetteur déguisé en crotte de chien !

L’objectif était d’avoir un film stylisé mais toujours ancré dans le monde réel. Cela se traduit notamment sur la façon de représenter les bâtiments à l’écran, de la Maison Blanche aux temples japonais : en trois niveaux aux proportions faussées, mais qui ne dénaturent pas le style architectural original. Un peu comme un gâteau de mariage en étages, c’est du moins l’image que j’en ai gardé.

Pour les personnages, l’équipe du film a choisi d’utiliser des formes simples et imparfaites pour un look caricatural à 80% et réaliste à 20%. La carrure de Lance Sterling, le grand espion en costume, est inspirée d’un verre à martini : un triangle large sur un rectangle haut et fin. Tout le chara-design repose ainsi sur l’utilisation de lignes droites fortes, sur les bras ou les jambes par exemple, qui dominent et installent le style des personnages.

Agents spéciaux

La création de Lance Sterling a été un vrai défi. Il fallait qu’il soit prêt à sauter dans l’action tout en ayant un bagage émotionnel, qu’il soit extrêmement sûr de lui mais toujours attachant. Le personnage final ressemble fortement à Will Smith, qui lui prête sa voix en version originale.

Lance a une musicalité dans ses mouvements, il se meut constamment comme s’il évoluait sur une playlist du TOP 50. Les réalisateurs ont même concocté une playlist pour indiquer aux animateurs le tempo à donner à son corps sur telle ou telle scène. Nous avons ainsi vu un extrait de quelques secondes ou Lance rentre en salle de réunion et s’installe sur son siège : même sans musique on a l’impression qu’il débarque en roi du monde sur Uptown Funk.

“Un minimum d’effort pour un maximum de résultats” c’est la façon d’être de Lance Sterling, super espion. Alors quand il doit s’enfuir d’un immeuble et y abandonner ses poursuivants, il se contente de poser de petits explosifs sous une voiture garée devant ledit immeuble : l’explosion la propulsera juste devant la porte de l’immeuble, empêchant quiconque d’en sortir. “Classic Spy swag” comme diraient Troy Quane et Mickaël Knapp.

Les Incognitos formera un partenariat improbable entre Lance et Walter, le mec aux gadgets un peu bizarre. Walter travaille à la section développement technologique de l’agence d’espionnage. C’est un jeune homme extrêmement intelligent mais mal à l’aise socialement, car il voit le monde différemment des autres. Il est capable de créer des gadgets sur le pouce avec son super sac à dos (un laboratoire ambulant façon MacGyver), mais ne parvient pas à interagir normalement avec ses semblables.

Le personnage du geek décalé, devenu un archétype, me fait toujours craquer sur les bords. Surtout quand, comme ici, il a des airs de Fitz dans Agents of S.H.I.E.L.D. Walter vit encore dans la maison de sa grand-mère décédée, dont il a gardé la décoration, tout en y installant son propre laboratoire scientifique et des perchoirs pour son pigeon de compagnie. Imaginez les lumières d’un arbre de Noël quand toutes les autres lampes sont éteintes, cela vous donnera une idée de sa maison la nuit.

Walter (Tom Holland en VO) évolue dans un environnement familial, confortable, aux couleurs chaudes, agréables. Un vrai petit nid. À l’inverse, Lance vit dans un grand appartement moderne, vide et froid, avec vue sur son lieu de travail (caché à l’insu de tous sous le National Mall et dans le Washington Monument à Washington DC). Tout les oppose, mais un sentiment les rapproche malgré tout : la solitude.

De super espion à super pigeon

Nous avons eu la chance de voir 8 minutes du film, finalisées ou presque. On y découvrait Lance qui, tentant d’échapper à ses collègues espions, se rend chez Walter dans l’espoir de disparaître grâce à la technologie de camouflage sur laquelle le jeune homme travaille. De son côté, Walter passe une soirée tranquille, entre expériences et dîner devant un film romantique, les larmes aux yeux. Il réussi enfin à synthétiser un mystérieux sérum quand Lance arrive et le boit par erreur !

S’ensuit une scène hilarante, où Walter explique à Lance qu’il vient de boire l’unique flacon d’un sérum modificateur d’ADN qui transforme les humains… en pigeons ! Lance n’a plus que 45 secondes avant de finir en volatile, sans espoir de retour en arrière faute d’antidote. Les échanges entre les deux personnages sont vifs, drôles, et la salle a éclaté d’un même rire quand Lance-pigeon apparaît, doté d’un nœud papillon, de sourcils et de parole !

Le comique du film vient semble-t-il principalement de Lance, qui refuse son nouvel état de pigeon et se comporte toujours comme s’il était James Bond, accoudé au bar, un verre de martini à la main et un cigare dans l’autre. Les réalisateurs ont choisi de confier le personnage de Lance et de son alter-ego ailé au même chef animateur, lui permettant ainsi de conserver son style et ses expressions faciales.

Les Incognitos sera peut-être un premier pas dans le monde du film d’espionnage pour certains, et je pense qu’ils y reviendront. Les amateurs de Kingsman, The man from U.N.C.L.E ou SPY devraient aussi s’y retrouver. Attention cependant, le but avoué du film est de nous faire voir (ou croire ?) que les pigeons sont des êtres géniaux capables de grandes choses. En cela, Les Incognitos rejoint Vaillant pigeon de combat et Tito et les oiseaux, long-métrage où nos amis les pigeons sauvent l’humanité d’un virus.

Les Incognitos devrait sortir en France le 14 août 2019. Avec les voix de Will Smith, Tom Holland, Ben Mendelsohn, Karen Gillan, Rashida Jones, DJ Khaled et Masi Oka.

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