Critique – 100 mètres

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Ici nous sommes de fervent supporters de On Gaku – Notre rock ! alors apprendre que le Festival International du Film d’animation d’Annecy accueillerait 100 mètres, le nouveau métrage de Kenji Iwaisaiwa, adapté du manga éponyme en cinq tomes de Uoto (Du mouvement de la Terre, publié en France chez Ki-oon), ceci garantissait notre présence à l’une des séances en avant première dans le cadre de sa sélection dans la catégorie « Annecy Présente », avant son arrivée sur Netflix le 31 décembre.

Togashi est né pour courir. Enfant, il est naturellement doué et remporte toutes les courses de 100 mètres sans effort. Mais en 6e, il rencontre Komiya, un nouvel élève plein de détermination, mais qui manque de technique. En lui enseignant, Togashi donne à Komiya un nouveau but : gagner quoi qu’il en coûte. Les années passent, Togashi et Komiya se rencontrent à nouveau sur la piste, comme des rivaux, et se révèlent sous leur vrai jour.

Adapté de l’œuvre du mangaka Uoto et réalisé par Kenji Iwaisawa (On Gaku : Notre Rock), le film s’éloigne de la binarité bornée d’une compétition entre Togashi et Komiya pour s’inscrire dans une démarche de parcours de vie autour du personnage même de Togashi. Cependant la nébuleuse des autres coureurs, tout comme Komiya, possède un impact dans l’évolution sportive et personnelle de notre protagoniste, et présente les autres chemins possibles pour un sportif. 

A mesure que le film se déroule, on entre et plonge dans le ressenti psychologique d’un chemin atypique tracé par Togashi, ainsi ce développement passe par différentes phases d’ennui, d’errance et de création de tissu social dans le cadre associatif du lycée ou de l’entreprise. Tout comme dans le très beau Houria de Mounia Meddour, on touche du doigt la résilience mentale et physique face aux échecs de Togashi. 

Cet aspect de reconstruction physique et mental est d’autant plus important qu’on a tendance à enfermer les sportifs dans leurs performances, et donc aux chiffres associés. Il n’est pas rare d’entendre les performers se sentir enfermés dans leurs propres capacités. Pour creuser le sujet, je vous invite à vous tourner vers la série documentaire Losers (aussi disponible sur Netflix) qui aborde la vie des compétiteurs.ices après un échec. 

Cette histoire peut paraître pesante, mais elle est parsemée d’humour, ce qui permet de mieux vivre la réalité endurée par Togashi. En cela, on reconnait la touche de Kenji Iwaisama, tout comme l’usage de la musique, ici dans des moments d’anticipation qui soulignent la tension d’avant course. 

L’esthétique globale de 100 mètres est un mélange entre décors peints et rotoscopie pour les personnages. Grâce à une hybridation entre rotoscopie et animation 2D, on arrive à appréhender les sensations des coureurs en action. La gestion de la corporalité et de l’esprit de combativité sur le vif est pour le moins bluffante. La musique, composée par Hiroaki Tsutsumi (Dr Stone, Jujutsu Kaisen), imprime un rythme rock atmosphérique lors de la montée en pression des coureurs, où la respiration se fait plus saccadée avant le départ. Cet équilibre entre la musicalité et ce mélange d‘animation pousse l’immersion dans l’action sur la piste.  

Le métrage nous propose une vision du sport qui s’éloigne de la ligne droite de la compétition pure pour nous offrir un récit plus proche de la tranche de vie. N’ayant pas lu le manga d’origine (non disponible en France à l’heure où j’écris cette critique), cette adaptation donne envie de s’y plonger. Si vous avez un attrait pour les histoires sportives baignées de regard social, depuis Rocky à la série animée Ping Pong en passant par Slam Dunk, je vous conseille de regarder 100 mètres en mode Netflix and chill.