Ayant lu et apprécié le light novel éponyme d’Hiroshi Sakurazaka il y a une dizaine d’années, puis la libre adaptation américaine Edge of Tomorrow, c’était avec une certaine impatience que j’avais découvert cette nouvelle tentative signée par le Studio 4°C (Les enfants de la mer, La chance sourit à Madame Nikuko ou encore De l’autre côté du ciel), que j’ai pu découvrir durant le dernier Festival international du film d’animation d’Annecy.
Se déroulant en 20XX, All You Need is Kill raconte l’histoire de Rita, une jeune femme ingénieuse mais isolée qui se porte volontaire pour aider à reconstruire le Japon après l’apparition mystérieuse d’une énorme fleur extraterrestre connue sous le nom de Darol. Lorsque le Darol éclot, libérant des créatures monstrueuses qui déciment la population, Rita est prise dans la spirale de destruction et tuée… et se réveille à nouveau. Puis encore une fois. Coincée dans une boucle temporelle sans fin, Rita doit surmonter le traumatisme et la répétition de la mort jusqu’à ce qu’elle croise le chemin de Keiji, un jeune homme timide piégé dans le même cycle. Ensemble, ils se battent pour se libérer de la boucle et trouver un sens au chaos qui les entoure.
Scénarisé par Yuichiro Kido, All You Need is Kill prend lui aussi le chemin de l’adaptation libre du light novel en décidant de prendre Rita comme personnage principal et de transformer la mise en place de la menace : fini la guerre ouverte, c’est désormais une situation stagnante où l’humanité cherche à circonscrire le Durol avec des équipes et des moyens bien en dessous de ce qui est nécessaire, faisant tout autant écho à Fukushima comme aux différents et récents accidents d’ampleur qu’a subi l’humanité.
L’absence de militarisation de la situation donne pour le coup un enjeu supplémentaire à nos personnage, Rita prenant en compétence au fur et à mesure des cycles vécus, appuyée par des moyens de plus en plus importants établis par Kenji, ici le second couteau en charge de la technologie humaine qu’il détourne pour combattre le Durol.

Mais revenons à Rita, qui tient ici une place de choix dans la narration écrite par Yuichiro Kido : son désir de mort, son nihilisme, son incapacité à former des liens avec les autres membres de son équipe sont distillés au fur et à mesure des cycles, la forçant à coopérer jusqu’à un petit twist qui met en branle le troisième acte avec une urgence plus définitive, tout en faisant du climax émotionnel du film un acte qu’elle seule peut comprendre : un aspect rassurant quant à l’intégrité du personnage, que l’on pouvait craindre rabaissée par l’arrivée de Kenji dans l’équation.
L’une des contraintes qui rongent la narration de All You Need is Kill est hélas due au format même de la narration : compressé en 82 minutes, le métrage doit garder le fil et laisse sur le carreau un bon nombre de personnages secondaires à l’apparence et à la personnalité attrayante que l’on regrette de suite, un testament du travail effectué par les équipes du studio sur ce point, que l’on retrouvait aussi dans ChaO.
Reste pour habiller tout ceci de conséquents morceaux de bravoure aux couleurs vibrantes et à la mise en scène spectaculaire rivalisant sans mal avec l’adaptation de Doug Liman, tout en proposant des variantes rafraichissantes : des tenues de plus en plus extravagantes (le mecha design est fou), la présence de drones aux mots bien sentis, l’usage d’engins de chantier… autant d’éléments en la faveur des protagonistes pour renverser les chances de plus en plus minimes de vaincre le Durol.

Pour tenir face aux images, le mixage et la bande sonore composée par Yasuhiro Maeda du film sont au diapason : impossible de ne pas avoir les tripes retournées dès les premières minutes, la combinaison image/son rappelle sans mal que le Studio 4°C n’est pas là pour gâcher votre expérience, et l’intensité de certaines séquences est telle que l’aspect de répétition entre phases calmes et combats permet aussi de respirer en tant que public.
Cette nouvelle version de All You Need is Kill arrive peut-être un peu en retard vu du nombre de récits qui sont nés en réaction au succès du roman original, mais la combinaison entre cette œuvre séminale et les qualités indiscutables des équipes dirigées par Kenichiro Akimoto rendent sa vision obligatoire.
Entre la sortie en salles au printemps de Chao et cette bête de divertissement que l’on espère (re)voir au cinéma en France, les débuts de 2026 sont placés sous le signe du Studio 4°C.