Critique – La Bataille géante de boules de neige


Sélectionné à Annecy en 2016, La Guerre des Tuques 3D sera sorti en France l’année suivante sous le titre « La Bataille géante de boules de neige » via Océan Films. Mais au fait, c’est quoi, une tuque ? Rendez-vous en fin de la critique de Coralie pour le découvrir !

Quoi de mieux qu’une bonne vieille bataille de boules de neige pour bien remplir les vacances scolaires en hiver? Luc et Sophie, 11 ans, s’imposent comme les généraux de leur armée respective. Ce qui au départ s’annonçait comme une bataille bon enfant devient, sous la poigne de fer de Luc, un conflit beaucoup plus sérieux. La joie et la bonne entente reviennent lorsque les enfants décident de détruire le fort plutôt que de s’attaquer les uns les autres. Du fort, il n’en restera qu’un amas de neige.

La guerre des tuques 3D est un remake du film live éponyme sorti en 1984 au Québec, où il est devenu culte pour toute une génération. Cette relecture était donc très attendue au Canada et le film y a rencontré un grand succès, tant public que critique. De mon côté, j’ai découvert les aventures de Luc et Sophie avec l’adaptation animée et je dois avouer que je ne partage pas cet enthousiasme. L’accueil mitigé qu’il a reçu aux USA me fait penser que je ne suis pas la seule, et que la nostalgie d’une génération d’enfants devenus parents a beaucoup joué sur son succès québécois.

 

L’animation est tout à fait honorable, et l’aspect « marionnette » (grosse tête perchée sur un corps avec des jambes longues et fines, petits yeux noirs, coupe de cheveux imperturbable…) des personnages permet au film d’avoir sa propre identité visuelle. Une identité à double tranchant puisque les visages des différents personnages, qui m’ont parfois rappelé ceux pourvus de boutons noirs à la place des yeux dans Coraline, m’ont parfois semblé trop peu expressifs.

Mais peut-être n’est ce que le reflet du manque de développement des personnages, qui arborent des personnalités basiques et souffrent d’une absence de recherche psychologique. Les tensions entre Sophie, qui s’intéresse à Luc, et sa petite sœur Lucie, qui hait la gente masculine, sont amenées et réglées en cinq minutes alors que les sentiments de Luc, qui pleure encore son père perdu à la guerre, sont à peine effleurés. On sent pourtant une volonté de complexifier le personnage dans le cas de Luc, qui est le seul à avoir droit à son petit flashback en 2D. Malheureusement, ça ne suffit pas à nous faire éprouver de l’empathie à son égard.

De même, le parallèle entre la bataille de neige qui dégénère et la vraie guerre n’est pas assez poussé. Nous avons bien deux camps engagés dans une bataille, avec au milieu des personnages pacifistes qui tentent d’y mettre un terme, mais l’escalade vers l’utilisation de machines et tactiques de guerre se fait avec tellement d’innocence que je n’y ai vu qu’une bataille de neige hallucinante dont j’aurais rêvé plus jeune. Les deux équipes restent toujours dans le jeu, même si ses règles évoluent et que les rivalités sont exacerbées, là où ils auraient pu passer d’un amusement collectif à une véritable guerre enragée.

 

La bataille finale, tragique, est d’ailleurs lancée comme un dernier défi, une dernière occasion de s’affronter avant la reprise de l’école. Peut-être que cette innocence constante a été voulue pour souligner d’une certaine façon la facilité de la guerre et de ses horreurs, mais elle contribue selon moi à brouiller le message. C’est sans doute pour cela que je suis restée de marbre face à la mort de la chienne Cléo, moment dramatique manqué qui tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu d’un jeu d’enfants (qui s’en remettent très vite d’ailleurs, candide jeunesse) et marque la fin de la « guerre ».

Étrangement, si l’on oublie la première partie du film qui est excessivement et inutilement longue, je ne me suis pas totalement ennuyée devant La guerre des tuques 3D. Je dois pour cela remercier l’équipe de Sophie qui, entre boules de neiges à la peinture et forteresse de guerre plus qu’ingénieuse, a su me donner envie d’enfiler ma combinaison de ski pour aller m’amuser avec eux. Je pense d’ailleurs que les plus jeunes apprécieront et voudront faire « comme à la télé », ce que préféreront largement les parents face à la possibilité d’un second visionnage.

PS : si vous vous demandez encore pourquoi « tuques », sachez que ce n’est pas le nom du village, mais la variante canadienne du mot « toque ». Un bonnet quoi.



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