Critique – Belladonna


Remasterisé après des années de disette et des VHS introuvables, Belladonna fut l’un de ces chefs-d’œuvre longtemps invisible de par sa destination doublement exigeante : de l’animation limitée pour adultes, avec un fond artistique très poussé. 40 ans après, que reste-t-il de cette tentative ?

L’histoire s’inspire des légendes médiévales autour de la sorcellerie. Une paysanne nommée Jeanne est violée par son seigneur, n’ayant pu obtenir le droit de se marier avec son amour, Jean, faute d’argent. Tous deux sont chassés du château, mais leur amour n’est plus le même et Jean la dédaigne. Le diable séduit alors Jeanne et en fait une sorcière puissante et désirée.

Belladonna est une adaptation libre de La Sorcière, roman de Jules Michelet, par le réalisateur Eiichi Yamamoto (Le Roi Léo) qui utilise les codes du catholicisme et de l’envoûtement pour mettre en image la sexualité, bien loin de l’habituelle perception de la pudeur nipponne de l’époque. On y découvre les courbes sensuelles, ainsi que les lèvres dessinées de Jeanne dont le corps prend une dimension narrative forte au fur et à mesure de l’histoire.

Mais ne vous y trompez pas ! Cette sexualité n’a rien de récréative et on peut ressentir la violence de chaque viol au travers d’images à l’abstraction rougeoyante évoquant la douleur dans les entrailles de Jeanne. Ce mal fondateur fera naître son désir de vengeance et place le film dans la lignée des “rape and revenge” japonais.

D’ailleurs, si on prête l’oreille à la chanson du générique, elle n’est pas sans rappeler la mélodie de ”Urami-Bushi”, chanson emblématique de La Femme Scorpion (1972), aussi utilisée par Quentin Tarantino dans le premier Kill Bill.

Cette histoire se déroule dans une succession de tableaux aux touches d’aquarelles prononcées sur lesquels la majorité des acteurs déclament leurs dialogues, apportant ainsi une sensibilité théâtrale aux différentes situations. Aussi, les costumes de la cour royale évoquent l’univers de science-fiction de Moebius par leurs couvre-chefs monumentaux.

Les références esthétiques des différents chapitres sont un vibrant hommage à la peinture européenne qui va de Gustav Klimt pour ses décors chamarrés, Egon Schiele pour l’exploration de la chair et enfin une vision exacerbée relevant du pop’art. Cette dépiction est révélatrice de l’exotisme caucasien dans la réalisation de Yamamoto.

Seules les scènes de viols et liées à la sexualité bougent avec abstraction, allant d’une vision organique aux trips dignes des pochettes de vinyles de nos parents.

Par tous ces aspects, Belladonna de la tristesse nous donne une photographie de son époque dont on se souvient surtout d’images de la libération sexuelle et de la prise de substances illicites. Ce long-métrage a aussi permis en son temps d’apporter une touche de prestige au studio Mushi, créé par Ozamu Tezuka et surtout connu pour ses séries Astro Boy et Le Roi Léo.

Malgré un sujet audacieux et une prise de risque esthétique, ce dernier épisode de la trilogie Animerama me laisse mi-figue mi-raisin. Le pouvoir d’évocation des différents tableaux est terni par un manque de rythme, ce qui endommage la narration et il est facile de se laisser aller à l’ennui. Je recommande toutefois sa vision pour l’expérience seventies, à vivre sur grand écran.

 



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