Ginger’s Tale est un film qui nous arrive de Russie, réalisé par Konstantin Shchekin. Il nous conte l’histoire fantasy d’une malédiction digne de tout conte traditionnel pour enfant.

Potter, gentil et pauvre, trouve un artefact magique appelé La Pierre de Feu, qui le rend riche et cruel. La méchante reine décide de le tuer, afin de récupérer son pouvoir et sa jeunesse. Seule  une fille nommée Ginger, peut sauver Potter grâce à sa dévotion. Sans hésiter, elle se précipite pour sauver son ami, aidant Potter à comprendre que l’amour et le travail honnête sont plus importants que l’argent et le pouvoir.

Nous voici donc devant un dessin-animé pour enfants, avec pour thématiques la cupidité et l’amour. Dès l’ouverture, les enluminures dynamiques nous donnent le ton de l’univers… La technique du dessin sur papier avec son tracé familier, ses couleurs ternes et la fluidité des mouvements animés se conforment à des aspects bien ancrés dans l’univers de l’animé des années 80/90. Qu’à cela ne tienne, l’esthétique peut être trompeuse et n’engage pas toujours son propos. Mais à la moitié du film, la modernité ne fera toujours pas son entrée.

Ginger's Tale
Alors, Ginger’s Tale, un dessin-animé coincé dans le passé ?

Commençons par le plus évident. Le titre. Le “conte de Ginger” oserait-on traduire. Sauf que de Ginger, finalement il n’en n’est pas vraiment question. L’introduction du film faisait pourtant espérer une idée très actuelle : une petite fille veut devenir secouriste malgré les interdictions de sa figure paternelle. Dans le même temps, une Reine avide de pouvoir et de jeunesse perd l’instrument de ses désirs : La Pierre de feu qui conjure des chiens de cuivre, d’argent et d’or, semant les pièces associées derrière eux à chaque invocation. Mais très vite, le focus change non seulement d’épaule mais de personnage car l’intrigue tourne autour de Potter, un jeune homme défaitiste en quête de reconnaissance.

En ce qui concerne l’intrigue donc. Dans le village, chaque chose et chaque villageois a sa place et sa fonction. Secouriste, cordonnier, couturier, chapelier, potier… Mais voilà Potter n’est pas très doué, ni très rigoureux. Il va, en récupérant la pierre de feu, céder à la jalousie, l’envie et la cupidité cruelle. La tension se crée davantage autour de la Reine et de Potter, qu’entre Potter et Ginger. La maladroite rouquine n’est qu’un instrument de discorde dans le village, et ne sert qu’à faire valoir l’intrigue réelle, l’aveuglement de Potter et sa peur de l’échec. Ginger veut le soutenir, Ginger veut faire une fête, Ginger décore le salon, Ginger lave sa chambre…. Pendant ce temps, Potter se confronte aux talents d’autrui, met le feu à son atelier, s’empare de richesse, étale ses possessions et humilie ses amis.

Mais Ginger est l’élue me direz-vous. Certes, à titre de sauveuse que l’on découvre à la fin. (Notons que la légende de la Pierre de Feu découvert par l’oncle comme révélation de l’intrigue – alors qu’il n’est jamais mêlé aux conséquences de celle-ci d’ailleurs – est un Deus Ex Machina qui manque lourdement de subtilité…). Ginger est une sauveuse parce qu’elle est sans jalousie, sans ambition, sans désir de possession… Elle est juste maladroite et, apparemment, amoureuse de Potter (elle l’exprime quand lui-même annonce qu’elle est à lui, et que ses amis ne peuvent pas prétendre danser avec elle).

Le film tente de mettre les enjeux de la Reine et de la rouquine en rivalité, mais si Ginger est amoureuse de Potter, la Reine ne veut que récupérer la Pierre. Si Ginger croit à la bonté des gens, La Reine n’en a que faire est n’est pas à convaincre… Oui, Ginger est une sauveuse… Parce qu’elle se sacrifie, et révèle la vraie personnalité de Potter. Donc, non, ce n’est toujours pas de Ginger dont il est question. Sa maladresse ne devient qu’utile lorsque la destruction du village est à son paroxysme. La Reine, Filaura, elle-même n’apprend rien, son amnésie l’amnistie de toutes conséquences…

Vous l’aurez compris, Ginger’s Tale ne m’aura pas convaincu, son esthétique traditionnelle engoncée dans une intrigue surannée, ses raccords parfois incohérents et ses musiques à peine divertissantes, ne font pas de ce film un réel compétiteur pour la sélection long-métrage.

 

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