⊗ Attention, cet article contient des spoilers sur l’intrigue.

L’animation chinoise revient sur le devant de la scène à Annecy avec La légende de Hei, réalisé par MTJJ (de son vrai nom Zhang Ping), d’après sa propre websérie, créée en 2011 et mise en ligne gratuitement sur YouTube, qui raconte la vie d’un démon-chat trouvé dans la rue par une petite fille. Avec ce projet de long-métrage, le réalisateur souhaite faire la lumière sur sa web série originale et attirer un nouveau public. Le film est sorti en septembre 2019 en Chine.

Suite à la destruction de sa forêt, Hei, un jeune démon-chat, est forcé de parcourir le monde à la recherche d’un nouvel abri. D’abord recueilli par une bande de démons et de gobelins, il est ensuite pris sous l’aile d’un maître ninja humain qui en fait son apprenti. Il va découvrir que son pouvoir est la convoitise de certains qui souhaitent l’utiliser afin de combattre les humains.

La légende de Hei
Hei prend parfois sa forme de démon-chat géant lorsqu’il est énervé.

À travers l’histoire d’apprentissage du jeune Hei, le film surfe sur la dichotomie entre démons et humains qui s’affrontent indirectement dans une lutte de l’espace et de la nature. Une thématique très populaire, à laquelle les films du studio Ghibli nous ont habitués. Mais ce qu’on croit être le propos principal du film n’est en réalité qu’un propos de fond, qui n’est là que pour porter les confrontations entre les différents groupes de personnages. Visiblement, cette thématique environnementale n’est même pas au départ le propre de la web série , ce qui expliquerait mieux le côté “rafistolage narratif” du film.

Par ailleurs, ce qu’on pourrait prendre pour un film tout mignon au premier abord est en réalité plutôt une histoire de combat et de pouvoir, à la narration très exigeante car particulièrement rythmée et foisonnante de détails.
Le pauvre Hei, qui n’est qu’un enfant, est la cible de mésententes entre la Guilde des démons et la bande de FengXi, qui le recueille au début du film. Il est ballotté de-ci de-là, manipulé par la bande de FengXi, puis kidnappé par WuXian, l’humain ninja qui a partie liée avec la Guilde des démons. Tout ce petit monde est au courant, on ne sait comment, que Hei cache en lui un pouvoir très puissant qu’il doit maîtriser et protéger.

Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, on en apprend plus sur les différents types de pouvoirs des démons, leurs capacités et leurs effets, mais tout est délivré tellement succinctement et rapidement que c’en est parfois très confusant.

La légende de Hei
Recueilli par la bande de FengXi, Hei découvre la joie d’avoir une famille.

De l’esthétique de la websérie, le film garde le chara-design ultra enfantin de Hei, mais les décors et le reste des personnages sont beaucoup plus grandioses et adaptés à un projet de long-métrage. Si l’animation est convaincante, aussi bien dans l’intégration des personnages au chara-design très manhwa dans des décors très naturalistes, que dans les scènes de baston au rythme effréné et superbement mises en scène, les fragilités narratives laissent un goût de déception.

Sans être un copié-collé de la web série, puisque le film exploite un autre arc narratif, on a le sentiment que le réalisateur veut délivrer bien trop d’informations en peu de temps, et ce de manière brouillonne. D’où vient Hei, quelle est son histoire, son passé ? Comment FengXi était-il au courant de la rareté du pouvoir de Hei ?

La légende de Hei
Hei devient peu à peu l’apprenti de WuXian qui lui apprend à maîtriser son pouvoir

Que ce soit en tant que long-métrage unique ou en tant que préquelle, le film s’appuie sur des bases narratives trop fragiles à mon sens pour délivrer une histoire cohérente et prenante.
Il aurait fallu soit que le film dure plus longtemps, mais c’eût été trop coûteux de ne pas respecter le format standard du film d’animation, soit qu’il se sépare de quelques personnages ou simplifie le propos. Les tensions entre groupes de protagonistes sont nombreuses et dispersées, ce qui n’arrange pas forcément la compréhension du film.

Globalement, l’esthétique et le rythme de La légende de Hei plaira au public, et notamment aux préados et ados qui sont friands de mangas et d’animés, mais je ne suis pas sûre qu’ils suivent le propos du film de bout en bout, tant les nœuds narratifs sont intriqués entre eux.

La légende de Hei
Une vue époustouflante sur le lieu où vit la Guilde des démons.

Aussi, un autre point m’a chiffonnée : lorsqu’il est question d’une thématique aussi actuelle et importante que la préservation de l’habitat des peuples de la forêt, qu’ils soient imaginaires ou réels, je trouve dommage que le sujet soit un simple prétexte au déploiement d’une histoire d’affrontements de clans entre démons ninjas aux pouvoir surpuissants.

À ce sujet, le personnage qui passe pour l’antagoniste de l’histoire est étonnamment celui qui tente véritablement d’agir pour sauver son espèce, et donc détruire les humains (même si sa méthode est loin d’être louable), quand le clan des “gentils” est complètement passif face à la situation. Ces derniers ont pour rôle de protéger les humains mais se contentent de maintenir un “équilibre” dans la cohabitation entre démons et humains.
Le film ne fait que survoler le propos écologique, malheureusement, et n’approfondit pas les enjeux intéressants qui auraient pu être développés entre les intérêts des démons et ceux des humains.

On retient donc du film surtout une technique et une animation en tous points maîtrisées : les mouvements de caméra, les éléments naturels, les effets spéciaux… tout est très beau à voir. Mais la narration manque de solidité pour que le visionnage soit tout à fait un plaisir.

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