(Attention : cette critique contient des spoilers !)

La Famille Addams nous surprendra toujours ! Après de multiples séries et films ainsi qu’une comédie musicale, la voilà qui fait un bond dans le futur, débarquant dans notre ère de l’immédiat connectique et du progrès technologique où tout évolue à cent à l’heure. Mais elle seule sait rester fidèle à ses valeurs (pour le meilleur, comme pour le pire…)

Que l’on soit adepte ou non des personnages que le cartooniste américain Charles Addams a croqués dans la presse pour la première fois en 1938, on ressort mitigé de la salle de cinéma. Le film possède de bonnes idées, autant scénaristiques que visuelles, mais le scénario manichéen donne un sentiment de trop plein et en même temps de pas assez. Explications.

La famille Addams - Credit: Metro Goldwyn Mayer Pictures © 2019 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

Invention d’une genèse et fidélité à l’œuvre originale

L’une des bonnes idées du film est d’élargir le champ contextuel lié aux Addams. Avec comme objectif de donner à voir du neuf autour de cette famille qui a déjà plus de 80 ans, les réalisateurs Conrad Vernon et Greg Tiernan donnent à voir une genèse des Addams en ajoutant des détails de leur invention : le film débute par la rencontre et le mariage de Morticia et Gomez, ainsi que l’emménagement dans leur célèbre manoir puis l’agrandissement de la famille avec l’arrivée de Mercredi et Pugsley. Et c’est avec plaisir que l’on redécouvre le quotidien de cette famille hors du commun, parsemée de multiples facettes macabres et humoristiques à la fois (Morticia se maquillant avec les cendres de ses parents au début du film donne tout de suite le ton !).

Tout aussi agréable est le respect à l’œuvre originale de Charles Addams, à travers le design des personnages, très expressifs et s’intégrant avec réussite dans leur environnement macabre. Malheureusement, ces points positifs ne sauvent pas la facilité du scénario…

La famille Addams - Credit: Metro Goldwyn Mayer Pictures © 2019 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

Où l’on se rend compte que cela ne suffit pas

Symboliquement, la Famille Addams telle qu’elle a été créée par Charles Addams a pour but de prendre le contrepied du milieu bourgeois des années trente, s’opposant au mode de vie bienséant et véhiculant par sa différence un certain humour qui provient de sa confrontation avec le reste du monde.

Le film d’animation reste donc purement dans cette tradition-là, puisque la Famille Addams se retrouve confrontée à une foule vindicative de voisins menée par Margaux Needler, une animatrice télé enragée qui cherche à tout prix à les déloger de leur manoir qui fait tâche au milieu du quartier résidentiel propret qu’elle a aménagé…

Métaphore de la surveillance des tiers à travers la plateforme « L’œil du voisin » et critique de l’uniformité, le scénario touche des problématiques actuelles mais le fait de manière si lourde et attendue que l’on se demande si l’équipe du film n’était pas en panne d’inspiration. La vilaine est pour le moins insipide et le contraste affiché entre le monde des Addams et celui du reste de la population du quartier par trop manichéen pour être digeste. Heureusement le point de non-retour n’est pas atteint et sauve quelque peu le parcours peu nuancé de Margaux Needler qui finit par s’engager dans une collaboration immobilière avec oncle Fétide.

La famille Addams - Credit: Metro Goldwyn Mayer Pictures © 2019 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

Un sentiment de déjà-vu ?

Le « film de monstres » se prête trop aisément au thème de la différence, et on l’a d’ailleurs notamment vu avec Hôtel Transylvanie en 2012. La longévité de la Famille Addams et les multiples contenus audiovisuels auxquels elle a été sujette a par ailleurs maintes fois permis d’explorer cette problématique universelle. C’est pourquoi le sentiment de déjà-vu est fort et la déception un peu trop grande de voir les réalisateurs tomber dans cette facilité, d’autant plus que l’intrigue est assez grossièrement ficelée et ne réserve que peu de surprises.

Là où la saga Hôtel Transylvanie a justement réussi à ramener la focale sur les problématiques internes à la famille de monstres, le souci de la Famille Addams réside sans doute dans l’ambition du scénario qui cherche à couvrir de multiples thématiques à la fois : tolérance de la différence, singularisation liée à l’adolescence (à travers le personnage de Mercredi), remise en cause du rite de passage à l’âge adulte (avec Pugsley et sa mazurka du sabre), communautarisme, conformisme… Cela sans les approfondir et en faisant de l’opposition entre monstres et humains le principal argument scénaristique, là où les problématiques internes à la famille auraient gagné à être davantage explorées.

La famille Addams - Credit: Metro Goldwyn Mayer Pictures © 2019 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

Aussi actuelle qu’elle puisse être, la problématique du film a de ce fait une saveur de réchauffé. Reste que l’humour est présent et fonctionne bien, de même que la version française qui fournit un doublage qualitatif notamment avec le travail de Kev Adams en Gomez et Alessandra Sublet en Margaux Needler, tous deux investis dans leur personnage.

Dans nos salles le 4 décembre, ce nouveau remake qui manque donc d’originalité trouvera malgré tout son public grâce au message universel qu’il transmet, en dépit de sa lourdeur. En espérant que La Famille Addams 2, déjà annoncé pour l’année 2021, sorte davantage du lot.

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