Difficile de parler d’Hôtel Transylvanie sans aborder les nombreuses péripéties qui ont émaillé son élaboration, lesquelles ont duré plus de 5 ans et ont épuisé nombre d’artistes et de réalisateurs avant que Genndy Tartakovsky n’entre dans la danse, et ce pour notre plus grand plaisir. Mais tout d’abord un pitch bienvenu :

Le comte Dracula, propriétaire de l’hôtel Transylvanie, centre de villégiature cinq étoiles pour monstres uniquement (et garanti sans humains depuis 1898), invite certains des monstres les plus célèbres (tel que la créature de Frankenstein, le loup-garou, l’homme invisible, ou bien la momie) pour fêter le 118e anniversaire de sa fille, Mavis. Pourtant, il s’avère que Jonathan, un jeune humain jovial aux cheveux roux et voyageur ordinaire, débarque de façon inattendue à l’hôtel…

Car c’est avec un grand handicap que le dernier réalisateur en date est arrivé sur la préparation du film. Une histoire un peu rapiécée, des designs verrouillés, des story artists sur les dents qui ne savent plus quoi faire et terrifiés à l’idée de ressasser une idée déjà exploitée, tout cela constituait tout autant une opportunité qu’un piège parfait pour notre novice du grand écran.

Car Tartakovsky part avec quelques autres premières de son côté : première gestion d’un film en images de synthèse, d’une équipe de long-métrage, d’un rythme autrement différent de la série télévisée… Il rejoint en cela un autre nouveau venu, Chris Moore, ayant eu affaire aux mêmes affres lors des Mondes de Ralph.

La question qui se pose dès lors est : le film est-il bon ? A ma grande surprise, oui. Impossible bien sûr de nier ses défauts, tels qu’une histoire assez convenue, une narration un brin décousue, des chansons gratuites, quelques blagues de pets d’un certain goût et des designs hétéroclites parfois malheureux et des graphismes que les esthètes de la nouveauté trouveront loin d’être au niveau, mais ce n’est qu’une bagatelle face aux points forts du film.

En premier lieu cette réalisation folle de Tartakovsky qui a réussi à rendre dynamique les enchaînements des évènements tout en cachant dans certaines séquences des modèles de mise en scène que je n’avais plus vu depuis… eh bien depuis sa dernière série, la méconnue et méprisée Sym-Bionic Titan !

Et la force de Tartakovsky ne s’arrête pas là puisque même dans les séquences les plus faibles celui-ci donne de sa personne en changeant de point de vue et en variant la mise en scène pour garder un point de vue frais et vivifiant.

Ce souffle aussi épique que cartoonesque ne traverse d’ailleurs jamais aussi bien l’écran et ne transcende jamais autant la mise en scène que lorsque Dracula s’approprie le cadre. Personnage au design à la limite de l’abstraction, cette version du célèbre vampire est animée à la perfection et incarne l’idéal d’animation du réalisateur : des déformations plus exagérées, une gestion du flou plus minutieuse et des poses dynamiques qui rappellent à la fois ses précédents efforts et un style d’animation que l’on croyait mort et enterré, celui des premiers cartoons où l’outrance et l’élasticité étaient reine (on retrouvait de cette thématique dans le non moins célèbre Qui veut la peau de Roger Rabbit) !

L’histoire tire heureusement parti de ses personnages les plus soignés, se resserrant sur les rapports conflictuels entre Dracula et sa fille Mavis afin de boucler Hôtel Transylvanie sur une résolution satisfaisante. Malgré le manque d’épaisseur accordé par le scénario aux personnages secondaires, certaines séquences leur étant attribués tapent dans le mille, comme Wayne le loup-garou dépassé par ses enfants ou le cuisinier Quasimodo qui n’a quasiment aucune utilité dans l’histoire, mais devient un temps le protagoniste d’une course-poursuite fort bien troussée.

Deux derniers points techniques à aborder : la stéréoscopie est très efficace, comme c’est assez souvent le cas pour un film d’animation et le casting de voix françaises qui était loin de partir gagnant à mes yeux (enfin surtout mes oreilles).

Si la prestation d’Alex Goude est correcte, Virginie Effira s’avère posséder un timbre trop grave pour la jeunesse de Mavis (doublée par la bien plus jeune Selena Gomez dans la version originale, ndlr) mais celui qui emporte le morceau reste le doubleur de Dracula, Serge Faliu, voix officielle d’Adam Sandler, qui a fait un travail remarquable !

Au final, malgré ses défauts dus en grande partie au cursus d’Hôtel Transylvanie avant que Tartakovsky ne débarque et mette un peu d’ordre, Hôtel Transylvanie est en soi un petit miracle : qu’une genèse aussi tumultueuse ait donné un film tout à fait regardable, transcendé même par le talent encore trop méconnu d’un réalisateur dont on attend désormais qu’une seule chose : un film qu’il pourra gérer de A à Z afin de prouver au public l’étendue de sa maîtrise du médium.

Cher Genndy, on attend ton prochain long-métrage avec une grande impatience, le rendez-vous est pris !

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