Récompensé dans la catégorie Contrechamp pour Annecy 2020, My Favorite War est réalisé par Ilze Burkovska Jacobsen. Le film alterne l’animation d’éléments découpés (le graphisme est signé Laima Puntule et Harijs Grundmanis) et prises de vues réelles des témoignages de la réalisatrice et de son entourage. Nous assistons avec fascination au ballet des souvenirs en marionnettes de son enfance, de ses peurs et de sa personnalité politique qui grandit envers et contre tout.

My Favorite War

 

Voici l’histoire personnelle de la réalisatrice, Ilze, qui a grandi en Lettonie (URSS) au cours de la Guerre froide. Elle retrace le passage à l’âge adulte d’une individu qui décide d’échapper au conditionnement exercé par un régime autoritaire et puissant. Le film, pacifiste, souligne à quel point il est important que la liberté individuelle soit considérée comme un droit fondamental dans une société démocratique.

Quelle est votre guerre préférée ? Ilze en a une : la Seconde Guerre Mondiale. Où les communistes sont les gentils, où elle pourrait être soldat ou infirmière. Ilze vit en Lettonie, un petit pays ravagé par la seconde guerre mondiale et fédéré à l’URSS. Elle y grandit avec des récits de résistances face aux nazis, de l’indépendance comme un bien précieux. Son père, lui, est un membre du Parti Communiste. Ce qui leur confère tout le bonheur du monde, après tout, elle vit sur « sa petite planète verte » à la campagne chez ses grands-parents.

Mais la jeune fille discerne, dans les silences tendus, de grands affrontements politiques et familiaux. Elle sait qu’il y a des choses dont on ne parle pas : La politique de papa, le regard de la famille, le passé de grand-père, les barbelés de la plage… Quand son père meurt dans un accident de voiture, le silence et les interdits prennent encore plus de place. On ne parle pas des files d’attentes pour faire les courses, des rations de beurre, des os dans les bacs à sable, du travail de maman… Sauf qu’Ilze veut parler, veut montrer, veut comprendre. Elle intègre donc les Pionniers, la jeunesse communiste. Car c’est le seul moyen qu’elle a de devenir journaliste. De faire entendre sa voix. Il lui faudra rentrer dans le rang, pour se sentir libre.

My Favorite War

My Favorite War ressemble à un album souvenir, aux flash-backs prédécoupés de sépia, de nuances de gris, le film fait défiler les dates-clés de la biographie de son enfance. Ce documentaire en saccade nous confirme que le témoignage est le plus essentiel de tous les discours historiques. Et pas seulement le sien, celui de sa meilleure amie Ilga fait état d’un autre type de censure, d’un autre type de douleur. Pourtant, il n’y a aucune violence dans le film, si ce n’est la brutalité d’une oppression anxiogène, l’omniprésence de fantômes à idolâtrer ou à effacer…

Les épisodes s’enchaînent, tout semble parfaitement coordonné. C’est une chorégraphie où les rubans dans ses cheveux flottent au même rythme que les pas de sa mère dans la neige, que les sons qui piétinent le bitume devant les portraits des combattants lettons, que les coups de feu des pionniers s’entraînant aux cibles, que les jouets de son petit-frère tombant au sol, que les chants communistes… Notre malaise se confond avec sa tristesse, sa peur avec notre émotion pudique. Souvent, on retient notre respiration, tandis que le souffle paniquée de la petite fille aux couettes légères, aux yeux si noirs, nous compresse le cœur. Ce n’est pas si loin de nous. Et il ne faut jamais céder, semble nous dire les regards des photographies qui soutiennent les voix de la narration.

My Favorite War
« J’ai dû faire un choix à ce moment-là : qui est-ce que je veux devenir et en quoi est-ce que je crois ? Les mêmes questions que les jeunes générations se posent aujourd’hui ». Ilze B. Jacobsen, son personnage et son enfance.

La guerre préférée d’Ilze, c’est la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci s’est arrêtée le jour où elle a pu poser les pieds sur cette plage qui, enfant, lui était interdite. De l’eau jusqu’aux chevilles, elle voit ses enfants libres courir sur le sable, elle a gagné, pour sa mère, pour son père, pour sa vie.

 

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