Critique – Nahuel and the Magic Book


Premier long-métrage de German Acuña, Nahuel and the Magic Book continue la tendance générale d’une émergence de l’animation 2D dans les différents pays d’Amérique Latine, et c’est du Chili et du Brésil que vient cette histoire fantastique où un jeune garçon doit trouver le courage pour sauver sa petite ville côtière d’une menace surnaturelle.

Nahuel vit avec son père dans une ville de pêcheurs, pourtant la mer lui inspire une peur profonde. Un jour, il trouve un livre magique qui semble être la solution à son problème. Mais un vilain sorcier, à la recherche de l’ouvrage, capture son père. Pour Nahuel, c’est le début d’une aventure au cours de laquelle il va devoir délivrer son père et surmonter ses craintes.

Nahuel est peureux. Nahuel a du mal à communiquer avec son père toujours affecté par la mort de sa femme en couches. Nahuel casse des œufs. Nahuel vole un livre magique. Nahuel rencontre bien une dizaine de personnages plus intéressants que lui, évoluant dans un univers bien plus grand que lui. La question qui se pose alors est : pourquoi diable a-t-on affaire à un long-métrage ? Il y a dans ce film tous les ingrédients pour une série animée de qualité, depuis les mystères rampants derrière les arbres de l’île jusqu’au méchant Kalku, enveloppé de corbeaux et décidé à arriver à ses fins.

Si de nombreuses personnes citent Souvenirs de Gravity Falls comme référence à ce film (qui lui emprunte un certain nombre de signes et de références esthétiques), c’est clairement l’impression de regarder un imparfait long-métrage Cartoon Saloon qui domine : Là où les personnages des films de Tomm Moore et Nora Twomey apprennent de leurs erreurs et changent la course de leur évolution au milieu du film, il faut ici attendre la toute fin de Nahuel and the Magic Book pour que le héros daigne embrasser ses peurs et trouver le courage nécessaire pour mettre fin à tout ça.

Entre temps, difficile de ne pas être en accord avec les nombreux personnages secondaires, qui lui disent tous plus ou moins poliment qu’il est bête et indiscipliné, car c’est tout à fait le cas, et le fait qu’il soit le fil conducteur rend la domination des personnages secondaires encore plus importante, alors qu’eux-même pâtissent de cette forme du long-métrage et son affreusement survolés, rendant les différentes péripéties encore plus vides de sens puisqu’on se sent systématiquement plus concerné par ce qui peut leur arriver. Ainsi les trames narratives de la jeune Fresia, de Ruende le chien parlant, de Voladora/Raiquen restent à peine esquissées, apparaissent et disparaissent arbitrairement et se résolvent parce que l’histoire doit se finir.

Pourtant, Nahuel and the Magic Book ne manque ni de cœur ni de muscle, possédant ce qu’il faut pour résonner thématiquement, et l’animation produite par Punkrobot Studio et Red Animation est très jolie, l’esthétique générale est attrayante avec un univers visuel empruntant certes un peu à droite et à gauche mais finissant par créer une émulsion somme toute plaisante. Clairement maltraité par son fond à cause d’un scénario qui veut imbriquer trop d’éléments en un temps limité tout en se concentrant sur un personnage qui aurait pu, et de très loin, ne pas être le point central, German Acuña se tire une balle dans le pied.

Une erreur typique des premiers longs métrages, mais qui donne bon espoir car il est encore temps de donner à cet univers un format qui lui permettrait d’être exploré à sa juste mesure : une série télévisée, ou d’autres films suivant d’autres personnages. Si au final Nahuel and the Magic Book se révèle décevant dans ses choix narratifs, le potentiel évoqué ne laisse pas indifférent et encourage à la persévérance, d’autant plus lorsque tant de points positifs sont déjà présents.

Je ne souhaite que du bien aux prochains projet de German Acuña et de ses équipes, qui prouvent qu’il sait faire un long-métrage d’animation 2D avec compétence. Du coup, pour la prochaine fois, un grand film ?



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