Présent dans la sélection officielle de cette édition du festival d’Annecy, 7 jours, réalisé par Yuta Murano cristallise les attentes. Le film sera distribué par Eurozoom dans nos salles et au vu de la qualité du film, on espère avoir rapidement sa date de sortie officielle :

Aya s’apprête à fêter ses 17 ans avec la mauvaise nouvelle d’un déménagement, imposé par son père, loin de ses amis. Heureusement, son voisin Mamoru lui propose une escapade avant l’inévitable séparation qui se profile. Rejoints par 4 autres camarades, les voilà parti à l’aventure, pour quelques jours volés à la vigilance des adultes, dans une mine abandonnée des environs.

Après avoir fait ses armes en tant que storyboardeur et réalisateur sur des séries animées, Yuuta Murano s’attaque pour son premier long-métrage à un objet culturel fort en adaptant le roman éponyme d’Osamu Soda, ce qui fu déjà le cas en live en 1988. J’ai eu la chance de pouvoir aborder avec lui la problématique d’une telle re-création et son impact dans l’écriture, ainsi que l’importance d’un tel film dans les temps mouvementés que nous traversons. En espérant que cette interview garde vos radars en éveil lors de la sortie de 7 jours en salles, car il mérite tout votre soutien. Enjoy !

Comment avez-vous abordé le projet avec l’existence du roman très populaire et du film des années 80 ?

Yuta Murano : En ramenant cette thématique datant de plus de 30 ans à notre présent, la mission la plus importante pour nous était de la reproduire non pas comme une forme de revival de cette époque et donc s’appuyer sur sa popularité antérieure, mais de l’aborder comme un film qui contient une signification réellement contemporaine. Pour ce faire, nous avons dû procéder à de grands changements dans les décors et les personnages, mais nous n’avons jamais modifié l’esprit même de l’œuvre, pour laquelle nous avons le plus grand respect et que nous tenions à honorer. En d’autres termes, le message est le suivant : “Les enfants, soyez libres, ne vous laissez pas emporter par les facilités des adultes et de la société.” C’est un problème qui ne s’est jamais résolu, même à notre époque. Ce fut la difficulté principale du projet et son plus grand défi.

J’ai pu lire dans une interview que vous avez échangé avec un panel de lycéens pour concevoir ce nouveau film. Comment avez vous travaillé avec le scénariste Ichirô Ôkouchi pour introduire leur ressenti à l’histoire ?

Y.M. : Avant que M. Ohkouchi et moi n’interviewions les lycéens, nous avions tous deux convenu que les personnages soient mis en scène de manière sérieuse et dramatique car nous avions estimé que cela rendrait le film plus beau, plus attrayant. Cependant, après les entretiens, nous avons réalisé que cette volonté était encore éloignée de la réalité de ces lycéens et lycéennes. Comme nous voulions qu’ils ressentent que c’est LEUR histoire, nous avons redéfini le champs des possibles quant à la réalité de ce que les vrais adolescents peuvent mettre en action, et de fait limité les éléments plus fantaisistes à leur plus strict minimum.

7 jours, réalisé par Yuuta Murano
©2019 Osamu Souda, KADOKAWA/Seven Days War Partners

Quel arc narratif de personnage vous a servi en premier à élaborer la trame générale de l’histoire ? Est-ce que cela a évolué en cours de création ? 

Y.M. : Nous avons commencé à construire l’histoire en nous concentrant sur le personnage principal qu’est Mamoru Suzuhara. Son histoire est restée constante du début à la fin de la production, ce qui n’est pas le cas des rôles des six autres jeunes. Certains enfants ne correspondant pas au thème de l’histoire ont disparu en cours de route, tandis que d’autres ont été ajoutés. Nous avons testé beaucoup de combinaisons avant d’atteindre l’équilibre souhaité dans le film, pour qu’il prenne sa forme actuelle, et cela a pris la plupart du temps de la production du film.

Quelle est l’histoire qui vous a touché le plus ? 

Y.M. :  Il s’agit de la relation entre l’héroïne Aya et son père. Au début du film, elle a trop peur de croiser le regard de son père. Mais à la fin elle est capable de lui tenir tête et de lui répondre avec calme et distance, l’amenant à cesser son entêtement et à s’adoucir. Bien qu’il s’agisse d’une délicate évolution qui n’est pas du tout dramatique, je pense que ce sont ces petites évolutions, ces petites victoires de la vie quotidienne qui sont les moments les plus heureux et appréciables.

Le film possède des thématiques modernes : l’homosexualité, l’immigration, le harcèlement scolaire. Avez-vous eu des retours du public après les différentes séances ? 

Y.M. :  Nous avons reçu des messages de certaines jeunes femmes homosexuelles. Elles semblaient satisfaites de la détermination de l’héroïne dans le film et du fait que ce sujet soit traité sérieusement, et non juste comme un moyen de divertissement. Au Japon, la compréhension des personnes gays est encore faible. L’homosexualité n’était pas le thème principal de 7 jours, mais nous sommes très heureux de pouvoir encourager les jeunes qui ont les mêmes soucis que les personnages du film. Vous savez, nous avons fait ce film dans l’espoir qu’il aide les jeunes à s’affirmer sur tous les plans.

7 jours, réalisé par Yuuta Murano
©2019 Osamu Souda, KADOKAWA/Seven Days War Partners

Est-ce que l’impact que le film a eu est en accord avec votre intention de départ ? 

Y.M. :  Il est toujours difficile de prévoir la réaction du public. Cependant, j’ai été heureux d’entendre que le film ait été capable gagner plus de sympathie de la part des adultes que le roman original et le film live à l’époque. Cette nouvelle version de 7 jours prend également en considération la situation des adultes. Je veux dire, c’est cette génération représentée par ces enfants encouragés par le roman original et le film live et qui sont désormais dans cette position trente ans plus tard. Ils pourrait trouver très triste de savoir qu’ils sont maintenant en position d’être dépeints comme des ennemis. Le schéma de base des enfants contre les adultes a été hérité des œuvres précédentes, mais je pense que le contenu de ce nouveau film a la capacité de donner beaucoup de courage et d’espoir, et ce même aux adultes.

Est-ce que l’identité graphique semi-réaliste du film a été conditionnée par le fait qu’il succède à un film live, cela a-t-il influencé le très beau character design ? 

Y.M. :  Le précédent film live, Seven days war, a eu un grand impact sur notre film. Bien qu’il y ait une différence dans la méthode de présentation entre live et animation, nous voulions faire de ce film un véritable successeur du film live. Par exemple pour obtenir un arrière-plan réaliste, nous avons généré la mine de charbon en images de synthèse avec les mêmes détails que l’ancien bâtiment. La mine de charbon pourrait être considérée comme le huitième protagoniste de ce film après les sept jeunes. De plus, comme l’héroïne du film original fait une apparition dans le nôtre, son character design a été basé sur les traits de l’actrice Rie Miyazawa.

Tous nos remerciements à Sabrina de l’équipe Eurozoom pour sa patience et son organisation de l’interview.

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