De retour à Annecy après The Fake en 2014, Sang-ho Yeon nous dévoile ici un film qu’il préparait depuis 2006, et en profite pour donner sa vision du film de zombie, tout aussi sociale et dénonciatrice que celle de George A Romero.

Les sous-sols de la ville de la ville de Séoul cachent de terribles créatures : des zombies qui s’attaquent aux sans-abris avant de rejoindre la surface et de menacer le reste de la population. Des rescapés tentent de survivre comme ils le peuvent. Les affrontements sont sanglants.

Celles et ceux qui connaissent le réalisateur sud-coréen vous parleront de son appétit pour les situations absurdes et les retournements brutaux, souvent ironiques, un fond assez noir plutôt entaché par une technique très limite, des textures parfois laides et une synchronisation labiale assez légère. On retrouve tout ça dans Séoul Station, mais dans des proportions plus faibles, et le film, d’une durée raisonnable d’une heure quarante, possède un rythme plus resserré que son précédent.

Seon plonge donc la tête la première dans les tropes de ce genre de film, sans pour autant renier ses revendications et ses critiques de la société sud-coréenne : il évoque pèle-mêle la ségrégation sociale, l’état policier, l’urbanisation galopante, l’individualisme poussé à son paroxysme…

L’isolation dans laquelle les personnages sont retranchés et comment cette lutte invisible de chacun contre chacun explose au grand jour après un premier tiers ubuesque où un sans-abri simplet tente de sauver un vieillard malade et agonisant : chassé de toutes part, il ne pourra rien y faire, devenant par la même la toute première victime.

Mais rassurez-vous, le reste des personnages est tout aussi gratiné, poussé à bout par la situation extrême à laquelle ils font face, depuis l’ex-prostituée remise de force sur trottoir par son petit ami en manque d’argent jusqu’au père de cette dernière, prêt à tout pour la retrouver, y compris l’usage d’une extrême violence.

Il est intéressant de constater qu’arrivé aux deux tiers du film, Yeon n’ait pas plus subverti les clichés horrifiques de son film, empilant avec plus ou moins d’efficacité les personnages secondaires sacrifiables et les situations incontournables avant de retourner le film via une ultime péripétie.

Cette torsion complète concentre l’action sur nos trois protagonistes, piégés au sein d’un jeu de massacre se déroulant dans des appartements témoins du futur centre urbain. Cet ultime retournement, assez jouissif, fait basculer Seoul Station dans un autre genre, lui autorisant un revisionnage qui peut être le bienvenu.

Et c’est chaque petit moment, chaque morceau de dialogue inscrit en creux que l’on retourne dans son crâne afin de chercher à quel moment l’on s’est élégamment fait enfumer par le réalisateur. Il est d’ailleurs possible qu’une partie du public n’accepte pas le procédé, mais il est impossible de nier son efficacité lorsque se déroule le générique de fin. Très occupé, Yeon a également réalisé une « suite » live à Seoul Station, Dernier train pour Busan, et il sera intéressant de comparer ses usages des deux médiums.

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