Après avoir découvert les deux premiers épisodes de The Ghost in the Shell durant le Festival International du Film d’animation d’Annecy, une conversation avec son réalisateur s’imposait !
Nous sommes en 2029. Dans un Japon du futur proche, où le monde est devenu extrêmement axé sur l’information, un vaste réseau d’entreprises recouvre la planète, traversé par des flux d’électrons et de lumière. Mais les États-nations et les groupes ethniques subsistent encore. Motoko Kusanagi, un cyborg intégral, dirige une unité de combat d’élite dont fait partie Batou. Tout en commandant son équipe, Kusanagi envisage la création d’une force d’intervention spécialisée chargée de mener des frappes préventives contre les menaces émergentes…

Touma Kimura, aussi appelé Mokochan, a commencé chez Science Saru sur la série Devilman: Crybaby au poste d’animateur clé. Passé storyboardeur sur The Heike Story de Naoko Yamada et Tatami Time Machine Blues de Shingo Natsume, il arrive au poste de réalisateur d’épisode sur la série DanDaDan avant de passer à celui de réalisateur de série avec The Ghost in The Shell.
Science Saru est reconnu pour soutenir les réalisateurs et artistes aux forts points de vue, tels que M. Masaaki Yuasa, Mme Naoko Yamada, M. Abel Gongora ou encore M. Yamashiro Fuga. Autant de personnes avec qui vous avez travaillé et qui ont pu influer sur votre perception du poste de réalisateur, sur vos méthodes de réalisation ?
Mokochan : J’ai appris énormément de choses à leur contact. Des méthodologies techniques très concrètes, bien sûr, mais aussi des aspects plus mentaux et psychologiques sur le virus de la réalisation, comme on l’appelait tout à l’heure. C’est un sujet si vaste qu’il me faudrait un angle plus précis pour développer.
Justement, pour aborder cet aspect : en regardant les deux premiers épisodes, j’ai ressenti une texture très « cinématographique », au sens noble du terme. On sent que vous n’êtes pas quelqu’un qui a étudié uniquement l’animation, mais que vous portez une réflexion sur le cinéma dans sa globalité. Au-delà de l’animation — que vous créez, réalisez et supervisez —, quelle est votre vision du rôle de réalisateur et que doit-il accomplir ?
Mokochan : C’est tout à fait vrai. Personnellement, j’adore l’animation, mais je ne me limite pas à ça ; j’aime les images et la vidéo au sens large. Cela va des films de fiction en prise de vues réelles jusqu’aux vidéos sur YouTube. J’aime tout ce qui est en mouvement.
En ce sens, des créateurs comme Yuasa-san, Yamashiro-san, Yamada-san ou Abel-san ne s’intéressent pas non plus uniquement à l’animation, mais aussi à la peinture par exemple. Ils puisent leur inspiration et nourrissent leur curiosité dans des œuvres visuelles très diverses, et j’ai été profondément influencé par ces quatre personnes.
En regardant les épisodes 1 et 2, j’ai aussi été très impressionné et surpris par la gestion de la musique, qui est très éclectique et différente de ce qu’on voit d’habitude. On sent une culture musicale très profonde. Quelle était votre approche pour la création musicale de cette œuvre ?
Mokochan : C’est une remarque très fine. J’aime énormément la musique. Sans prétendre être un expert absolu, c’est une de mes passions, et j’ai accordé un soin tout particulier à la production musicale. Plus concrètement, mon objectif pour ce projet était de pousser au maximum la recherche sur ce que l’association de la musique et de l’image peut exprimer.

Pour moi, le tout premier anime japonais que j’ai vu dans ma jeunesse était le film Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, sorti en 1995. Ce fut un immense choc qui m’a marqué à vie. Ce n’est qu’après que j’ai découvert le manga original. Voir cette œuvre réadaptée aujourd’hui, en 2026, avec une approche qui revient précisément aux sources du manga tout en y apportant un regard neuf, je trouve cela extrêmement poétique.
Mokochan : Merci beaucoup, cela me fait très plaisir.
J’ai un peu fait mes devoirs avant de voir ces nouveaux épisodes et j’ai été surpris de redécouvrir les pages en couleur dans le manga original, qui sont finalement aussi un indicateur de l’époque où elle a été publiée.
Mokochan : C’est vrai ! Cela fait si longtemps que j’ai lu le manga que j’avais oublié ce détail, mais c’est exact.
J’ai aussi été très impressionné et surpris par l’utilisation des couleurs, leur saturation… l’usage qu’il en est fait dans ces deux premiers épisodes est incroyable, et je tenais absolument à vous féliciter pour ce travail magnifique.
Mokochan : Le mérite ne me revient pas tout entier. Ces couleurs sont le fruit d’un long travail de recherche et de collaboration avec l’équipe chargée du color script, le color designer, ainsi que l’équipe des décors. C’est une création collective née de nombreux essais et erreurs. En tant que réalisateur, mon rôle a été de superviser et d’harmoniser le tout, alors savoir que le résultat vous plaît me soulage énormément.

Une autre chose que j’ai adorée, c’est la dimension humaine des personnages. Ils sont compétents, mais imparfaits, parfois un peu stupides, ce qui les rend très humains. Les précédentes adaptations animées étaient d’une qualité exceptionnelle, et je ne remets pas du tout cela en question mais l’univers du cyberpunk a souvent tendance à dépeindre des personnages froids et détachés. Ici, retrouver cette chaleur humaine et ces relations plus vivantes, fidèles à l’équilibre du manga, j’ai trouvé ça plus touchant.
Mokochan : Merci beaucoup. Pour ce qui est d’insuffler cette humanité aux personnages… Je crois que j’ai voulu préserver une forme de « température corporelle », de chaleur. Évidemment, ce sont des cyborgs, donc sur le plan purement technique, on ne sait pas s’ils ont une température physique, mais c’est un ressenti. Et comme nous le disions à l’instant, il y a un lien étroit entre la couleur et la chaleur humaine. À travers les couleurs, on ne transmet pas seulement du chaud ou du froid, on fait passer des émotions subtiles qui permettent de ressentir cette vitalité.
Finalement, j’ai l’impression d’être venu aujourd’hui pour vous partager mon enthousiasme de spectateur plutôt que pour vous interviewer ! Mais j’ai ressenti une telle joie en découvrant ces images ; c’était exactement ce que j’avais besoin de voir en ce moment. Constater que les ambitions artistiques et techniques, le fond et la forme se répondent si parfaitement et que les intentions de l’équipe transparaissent si bien à l’écran, c’est extrêmement gratifiant. Je tenais absolument à partager ce sentiment avec vous.
Mokochan : Je vous en suis sincèrement reconnaissant. C’est la toute première fois que nous montrons ces épisodes à un public extérieur à l’équipe de production. Découvrir les réactions chaleureuses des spectateurs après tant de travail en studio est un immense soulagement pour moi.
Tous mes remerciements à Aurélie Lebrun et Emmanuelle Verniquet de Games of Com pour l’organisation de cet entretien ainsi qu’à Shoko Takahashi pour la traduction.
La diffusion mondiale de The Ghost in the Shell débute le 7 juillet 2026 sur Prime Vidéo.