Bigfoot Junior, sorti il y a deux ans, avait été un beau succès qui a motivé le studio belge nWave à remettre le couvert avec cette Bigfoot Family sélectionnée en compétition au Festival international du film d’animation d’Annecy 2020. La plateforme en ligne ne possédant que des extraits, nous remercions le distributeur Apollo Films de l’accès à l’intégralité du film pour vous en écrire une critique étendue !

Depuis son retour en ville, Bigfoot est devenu la star des médias. Au grand dam de son fils Adam qui rêvait d’une vie de famille paisible. L’adolescent essaye de dompter les incroyables pouvoirs hérités de son père et trouve réconfort auprès de la folle ménagerie abritée sous son toit. Lorsque Bigfoot est alerté par des militants écolos, il s’envole pour l’Alaska, bien décidé à combattre les méfaits de la société pétrolière X-Trakt. Quelques jours plus tard, le monde entier est sous le choc : l’aventurier velu a disparu. Le sang d’Adam ne fait qu’un tour. Cap sur le Grand Nord avec sa mère Shelly, Trapper un raton-laveur intrépide et Wilbur l’ours maladroit, pour retrouver son super-papa…

Ben Stassen et Jérémie Degruson sont donc de retour pour cette suite (la première depuis Sammy 2 en 2011) et décident de résister à la tentation de refaire l’histoire de Bigfoot Junior et de prendre une direction plus en phase avec les préoccupations actuelles en faisant du père nouvellement trouvé un être en pleine crise de conscience. Évitant les pièges du branding personnel, il choisit le militantisme écologique et repart en Alaska au grand dam de son fils qui l’avait à peine retrouvé. Bien qu’Adam reste l’un des point focaux de l’action, c’est un film à trois points de vue qui se déploie entre le père, le fils et la mère de cette famille pas comme les autres, avec comme risque de se retrouver à traiter les arcs narratifs de chacun de manière un peu trop superficielle.

Bigfoot Family
Ces deux personnages auraient mérité plus d’exposition.

Les thématiques sont pourtant bien présentes, entre la critique de l’emballement médiatique, l’usage des nouveaux médias et la propagation du militantisme via ceux-ci, Bigfoot Family s’inscrit dans une actualité qui résonne avec le public, mais oublie en route qu’il faut tout de même travailler leur inclusion au sein de la progression dramatique, ici résumée à un double compte à rebours très hollywoodien. C’est d’autant plus dommage que certains personnages secondaires existent au sein du film et auraient pu permettre un vrai développement des modes de protestation, du greenwashing et même du principe du lancement d’alerte.

Hélas les préoccupations de Stassen et Degruson sont plus de l’ordre de la toile de fond séduisante pour impressionner le public grâce aux magnifiques paysages de Rocky Valley, jouant le tableau de la préservation de la nature pour mettre le public du côté de notre famille et l’accompagner dans une course poursuite certes dynamique mais obéissant à un registre plus grossier.

En résulte là aussi un sacrifice des antagonistes, qui auraient pu gagner en roublardise et ainsi montrer la banalité du mal de ces capitaine d’industrie perfusés au profit. Passé cette déception, et une fois que l’on prend Bigfoot Family pour ce qu’il est – à savoir une comédie d’aventure familiale écologique – le contrat est plus que rempli : entre les malheurs adolescents d’Adam dont l’âge ingrat est loin d’être achevé et la maladresse du père, c’est vraiment la mère, Shelly, qui fait preuve d’un flegme à toute épreuve dans ce voyage vers l’Alaska.

Bigfoot Family
Entre Adam et Jake, c’est Shelly qui gère.

Esthétiquement, le dernier-né du studio nWave est superbe. Le rendu n’a jamais été aussi qualitatif, la photographie fait un excellent travail pour mettre en valeurs les lieux et les personnages, les textures sont au niveau et la mise en scène bénéficie de beaux et amples mouvements de caméra qui sont parfois un peu trop présent. Cette dernière remarque est à mettre en lien avec cette absolue nécessité de garder un certain rythme dans ce type de production mainstream, ce que le studio belge a du mal à maîtriser depuis ses débuts, et ce pour une simple raison :  venant du milieu du parc d’attraction, il y a cette perpétuelle tentation de laisser la caméra être la tête d’un grand huit et prendre les commandes.

Le bon côté, c’est que les séquences d’actions sont dynamiques et le mauvais c’est que le reste des scènes, notamment celles qui explorent l’intimité des personnages en pâtissent forcément car on ressent bien que l’intérêt des équipes se trouve plus dans le fait de raccorder les séquences dites spectaculaires entre elles. De même, l’omniprésence et le systématisme de la musique (issue, comme pour l’original, d’une collaboration avec le groupe de musique pop Puggy) pour forcer un sentiment particulier est un peu fatigant car peu subtil.

Une fois ces considérations acceptées et le film pris pour ce qu’il est, on fait forcément preuve de plus de mansuétude. Pourtant, nWave pourrait… non, nWave se doit de faire mieux que ça vu les moyens qu’ils ont entre leurs mains, et espérons que le prochain film de cette franchise Bigfoot prenne les évocations thématiques à bras le corps pour enfin parler du monde. C’est possible, et c’est ça qui fera la différence bien après la séance de cinéma.

Bigfoot Family sort le 5 août dans les salles.

 

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