Critique – Les espiègles


Les espiègles est une anthologie distribuée par Cinéma Public Films afin de faire découvrir l’animation en stop-motion lettone.

Cette dernière est portée par le Studio AB (non, pas ceux-là !) depuis les années 60 ce qui a contribué à installer la Lettonie dans le domaine de l’animation image par image. Au sein de cette anthologie, on peut dégager deux tonalités différentes pour la thématique de la Nature : la première plus champêtre et légère avec Au temps des moissons et Les espiègles, ensuite la seconde traitant de l’impact de la modernité pour Le garde forestier et les hérissons en ville.

Au temps des moissons – 13 mn – 2003 – Janis Cimermanis

L’histoire nous invite à entrer au cœur de l’ambiance festive d’une ferme à l’occasion de l’arrivée dans le village d’une invitée spéciale : la batteuse à foin. On voit alors humains et animaux s’agiter autour de cet événement.

L’introduction se fait par le biais d’une voix off déclamant les actions de chacun, une preuve s’il en est de l’amour du réalisateur pour la poésie. Malgré la bonne humeur de la déclamation, ce passage au rythme languissant m’a paru une éternité, même si je conçois tout à fait son utilité pédagogique sur le jeune public. Le chara-design des fermiers nous ramène vers un trait proche de Sempé et cette rondeur donne une cohérence appréciable à l’univers. Le défi technique est relevé haut la main car on devine la quantité de travail nécessaire à animer chaque recoin de la ferme, notamment la tablée de petites souris en plein repas.

Les espiègles – 9 minutes – 1973 – Janis Cimermanis

Peter, le petit garçon de la ferme, décide d’embêter tout son petit monde mais rassurez vous : tout finit bien !

Contrairement Au temps des moissons centré sur une ambiance bucolique, l’histoire est rythmée par les différentes blagues du garnement, un peu à l’image d’un comic strip. On retrouve le visuel tout en rondeurs des personnages du court précédent, ce qui nous laisse imaginer qu’ils partagent le même univers. J’ai trouvé ce dernier plus intéressant et mieux rythmé par les différentes actions, mon seul bémol serait la naïveté fermière toujours présente dans ce deuxième court de Cimermanis.

Le garde forestier – 12 minutes – 2015 – Maris Brinkmanis

Un citadin pressé décide de jeter ses déchets dans la forêt voisine. Cette attitude va déplaire au garde forestier mais les animaux n’ont pas dit leur dernier mot !

Cette histoire prend le parti d’ancrer le spectateur dans le quotidien par le biais du personnage du citadin, ce qui apporte une modernité dans le traitement du rapport entre l’homme et la nature. Ce point de vue apporte une plus-value aux courts précédents qui étaient plus ancrés dans un reflet naïf de la nature. Le chara-design est quant à lui plus affiné au niveau des personnages, ce qui, esthétiquement, nous évoque les débuts de la maison Aardman. Les animateurs ont réussi à apporter une gestuelle tremblotante et touchante au personnage du garde forestier, qui constitue une vraie preuve de leur maîtrise technique. Ce court est justement rythmé et j’ai bien apprécié ces 12 minutes en compagnie de ces personnages.

Les hérissons en ville – 10 minutes – 2013 – Evalds Lacis

Une ville a pris place là où se tenait la forêt. Les hérissons décident de prendre les choses en mains et mettent en marche un plan pour faire fuir les humains à l’aide de leurs amis les autres animaux.

La narration de ce court est, à mon sens, la plus réussie car elle renvoie aux humains une de leur caractéristique la plus vicieuse : leur cupidité. Ce court surprend, certainement car on voit très peu de hérissons avec des liasses de billets au quotidien, et surtout se situe à l’inverse des autres courts privilégiant un déroulement à la fois tranquille et moral, ici contrecarré par le plans des animaux, qui utilisent à leur profit les règles économiques humaines. CPF a judicieusement choisi sa note de fin pour son anthologie, bien vu ! Nos héros poilus possèdent une esthétique à croquer, ce qui ne gâche rien et j’ai beaucoup apprécié le travail de fourrure hirsute sur loups et renards. Les hérissons en ville décroche sans hésitation mon coup de cœur sur cette sélection.

Les espiègles donne un panorama positif de l’animation en stop motion lettone de par leur maîtrise technique et fait un complément culturel idéal à la vision du très adulte Rocks In my Pockets de Signe Baumane, découvert lors du dernier Festival du film d’animation d’Annecy. Je reste toutefois sur un sentiment mitigé tant les deux premiers courts m’ont ennuyé par leur fond très traditionnel, mais je garde une préférence pour Le garde forestier et Les hérissons en ville, possédant des histoires plus modernes. Ce programme convient parfaitement au jeune public par son aspect pédagogique autour de la vie à la ferme.

Sortie en salles le 10 février 2016, distribué par Cinéma Public Films.



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