Critique – Jiang Ziya : The Legend of Deification
Critique – Jiang Ziya : The Legend of Deification

Critique – Jiang Ziya : The Legend of Deification

Nouveau long-métrage d’animation produit par Beijing Enlight Pictures après l’incroyable succès de Ne Zha en Chine et dans le monde entier, il était inévitable qu’une suite sous quelque forme que ce soit voit le jour : c’est arrivé en début d’année 2021 avec la diffusion de Jiang Ziya : The Legend of Deification réalisé par Cheng Teng et Li Wei.

Après le grand combat des dieux, Jiang Ziya est sur le point d’être nommé chef des dieux lorsqu’il est rétrogradé et envoyé sur Terre à cause d’une erreur momentanée, et rejeté de tous. Jiang Ziya doit faire un choix difficile entre son cœur et sa destinée, qui le mène à se retrouver lui-même, mais aussi à restaurer la relation entre homme, dieu et démon.

Outre le fait que le béhémoth qu’est le roman L’investiture des Dieux, le personnage même de Jiang Ziya est ici présenté sous une forme mythique, en chef des armées des cieux pour vaincre le clan de l’esprit du renard conduit par sa cheffe, Su Daji. Après un prologue à l’esthétique stylisée de toute beauté, notre héros est déchu des cieux pour avoir douté et contrecarré la tentative d’exécution du démon, renvoyé sur Terre avec sa monture, devenue une créature mignonne, pour réfléchir à son action.  Là-bas, il est accompagné du Dieu Lion, chargé de le surveiller et de rapporter aux cieux les évolutions de notre héros.

Tout change cependant lorsque Jiang Ziya croise le chemin d’une jeune démone renarde qui ressemble trait pour trait à l’âme qu’abritait Su Daji et la preuve vivante du bon choix fait qu’il avait fait malgré les paroles du Grand Maître Révéré. C’est lors de cette première séquence que le film prend son vrai rendu et propose une très belle 3D aux textures rehaussées par un modeling et un production design de qualité : depuis le costume finement détaillé de Jiang Ziya à ses expressions (son visage ressemble vaguement à celui de l’acteur Keanu Reeves) qui trouvent un bon équilibre entre finesse et stylisation.

Si les différents personnages habitant le film bénéficient par ailleurs de modélisation bien singulière et des physiques diversifiés, les personnages féminins n’ont pas cette chance puisque l’apparence de la démone renarde est assez passe-partout, bien que le visuel associé à Su Daji prend un chemin radicalement différent en faisant du leader à neuf queues un monstre réellement effrayant, ainsi qu’une animation bien distinctive.

Comme de nombreux films illustrant la mythologie chinoise avant lui, l’intrigue de Jiang Ziya : The Legend of Deification prend la forme d’une quête pour la vérité et permet de montrer la corruption des cieux quant à la destinée de ceux qui marchent sous leur supervision. Vu comme un agent de l’ordre qui a perdu la foi, Jiang Ziya pivote très vite sur la reconstitution des éléments laissés ça et là qui permettront de démontrer la faute du Grand Maître Révéré, pour qui la marche du monde vaut bien le sacrifice d’une seule âme innocente. Cet état de fait imposé, intolérable aux yeux de Jiang Ziya, est le moteur du dernier tiers du film qui, à l’image de nombreux autres films narrant ces histoires, sera dépouillé de toute attache et permettra d’atteindre le statut de Dieu bienveillant en butte avec des Cieux prêts à tout pour garder leur influence sur l’humanité.

Durant toutes ces étapes, la réalisation du film sort tous les trucs possibles de son sac pour varier les mises en scènes, les découpages et nous présenter des situations visuellement en accord avec la narration. L’une des séquences les plus impressionnantes est à ce titre la révélation de l’identité de la personne possédée par le démon renard, avec une utilisation du pourpre tirant vers le magenta qui reste assez rare dans les films d’animation (bien que l’usage du violet soit de plus en plus répandu ces dernières années), tout en respectant les codes du Wuxia avec une certaine élégance.

Contrairement aux productions Light Chaser Animation, Jiang Ziya : The Legend of Deification bénéficie également d’un meilleur rythme, dû au choix d’avoir gardé un point de vue principalement centré sur le héros. On accompagne les errements de Jiang Ziya, ses doutes, sa colère et son désœuvrement, bien qu’il reste au fond le grand héros et la fin du film tombe dans la lignée plus traditionnelle de ce genre de films. Bien que plus moderne dans sa mise en scène et sa narration, cette Legend of Deification reste dans la droite lignée de l’interprétation du personnage, qui reste moins abrasive que Ne Zha, son prédécesseur.

Il reste que le film de Cheng Teng et Li Wei est d’une force météorique, et l’on ressort des quasi deux heures de métrage épuisé par l’intensité du dernier tiers, de ses sacrifices alimentés par une musique somptueuse et presque soulagé par les deux scènes post-génériques amusantes qui prolongent cette deuxième incursion dans le Fengshen Cinematic Universe et promettent de belles choses dans l’avenir. On achève finalement l’expérience avec la certitude que les différents studios d’animation  chinois tels que Chengdu Coco Cartoon ont passé un seuil en terme de qualité technique et esthétique, et l’exploration renouvelée de leur panthéon littéraire met en lumière l’avenir brillant auquel ils peuvent prétendre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *