Critique – Le Royaume des Abysses


Après un passage au festival d’Annecy en 2023 avec seulement deux séances prises d’assaut par les festivaliers, Le Royaume des abysses, deuxième long métrage du réalisateur chinois Tian Xiaopeng, est présent dans nos salles depuis le 21 février grâce à KMBO :

Shenxiu, une fillette de 10 ans, est aspirée dans les profondeurs marines durant une croisière familiale. Elle découvre l’univers fantastique des abysses, un monde inconnu peuplé d’incroyables créatures. Dans ce lieu mystérieux émerge le Restaurant des Abysses, dirigé par l’emblématique Capitaine Nanhe. Poursuivis par le Fantôme Rouge, leur route sera semée d’épreuves et de nombreux secrets. Leur odyssée sous-marine ne fait que commencer.

Le Royaume des Abysses nous embarque assez rapidement dans une virée trépidante sur le bateau restaurant du Capitaine Nanhe. Le jeune héroïne Shenxiu se retrouve propulsée dans un monde grouillant d’animaux aux designs mignons et travaillés évoquant la richesse visuelle du Voyage de Chihiro.

Le Capitaine Nanhe agit tel le Chapelier Toqué de cet univers extravagant, montrant plus d’intérêt envers ses étoiles et les recettes de son business que pour la pauvre Shenxiu. En effet, l’argent prend une place particulière dans le récit, mais j’y reviendrai plus en détail un peu plus loin.

Les gesticulations très cartoonesques et grimaçantes du capitaine soufflent le froid et le chaud auprès de la jeune héroïne dont l’animation est plus délicate. L’ambivalence de Nanhe apporte un regard particulier sur la révélation finale du film et permet de s’y accrocher jusqu’au bout.

Ce long métrage arrive à jongler avec fluidité entre les différentes localités du récit : le restaurant et ses habitants crèvent l’écran dans une 3D texturée, tandis que le voyage et ses fonds marins explosent dans une pluie de couleurs peintes, terrain de jeu du Fantôme Rouge. Cette épopée chaotique se fait en traversant des tableaux aquatiques aquarellés tirant vers des fulgurances impressionnistes surprenantes et curieusement bienvenues, car associées à des émotions positives. On pourrait penser se noyer dans cette richesse mais une fois dans le bain, les jalons sont posés pour nous emmener au bout de la quête personnelle de Senxhiou.

En plongeant au cœur de la psychologie de la jeune fille, Le Royaume des Abysses imbrique plusieurs thématiques fortes : la décomposition/recomposition de la famille, la dépression et le coût de cette dernière. La couleur rouge, usuellement symbole de chance et de bonheur en Chine, se retrouve ici subvertie pour être associée à la perte d’un être cher et à la descente progressive vers des pulsions de mort. Le marasme mental a déjà été exploité dans le mainstream avec Vice Versa ou Soul, mais cette fois l’emphase sur l’aspect financer se révèle assez inédit car rattaché au coté implacable de la réalité.

Après White Snake, Green Snake et deux opus sur Nezha (sans parler du roi singe), Le Royaume des Abysses sort l’animation contemporaine chinoise des réinterprétations mythologiques pour embrasser totalement un concept original. Cette œuvre apporte beaucoup d’enthousiasme et d’espoir sur la place que prendra artistiquement la Chine aux côtés des géants américains.

Le Royaume des Abysses vaut sans aucun doute le déplacement en salles, son esthétique vous enveloppera jusqu’à votre retour chez vous et la maturité de ses thématiques hantera votre esprit longtemps après la séance. Si vous avez l’opportunité de le voir en 3D, l’immersion n’en sera que plus puissante. Le film est recommandé pour des enfants à partir de dix ans, et il faut vous préparer à avoir des conversations avec eux, car il se peut que la trajectoire de l’héroïne suscite des questions lourdes de sens. Il est à soutenir dans vos meilleures salles !


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