Critique – Jun, la voix du cœur


Jun, la voix du cœur est une très jolie histoire, une tranche de vie adolescente à laquelle se mêle des éléments de contes de fées et des chansons. Mais si Ariel perdait sa voix pour de jolies longues jambes, Jun, elle, perd sa voix pour ne plus faire souffrir les autres par ses mots…

Jun Naruse porte en elle le poids des regrets. Alors que ses parents lui reprochent d’être la cause de leur rupture, un être magique lui jette un sort qui la rend muette. Au lycée, elle est choisie par son professeur pour créer le Comité régional d’échange et d’amitié. Se dessine alors un collectif au mélange inattendu, composé de personnalités atteintes de troubles émotionnels, tout comme Jun.

Il faut dire que le film commence fort : en quelques minutes, la jeune héroïne pleine de vie et d’imagination dévoile la liaison de son père, est accusée par ce dernier d’être la cause du divorce qui s’en suit, puis rencontre un œuf magique qui scelle ses lèvres à jamais. Une malédiction imaginaire, qui traduit une souffrance bien réelle chez Jun. Celle-ci, enfermée dans son mutisme, ne peut plus parler sans souffrir de maux de ventre atrocement douloureux. Le film dépeint ainsi très justement la dureté et la profondeur des troubles psychologiques, notamment de l’anxiété, un sujet peu présent au cinéma et encore moins en animation.

Les quatre personnages principaux sont écrits avec autant de finesse. Liés par un mal commun, la difficulté plus ou moins prononcée à exprimer ce qu’ils ressentent au fond d’eux, ils vont apprendre et évoluer au contact les uns des autres. Le point culminant du film est d’ailleurs une scène surprenante où Jun explose et s’en prend verbalement à Sakagami. Un moment fort et thérapeutique, aussi libérateur pour elle que pour le spectateur. Qui n’a jamais rêvé de se lâcher complètement et de livrer toutes ses pensées, sans aucun filtre ?

Dommage que le dénouement tombe dans le cliché (ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir les yeux brillants tant j’étais attachée au personnage et touchée par sa réconciliation tacite avec sa mère) et ressemble à un final de saison de Glee. Jun chante ce qu’elle a sur le cœur, puis entame un duo avec son amie et rivale en amour, bientôt rejointes par tous leurs camarades dans un medley (incompréhensible) dégoulinant de bons sentiments. Une scène cependant indispensable et attendue, puisque la musique tient une place importante dans le film.

C’est la résolution romantique du film qui m’a vraiment dérangée : on nous offre un happy end forcé où Daiki se découvre subitement des sentiments pour Jun. Il aurait fallu plus de temps pour aborder cette évolution du personnage et amener doucement une déclaration qui surprendrait davantage l’héroïne que le spectateur. Une fin maladroite qui perturbe la continuité du récit et ternit son réalisme.

Mari Okada, la scénariste, a tout de même su nous offrir des personnages riches et une histoire émouvante. Tatsuyuki Nagai, le réalisateur, Masayoshi Tanaka, le chara-designer, et cette dernière forment un trio efficace : le film ne souffre d’aucun temps mort, les personnages sont joliment dessinés et particulièrement expressifs, les décors et les ambiances sont également réussies. C’est un petit coup de cœur que je vous recommande sincèrement.

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