Déjà présent à San Sebastian, Annecy et au Fantasia International Film Festival plus tôt dans l’année, il était naturel que le film univers adapté à la fois de la bande dessinée et du court-métrage Birdboy d’Alberto Vázquez soit de la partie dans la section nouveaux talents de l’Étrange festival.

Deux adolescents, Birdboy et Dinki, survivent à la catastrophe écologique qui a dévasté leur île. Birdboy est profondément affecté par la disparition de son père et rongé par le mal-être. Dinky décide de quitter les lieux et entreprend un voyage risqué dans cet univers sombre et hostile, avec l’espoir que son ami oiseau l’accompagne.

La première chose que l’on peut d’office annoncer si vous désirez voir le film, c’est : “j’espère que tu n’es pas déprimé en ce moment” car l’ambiance du film a de quoi vous pousser au fond du gouffre. Il est situé dans un monde post-apocalyptique où l’industrie a détruit une partie de l’île où vivent nos protagonistes, coincés entre une envie d’ailleurs et des reliques diverses plus ou moins (surtout plus) toxiques de l’ancien monde.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Vázquez n’y va pas de main morte avec ses personnages et leurs situations glauques, depuis Birdboy et son addiction à la drogue au pêcheur, emprisonné par sa mère et la relation toxique qu’il a avec elle, autant de métaphores qui se bousculent dans ce long-métrage qui n’a recours à une vraie ligne narrative que par intermittence, plus fasciné par les premières que par la seconde. C’est pourquoi on se pose la question même de l’adaptation du livre, dont les différentes intrigues sont allongées pour gagner en durée, ce qui donne un aspect vignette qui peut être à la longue difficile à supporter tant la noirceur des situations laissent un goût amer.

Le long-métrage est d’autant plus fascinant que sa conception graphique est parfaite, arborant un character design moitié mignon moitié terrifiant qui représente bien l’idée de subversion des codes du conte. Et rien ne représente mieux le film que la trame qui donne son sous-titre au film : les enfants oubliés, qui s’attache au voyages que tentent de faire Dinky et ses amis afin de rallier le continent et de laisser derrière eux cette île à moitié contaminée, traversant les pires endroits où de pauvres souris irradiées s’entretuent pour des raisons futiles.

Car il ne faut pas s’y tromper, malgré son design au premier abord inspiré de loin par Tim Burton, on est loin des gentilles tribulations sur l’acceptation de soi et de la bizarrerie intérieure : nos psychonautes portent bien leur nom et c’est un catalogue assez exhaustif qui se déploie tout au long d’une heure et quart qui peut paraître une éternité. De mon côté, je fus un peu déçu par l’absence d’une narration plus dominante au profit de l’univers, mais il semble que ce n’était pas l’intention des réalisateurs.

Ceux-ci multiplient avec aisance les fulgurances graphiques (les décors font indéniablement partie des points forts) et certains passages resteront dans votre mémoire assez longtemps après le visionnage du film, ce qui prouve que le duo de réalisateurs a su faire résonner quelque chose de fondamental à travers certains passages du film, qui sait jouer avec les niveaux de narration et n’a pas peur de salir le spectateur par une violence frontale et un sens du tragique qui n’est pourtant jamais complaisant.

Psiconautas reste extrêmement impressionnant pour son absence de concession et un premier essai au format long pour Alberto Vázquez, qui a remporté les faveurs de Muriel il y a deux ans à Annecy avec son court-métrage multi-primé Sangre de Unicorno, tandis qu’il était également cette année en compétition avec Decorado, une autre tentative qui prouve l’aisance de l’artiste dès que l’on touche à la vignette narrative un peu conceptuelle.

Quant à Birdboy, il est un peu à l’image du long-métrage : un peu malade mais très généreux, et seul le temps pourra nous dire si Psiconautas peut devenir un film culte. On ne peut nier qu’il dispose d’un éventail assez large des signes qu’arborent les suspects habituels… Il sera intéressant de voir comment le distributeur Autour de minuit s’occupera de la diffusion de cette perle noire sur le territoire français.

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