Critique – Ma mère est un gorille (et alors ?)


Après le polar norvégien Paddy la petite souris, Linda Hambäck explore la thématique intime pour elle de l’adoption dans Ma mère est un gorille (et alors ?) présentée dans la sélection officielle du festival d’Annecy :

Jonna attend avec impatience d’être adoptée, elle accepterait n’importe quel parent qui puisse lui donner de l’amour. Mais la surprise est de taille lorsqu’une femelle gorille se présente un jour à l’orphelinat comme sa nouvelle maman ! Il devient bientôt évident qu’elles ont bien plus en commun qu’elles ne le pensaient initialement.

Cette adaptation animée du roman de Frida Nilsson, édité en France chez Bayard Jeunesse, nous introduit la jeune Jonna qui vit plutôt bien à l’orphelinat entourée par sa propre famille. La force et la détermination de Jonna évoquent des figures orphelines féminines aussi percutantes de la littérature jeunesse qui se sont aussi retrouvées adaptées en animation sous la signature du studio Ghibli avec Aya et la sorcière ou Souvenirs de Marnie. Ces héroïnes cristallisent en elles le fait de se connaître parfaitement et de savoir prendre les décisions nécessaires à leur bien être. Bien qu’impressionnée par Gorilla, Jonna sait instinctivement que sa place est auprès d’elle. Seule ombre au tableau, l’ambitieux maire Tord veut à la fois s’emparer de l’orphelinat et de la recyclerie de Gorilla pour y construire son empire ego-aquatique.

Jonna et Gorilla s’apprivoisent l’une l’autre et apprennent à se connaître. Gorilla offre à Jonna sa première chambre et l’ouvre aux livres et à l’imagination, Jonna aide Gorilla à vendre des objets aux clientes embourgeoisées en manque de fantaisies. Dans la continuité de sa mise en scène sur Paddy la petite souris, Linda Hambäck offre à ses personnages des moments introspectifs en pleine nature, des instants de silence nécessaires à les faire évoluer.

Le cinéma d’animation destiné au jeune public est souvent occupé par des films bavards et sur-explicatifs, ce long métrage laisse au jeune spectateur le temps et l’appréciation de comprendre la mise en place de la relation fille-mère adoptive. Puisant dans son expérience personnelle, la réalisatrice a réussi à infuser la durée et les mouvements émotionnels d’une adoption mutuelle en fin de compte. Ce film se révèle aussi être une lettre d’amour aux outsiders et aux figures féminines solides que sont Gorilla, mais aussi Gertrude, la directrice de l’orphelinat qui maintient la lutte face au capitalisme chevronné de Tord.

En contrepied des illustrations de l’ouvrage original, l’univers se développe dans des couleurs douces et pastels accompagnées de décors naturels d’une grande beauté. Le character design des personnages, en ligne claire et aux codes couleurs francs est simple mais permet de se mettre au service du propos mature du film, et ainsi le transmettre à son (plus jeune) public. On se situe sur un parcours de vie avec une volonté naturaliste, donc ce rythme particulier sait se faire apprécier.

Ma mère est un gorille (et alors ?) fait partie du  peu d’élus destinés au jeune public à apparaître dans la sélection officielle du festival d’animation d’Annecy. A l’avenir, il serait intéressant que le comité de sélection continue dans cette voie, car le gage de qualité n’est pas une vertu affichée seulement par le cinéma d’animation pour adulte. Alors que le documentaire Une Histoire à soi d’Amandine Gay explore les trajectoires d’adopté.e.s en France, le long métrage de Linda Hambäck accompagne cette initiative vers un public jeune et familial.

Tendre, doux, mature… Ma mère est un gorille (et alors ?) sera la sortie cinéma familiale idéale pour la rentrée : le 22 septembre, distribué par Les Films du préau.

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