Dix ans après son dernier long-métrage, La colline aux coquelicots, Gorō Miyazaki est de retour avec le deuxième téléfilm produit par le Studio Ghibli après Je peux entendre l’océan de Tomomi Mochizuki, diffusé en 1993. Malgré le fait d’être destiné au petit écran et jamais à une contradiction près, le festival de Cannes avait sélectionné Aya et la sorcière pour une édition 2020 qui n’a jamais eu lieu, reportant sa première publique en France au festival Lumière, où les quelques critiques présentes s’en sont donné à cœur joie, et ce peu après les premières images diffusées sur les réseaux, dont la réception fut très fraiche.

Aya a grandi dans un orphelinat douillet depuis qu’elle est bébé et ne sait pas que sa mère avait des pouvoirs magiques. Aimée et choyée, la fillette de 10 ans n’a jamais voulu quitter son cocon et son cher ami Custard. Espiègle, rusée, elle mène son petit monde par le bout du nez ! Lorsqu’un couple étrange vient l’adopter, Aya se rebelle et suit sa nouvelle famille à reculons… Mais que peuvent bien cacher ce mystérieux Mandrake et cette inquiétante Bella Yaga ? Au rythme des enchantements, une aventure extraordinaire attend l’adorable effrontée… car ses prétendus parents ne sont autres que des sorciers !

Vu grâce au festival de Gérardmer en ligne, la dernière production du studio Ghibli reste finalement dans la même trajectoire du reste la filmographie de Gorō Miyazaki et se révèle un mélange entre ce qu’il avait fait pour Ronja et cet univers charmant élaboré au fil des années sous la conduite de son père et de Takahata. Ajoutant à cela le fait qu’Aya est une nouvelle adaptation d’un livre de Diana Wynne Jones (Le château de Hurle), impossible de ne pas avoir les pieds dans une dimension déjà connue, compromis entre le passé et le présent.

Aya et la sorcière
Mandrake et ses émotions incontrôlables fait partie des belles surprises du film

Commençons par enfoncer certaines portes ouvertes et dire ce qu’Aya et la sorcière n’est pas : un film en animation traditionnelle prenant comme héritage la technique qui a fait connaitre Ghibli, un film spectaculaire dans sa forme ni dans son fond, et enfin, un film qui convaincra le public que cette expérimentation est à réitérer. Ceci étant fait, on ne peut dénier au dernier travail de Gorō Miyazaki une certaine maîtrise de mise en scène malgré un découpage parfois curieux pour un film en 3D et un investissement dans le personnage d’Aya dont le parcours pourrait être perçu comme un méta-commentaire de la carrière du fils au sein de l’entreprise de son père.

En effet, Aya, toute intrigante et déterminée à faire plier ces adultes tentant de la conformer à un nouveau rôle au sein d’un foyer familial qu’elle ne désire pas, fait preuve d’une endurance commune aux héroïnes Ghibli qui l’ont précédé et ce grâce à l’adjonction par Keiko Niwa et Emi Gunji d’une ligne narrative non présente dans le roman d’origine.  Les personnages adultes que sont Bella Yaga et Mandrake, les regrets et le passé qu’il partagent avec la mère d’Aya en font des personnages dont les aspérités sont régulièrement dévoilées par cette guerre des nerfs, l’enfant ne lâchant rien, inconsciente de ces enjeux personnels.

Avec des enjeux externes aussi faibles et une majorité du métrage se déroulant à l’intérieur de la maison de Bella Yaga, c’est une esthétique britannique un peu fanée qui habille les quelques péripéties, et la transposition de design de personnages tout en rondeur ne fait pas de miracle et se confronte avec un souvenir d’autant plus vibrant des longs-métrages qui ont précédé, renforçant leur manque d’élasticité et une raideur certainement en accord avec le temps et le budget investi dans ce téléfilm.

Aya et la sorcière
Thomas est un compagnon sympathique, mais à l’image du film, manque un peu de texture

Autre point fort de cette production : la musique, et sa présence comme catalyseur du passé et des souvenirs des adultes devenu un élément de l’univers d’Aya, les pistes musicales du groupe Earwig donnent une belle envolée à une séquence du film qui paradoxalement ne correspond pas à la réalisation d’une vérité intérieure pour l’héroïne, donnant la ferme impression d’être devant le premier épisode d’une série télé, bien qu’elle soit atténuée par l’ultime séquence du film.

On passe pourtant un moment agréable devant Aya et la sorcière, pour peu que l’on fasse taire cette petite voix comparant ce que l’on voit avec ce qui fut, ou pire, ce qui aurait pu être; et l’on se dit que cette direction, aussi expérimentable et piégeuse soit-elle, sera suivie de leçons pour le studio Ghibli, à l’heure actuelle en pleine production de l’animation de Comment vivez-vous ?, peut-être le dernier film du père. De quoi forcément se poser la question de l’après, bien que chacun sache qu’une grande partie des artisans du succès sont déjà à l’œuvre ici et .

Aya et la sorcière devrait sortir en salles via Wild Bunch le 14 avril 2021, si la situation sanitaire le permet.

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