C’était le film que j’attendais le plus cette année, comme je le disais dans le podcast de mai, et je n’ai finalement pas du tout accroché. Au bout d’une semaine, j’ai encore des difficultés à fixer ma pensée : le film est magnifique, il n’y a pas une image qui ne ferait pas une magnifique lithographie, mais le propos est confus et la construction incohérente.

Deux adolescents, Birdboy et Dinky, survivent au désastre écologique qui a détruit leur île. Birdboy est profondément affecté par la mort de son père et rongé par l’angoisse. Dinky décide d’entreprendre un voyage dangereux dans ce monde sombre et hostile, et invite son ami à l’accompagner.

La bande annonce laissait penser que le film serait une fable écologique à voir en famille, avec des personnages mignons en son centre. Mais dès les premières minutes, des silhouettes sont désintégrées par une explosion nucléaire. Une image assez dure qui dissuade instantanément de convier des enfants à la séance. Ensuite, la cruauté de l’univers et de ses personnages, les sujets difficiles et les nombreuses scènes anxiogènes confirment la cible du film : un public définitivement adulte.

En effet, si Alberto Vazquez, qui adapte ici sa propre bande-dessinée, utilise des éléments classiques de la fable ou du conte (animaux anthropomorphes, démons, romance…), c’est uniquement pour construire un monde dévasté où règnent l’horreur et la mort. Une critique de notre société difficile à appréhender dans son intégralité. Le film aborde la question des classes sociales, la plus basse d’entre elles étant composée d’une secte de rats vivants des déchets d’autrui ; la question du lien familial, l’un n’osant pas abandonner sa mère au démon et l’autre ne rentrant pas dans le cadre de la fille parfaite imaginée par ses parents ; ou encore la question de la drogue, des maladies mentales et des traumatismes qui nourrissent nos démons intérieurs.

J’ai passé une partie du film à me demander si ces démons, créatures noirs aux yeux rouges, étaient réels ou non. Parfois ils semblaient le fruit d’une vision provoquée par la drogue, parfois ils me rappelaient ce petit diablotin invisible perché sur notre épaule qui cherche à nous influencer, et parfois ils interagissaient directement avec les autres personnages.

Aujourd’hui, je pense qu’il s’agit des démons propres à chaque personnage, une part d’eux-mêmes qui se nourrit de leurs propres faiblesses. Plus ils succombent à la tentation de la drogue par exemple, plus le démon devient fort et visible de tous. D’où la scène où la mère truie se shoote, et dont l’araignée-démon grossit jusqu’à remplir tout l’écran et nous faire nous ratatiner dans nos sièges.

La composition des scènes et les couleurs sont superbes. Elles donnent ces ambiances fortes, tour à tour angoissantes, tristes, mornes ou paradisiaques. Un grand point fort pour Psiconautas, dont le récit peut se résumer grossièrement à 85% de présentation, 15% de résolution et 300% de dépression. Si la dernière scène et les images du générique peuvent donner de l’espoir au spectateur quant à l’avenir de l’île et de ses habitants, je resterai pour ma part sur cette image du pêcheur plein d’espoir devant sa ligne qui bouge enfin, puis le visage blanc devant le corps sans vie de Birdboy qu’il vient de remonter.

One Comment

  1. Pingback: Une date de sortie pour "Psiconautas" d'Alberto Vázquez et Pedro Rivero !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *